Vous êtes sur la nouvelle plateforme d’Érudit. Bonne visite! Retour à l’ancien site

Dossier

Inédit  [1]

  • Nicole Brossard
Couverture de Nicole Brossard,                Volume 37, numéro 3, printemps–été 2012, p. 7-189, Voix et Images

Corps de l’article

I

ce matin voici une copie conforme de l’aube en son aube
une pratique du temps effleuré
qui oblige à tutoyer les heures telles qu’on ne peut les voir

car

ni paragraphes ni version avec ton corps
ni tout ce qui a passé klaxons news et lumière
ou le bruit étouffé des fontaines

ne peut

reconduire là où les heures ont recommencé
à être d’autres heures avec un livre
une heure de plus un songe en dedans

ne peut

être plus libre que moi à perte de vue
mais abrégée
une démocratie casse comme un oeuf

ne peut

trouver ses adjectifs d’énergie neuve
contre le mensonge et les genoux éclatés
les sons de gorges et de foules

II

infini

il y a longtemps que je n’ai pas écrit le mot visage
on demande si par hasard je sais de qui il s’agit. On me dit
parlez par en dedans, encore un mot, encore un vous

belle foule éclair montre-moi ton point zéro
ton chiffre de douleurs
la terre a passé plusieurs fois par une idée
de grand qui-vive et de vestiges
 on naît encore la langue éprouvée
belle foule montre-moi d’abord tes femmes puis tes larmes

ton chiffre de douleurs

III

 voudras
faire exister la magie des damiers visage en creux
ventre et vendredi reins au travail
voudras voir le monde
la soie la laine la sueur et les talons
la censure qu’avons-nous dit déjà ici je vois des lettres
et ce n’est pas un soupir
pourquoi ouvre-t-elle la bouche
cette femme pourquoi a-t-elle eu une enfance
derrière un grillage et soie brodée d’histoires

voudras

filet dans le vide avec du vide
et filet collé à la matière
voudras des angles on voit bien là une jambe et l’Égypte
la main le corail le cri l’orifice le cygne

voudras

enjamber des siècles de scorpions neufs

voudras

que les doigts tiennent l’ombre
un grain de lumière hasard étonné de présence
la distance pour comprendre

voudras

une mélodie prenant possession
de l’absolu
des mots prospères et loneliness

voudras

des flexions dans l’abstraction
l’humidité en fermant les yeux
dire ce n’est pas encore ça

Parties annexes