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Chroniques

Animalia

  • Audrey Camus

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  • Audrey Camus
    Chercheuse indépendante

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Couverture de La région dans la littérature du Québec, Volume 45, numéro 1 (133), automne 2019, p. 7-128, Voix et Images

On croyait vivre dans un monde policé, aseptisé et coupé de la nature sauvage, et voilà que la nature sauvage se rappelle à nous. On croyait les mythes oubliés, la merveille disparue et le conte désuet, et voilà qu’ils ressurgissent pour peupler notre imaginaire et inspirer nos romans. Féminins et charnels dans les récents livres d’Audrée Wilhelmy, de Christiane Vadnais et de Laurence Leduc-Primeau, ils constituent, avec leur bestiaire fantastique, autant de réappropriations du territoire de la légende interrogeant notre nature animale. Mais ils apparaissent aussi profondément enracinés dans la réalité qui est la nôtre, et on peut se demander ce que signifie une telle conjonction. Le livre s’attache à la destinée fabuleuse de l’enfant à laquelle cette étrange scène prête vie, entrelaçant au récit de ses premiers pas dans l’existence l’histoire du couvent de Sainte-Sainte-Anne. Cette histoire, c’est celle d’une communauté de femmes qui se sont libérées du joug des hommes qui les asservissaient et qui, loin de la ville, se sont bâti un refuge où elles vivent en symbiose avec la nature, cultivent les plantes et les parlures indigènes, avant de mettre au monde une fille conçue avec un nomade. L’enfant « sans père », qui hérite de l’histoire singulière de chacune de ces femmes, se voit aussi offrir leurs dons. Puis, très vite, celle qui s’éveille à la vie dans le giron du « grand corps de mère » (14) des vingt-quatre moniales commence à s’émanciper. Au rythme du couvent, scandé par le travail de la terre et la sensualité de celles qui le plus clair du temps se dérobent aux regards masculins, la fillette dévore, pépie, se mêle aux animaux et aux plantes, et grandit. Devenue adolescente, elle aime les filles « ophidiennes » qui « se lovent dans la glaise quand le plaisir les terrasse » et les « garçons au plaisir ondoyant de rivière » (82), et s’épanouit jusqu’à ce que les figures patriarcales refassent leur apparition entre les murs du couvent pour menacer sa liberté. Daã prend alors conscience que celles qu’elle croyait souveraines doivent courber l’échine pour conserver leur indépendance, et quitte le couvent pour la forêt. Commence une longue période d’ensauvagement, au cours de laquelle la jeune femme, oubliant les idiomes maternels pour mieux s’abandonner à la rivière et à la terre, fait siennes les langues animales et se fond dans la nature jusqu’à ne plus savoir si elle est « femelle humaine ou arbre habitée » (131). Avec ce roman tellurique, Audrée Wilhelmy revisite le personnage romantique de la sorcière dans une perspective féminine, l’alternance du « je » et du « il » manifestant cette réappropriation du discours. Dans ce livre, comme dans ceux où elle s’inspirait des figures de Salomé et des femmes de Barbe Bleue, c’est la femme puissante et sensuelle qui l’intéresse. Mais cette sensualité est ici indissociable de la fécondité, le roman conformant sa structure au cycle des saisons — celui qui préside à la vie. À maints égards, Daã évoque de fait une lointaine Mélusine, femme-serpent aussi maternelle qu’inquiétante, en laquelle se conjuguent des forces vitales et destructrices. C’est la tension entre le monde sauvage et la civilisation qui donne au livre son soutènement, et cette tension va s’exprimer, comme dans la légende de Mélusine, au sein même du couple. Parallèlement à l’histoire de Daã, rapportée au « je », se développe l’histoire de Laure, qui deviendra le père de ses enfants. Cette histoire, prise en charge par un narrateur, débute dans la Cité, avec le départ pour le Nord des futurs parents de Laure que le rabatteur de la mine a leurrés avec …

Parties annexes