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Dossier

Édition génétique d’Odyssée américaine (extraits)

  • Hubert Aquin
Couverture de Relectures d’Hubert Aquin,                Volume 38, numéro 1, automne 2012, p. 7-178, Voix et Images

Corps de l’article

Image de l’équation ÉDITION GÉNÉTIQUE D'ODYSSÉE AMÉRICAINE (EXTRAITS)' Huhert Aquin ODYSSÉE AMÉRICAINE (du 26 août au 2 septembre 47) 1 Pour les Iran se ri plions complètes du manu se ri l el du tapuscrit d'Odyssée américaine, voir Isabelle Kirouac-Massicottc. Sur le seuil de râtelier: les carnets (1947-1949) d'Hubert Aquin, mémoire de maîtrise. Université du Québec à Montréal, 2012. 130 F. Celle « transcription diplomatique ». qui est une « reproduction quasiment à l'identique de l'original (au type de caractère et à quelques autres indices de récriture près)», s'inspire du protocole établi par Almuth Grésiilon : la mise en page d'Hubert Aquin est respectée; [a double barre oblique (//) indique les changemenis de feuillets: les réécrilures imertinéaircs et marginales ainsi que les surcharges sont données dans un encadré el écrites dans un corps plus petit pour plus de clarté: l'astérisque est employé pour indiquer les fautes de frappe faites par Aquin; les passages Iran se ri ts en gras permettront de repérer rapidement les ajouts contenus dans la version lapuscrile, Almuth Grésiilon, Éléments de critique génétique. Lire tes manuscrits modernes, Paris, Presses universitaires de France, 1994, 25K p. VOIX ET IMAGES, VOLUME XXXVIII, NUMÉRO 1 (112), AUTOMNE 2012 Image de l’équation Arelire* ces notes de voyage, je suis tout surpris du peu de lyrisme qui s'y trouve. Je ne peux pas croire qu'un voyage qui résumait en moi une telle exaltation sentimentale et que j'avais amplifié de tant de désirs, d'attentes et d'angoisses, ne m'ait suggéré un plus grand lyrisme verbal. La lecture de ce carnet fait croire à un voyage intéressant et assez bien rempli, certainement, mais un voyage bien ordinaire, pas mal indifférent, somme toute, sans poésie. Et pourtant rien n'est si vrai que le contraire de cela : New York fut pour moi la réalisation d'un rêve qui m'était tout particulièrement cher et m'apporta les émotions les plus inoubliables. Jamais un voyage ne m'a donné tant de joies et surtout la sensation unique de me sentir libre comme le vent, tout neuf, complètement renouvelé. Ce fut une évasion réelle, totale. J'avais tout laissé en partant de Montréal, — surtout mes pleurs, mes tristesses. Et j'en avais alors et qui m'enchaînaient misérablement à moi-même, hélas. Mais le jour du départ vint, et l'évasion longtemps désirée. Et cette évasion je l'ai vécue intensément, éperdument chaque minute, chaque instant, partout, sur la route, un peu passé Klizabeth Town, en repartant le matin de Glenn Falls, en marchant dans les rues de New York le soir même, du haut de l'Empire State quelques jours plus tard; cette joie de la liberté je l'ai senti* brûler en moi tout lelong* du voyage, en chantant une marche russe sur le Parkway, ou en plein milieu du Times Square à onze heures du soir, ou, le soir, revenant de Staten Island par le ferry et respirant les brises de l'océan. Je l'ai vécue à chaque moment de mon voyage. Mais je sais très bien que tous les mots dont je pourrai a Ifub 1er cette escapade unique me laisseront insatisfait et ne serviront qu'à ternir la pureté de mon souvenir. J'aurais peut-être dû me convaincre de ce l'ait avant le départ et de cette façon j'aurais moins écrit. Mais en tout cas je tiens à dire que sans la présence de Louis-Georges eut été tout à fait banal ou même n'aurait pas eu lieu du tout. Ici la vie d'équipe fut l'animatrice constante de l'intérêt et du plaisir et c'est cette vie d'équipe qui en Image de l’équation conditionnait la curiosité intense et l’intérêt, et, en fin de compte, les joies profondes que nous y trouvions. Aujourd'hui, 13 novembre 1947 Hubert Aquin// [...]2 New York, mercredi le 28 août Depuis que j'ai mis le pied dans cet étrange pays je ne sais même plus combien d'opinions différentes à l'égard des Américains m'ont assiégé. J'ai passé des maintes formes du mépris aux admirations les plus variées. Je crois que mon intention du départ d'avoir une opinion précise sur ce peuple, explique passablement mon inconstance intellectuelle. L'impossibilité de se former un concept net, clair et catégorique sur un peuple si multiple, m'apparait* maintenant obvie. Voilà une impasse bien méritée pour un jeune penseur en chômage, pressé de savoir quoi penser de la civilisation américaine. Et justement notre voyage (commencé hier) nous a permis d'intéressants contacts avec des américains* typiques. Hier vers une heure à Laprairie, nous bénéficions d'un lift jusqu'aux douanes avec deux jeunes américains* : environ 25 ans. Deux types très représentatifs d'une jeunesse vigoureuse, paiennement* belle et en santé. Épaules carrées, fortes, visage un peu marsien qu'appesantit une sensualité « sophisticated ». De vrais beaux corps, charnels, pleins de sève. Mais on dirait qu'il y règne quelque chose comme de l'abêtissement. Rien d'un artiste ou d'un penseur. Et je pense que les seules joies qu'ils goûtent en auto sont celles de la vitesse. Du 80 à l'heure, et constamment. Le paysage, la nature les laissent froids. Recherche effrénée de l'excitation sensoriele*. Dans le soir nous avons pris un américain* (à Elizabeth Town) féru, lui aussi, d'excitations vertigineuses, violentes, et de physicisme, — mais plus sentimental que les 2 Un itinéraire détaillé du séjour new-yorkais d'Aquin fait suite à cette note dans la transcription complète. Image de l’équation Autres, plus intelligent aussi il n’avait pas l’insouciance moche des américains* qui ne se préoccupent pas de penser le moindrement; certains problèmes familiaux, politiques trouvaient un écho en lui. J'ai constaté qu'il tenait a connaître l'opinion des étrangers à l'égard de son pays; j'ai remarqué cette même préoccupation chez, deux autres personnes — a mon grand détriment car je ne savais pas trop quoi répondre. // Mercredi matin (S'/i a.m.) nous avons frappé notre lift le plus intéressant : un monsieur Clagne nous a mené* de Saratoga Springs à l'aéroport d'Albany. Dès le début il nous asiégea* de questions directes sur notre condition d'étudiants et nos projets d'avenir et surtout sur notre religion. Il se prit de nous demander : « Are y ou good Cathoiics? — with the emphasis on «good» — Question qui nous fit taire d'embaras*; mais en retour il entreprit un long commentaire. Il dit qu'il ne tenait pas du tout à l'appellation de catholique ou de protestant ou de méthodiste... — mais uniquement au nom cic chrétien. (« Do you know the real meaning of the word Christian? — it means: « Christ-like »). Il nous parla de ce désir qui le hantait de chercher à devenir semblable au Christ — désir qui fut celui de tous les grands saints. Après une admirable péroraison sur sa doctrine de vie, il nous dit ceci en guise de résumé, ou de mol d'ordre : « It is when you give lhat you receive. — You must iearn to give. Voilà un homme vraiment pénétré de l'Evangile. — Louis- Georges lui fil justement remarquer que tout le inonde, hélas, n'avait pas cette philosophie de charité (la catholique en I J fait) et bien des fléaux universels dépendaient de ce délaul. Voilà un tout autre aspect du peuple américain, ce peuple qui veut absolument la paix et la concorde mondiales et par les bons moyens, i.-e : la philosophie de la chanté ei de la fraternité. Je noie ce mot, pourtant bien simple, de Monsieur Clague : « We are ail brothers, we should never forget that ». Image de l’équation FAC-SIMILÉ DU MANUSCRIT D'ODYSSÉE AMÉRICAINE' ' Entrées du jeudi 28 août et du samedi 30 août 1947. Service des archives et de gestion des documents. Fonds Hubert-Aquin (Philippe et Stéphane Aquin), ] y2P-025/L DOSSIER 25