Dossier

 

JACQUES POULIN : UNE POÉTIQUE DE L’ENTRE-DEUX[Notice]

  • Jimmy Thibeault

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  • Jimmy Thibeault
    Université Sainte-Anne

L’oeuvre de Jacques Poulin débute en 1967 avec la parution de Mon cheval pour un royaume, un roman qui fait peu de vagues à l’époque et qui serait même, aux dires de l’auteur, « l’histoire la plus stupide publiée en 1967 ». L’absence d’une véritable réception et le jugement sans équivoque de Poulin sur ce premier roman n’ont pas empêché Paul Socken d’y noter, comme il le signale dans l’ouvrage qu’il consacre à l’oeuvre de Poulin en 1993, la mise en place des thèmes principaux qui allaient marquer les romans subséquents — exception faite du thème politique, qui n’apparaît plus aussi dominant. Pierre Hébert, qui inscrit sa lecture de Mon cheval pour un royaume dans le sillage de Socken, suggère que le premier roman de Poulin offrirait « un réservoir de sens et de formes, un prétexte, voire un pré-texte à toute l’oeuvre poulinienne », et que, de là, il serait possible d’en faire ressortir la « grande unité dans la quête obsessionnelle de quelques valeurs fondamentales, de même que dans le recours à des techniques ou à des formes d’écriture privilégiées ». Si le retour au premier roman publié est apparu important au milieu des années 1990, c’est que l’oeuvre romanesque que construit Poulin, qui reçoit une réception favorable de la part de la critique journalistique dès la parution de Jimmy (1969), s’est imposée comme une des oeuvres les plus marquantes de la littérature québécoise. Plusieurs de ses romans font effectivement figure d’incontournables, notamment Les grandes marées (1978), Le vieux Chagrin (1989) et Les yeux bleus de Mistassini (2002), et bien entendu Volkswagen Blues (1984), qui a joué un rôle majeur dans le réinvestissement de l’imaginaire québécois au début des années 1980 en devenant le roman phare de son américanité, voire de la franco-américanité tout entière. C’est d’ailleurs cette américanité de l’oeuvre que soulignait, à l’automne 1989, un premier dossier de Voix et Images, alors que Jean-Pierre Lapointe, qui en dirigeait la réalisation, s’interrogeait sur le succès que connaissait Poulin, à l’instar de Gabrielle Roy, Roch Carrier et Michel Tremblay, tant auprès de la critique journalistique québécoise que canadienne-anglaise. Si Lapointe explique le succès de Tremblay et de Carrier au Canada anglais « par la tentation qu’il éprouve de projeter dans ces oeuvres certaines vues stéréotypées de la société québécoise », il remarque qu’une telle explication ne tient pas dans le cas de Poulin « puisque ses histoires, comme ses personnages, se dérobent le plus souvent à toute lecture historique, sociale et politique ». Et s’il ne sombre jamais dans la lecture stéréotypée du Québec, précise Lapointe, c’est que En un sens, c’est l’expression de cette américanité québécoise qui attirera d’abord l’attention de la critique savante sur les romans de Poulin, puisque jusque-là, remarque Lapointe, malgré l’engouement de la critique journalistique, la critique universitaire peinait encore à saisir le véritable apport de cette oeuvre singulière à la littérature québécoise. Le dossier de Voix et Images que dirige Lapointe servait en quelque sorte à remédier à la situation en proposant des études qui exploraient l’originalité de Poulin par le biais de l’héritage américain sur son oeuvre et, ce faisant, sur l’ensemble de la littérature québécoise. Trente ans après la parution du dossier de Voix et Images qu’a dirigé Jean-Pierre Lapointe et plus de cinquante ans après la publication de Mon cheval pour un royaume, les nombreuses études consacrées aux romans de Jacques Poulin — ouvrages, chapitres de livre, articles savants, thèses de doctorat et mémoires de maîtrise —, tant au Québec que dans le reste du Canada et à l’étranger, démontrent qu’il est bien devenu un écrivain …

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