Chroniques

Comédie, la mal-aimée[Notice]

  • LUCIE ROBERT

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  • LUCIE ROBERT
    Université du Québec à Montréal

« On discute mal sur papier avec la comédie », observe Gilbert Turp, car son écriture est destinée moins à être lue qu’à passer par le corps ou la voix d’un acteur. L’abondance des textes comiques sur les scènes et sur les ondes ne devrait pas masquer le fait que faire rire suppose une écriture rigoureuse, et qu’il est difficile d’atteindre un comique véritable, dénué de toute facilité burlesque, pour traduire non pas une réalité, mais un point de vue inconvenant, irrévérencieux, moqueur ou satirique sur cette réalité. La comédie emprunte ainsi plusieurs modèles ou registres, soit qu’elle tende vers la comédie d’intrigue, qui n’est pas dénuée de sérieux voire de pathétique, ou, à l’opposé, qu’elle succombe à la tentation de la farce la plus grossière. Dans l’histoire, le genre n’a guère été défini autrement que par ce qu’il n’est pas, et les théoriciens comme les critiques n’y ont porté qu’une attention distraite, contrairement à la tragédie ou au drame qui, en leur temps, ont suscité de nombreuses réflexions. « Genre mineur, rappelle Marie-Claude Canova, [la comédie] reste implicitement au bas de la hiérarchie des genres dramatiques. » Peu d’auteurs y ont vraiment excellé ; encore moins nombreux sont ceux qui en ont tiré leur légitimité historique. On citera pour mémoire le maître incontesté du genre, Molière, bien sûr, qui a néanmoins dû en repenser la forme et la structure pour obtenir la reconnaissance de son siècle, mais aussi Dario Fo, récemment décédé, dont le prix Nobel avait fait sourciller quelques esprits bien-pensants : donner le Nobel à un clown ne fait pas sérieux, paraît-il. Et même s’il est vrai que « [l]a cause du rire est une de ces choses plus senties que connues », du rire et du comique il sera question ici. L’on sait que l’humour représente au Québec une industrie considérable : près de la moitié des spectacles présentés sur scène relève du numéro comique. À peu près rien de cette activité ne rejoint le marché du livre. Ceux de ces spectacles qui sont destinés à durer sont plutôt enregistrés sur disque ou sur un support équivalent. Ne nous parviennent ainsi que de très rares exemples de la pratique d’un genre bref (le numéro), qui mise en général sur le comique de situation. Citons le recueil de sketches de Denis Bouchard et Rémy Girard, Tranches de vie, version retravaillée d’un spectacle intitulé La farce de l’âge, créé au Théâtre du Rideau Vert en 1990. Que les auteurs aient mis autant de temps à livrer ces textes à la lecture laisse cependant songeur, d’autant plus que, dans ce domaine, l’effet de caricature se démode rapidement. Chacun des numéros s’inspire d’un genre musical particulier (jazz, ballade, punk), qui lui sert de sous-titre, et trace un portrait caustique de la famille, du moins de ce qu’elle est devenue au cours de ces années, s’appuyant en particulier sur le brouillage des genres ou des générations qu’engendrent la composition, la décomposition et la recomposition de l’unité familiale. Ainsi un jeune enfant reste confus devant les horaires de garde partagée que lui ont concoctés ses trois (ou quatre) familles ; un jeune couple qui craint les maladies se donne rendez-vous à la pharmacie plutôt qu’au restaurant ou au cinéma ; des adolescents prennent possession du domicile familial et relèguent leurs parents aux petites pièces. Dans l’histoire du comique, les relations familiales représentent en effet un sujet qui paraît ne jamais devoir s’épuiser. Force est de constater que ces numéros au rire un peu gras s’adressent à un vaste public d’une manière sans doute trop consensuelle, et que leur succès est …

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