Dossier

ESPACE DÉMOCRATIQUE DE LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE CONTEMPORAINE

  • Stéphane Inkel et
  • Julien Lefort-Favreau

…plus d’informations

  • Stéphane Inkel
    Université Queen’s

  • Julien Lefort-Favreau
    Université Queen’s

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Seuls les 600 premiers mots du texte seront affichés.

Options d’accès :

  • via un accès institutionnel. Si vous êtes membre de l’une des 1200 bibliothèques abonnées ou partenaires d’Érudit (bibliothèques universitaires et collégiales, bibliothèques publiques, centres de recherche, etc.), vous pouvez vous connecter au portail de ressources numériques de votre bibliothèque. Si votre institution n’est pas abonnée, vous pouvez lui faire part de votre intérêt pour Érudit et cette revue en cliquant sur le bouton “Options d’accès”.

  • via un accès individuel. Certaines revues proposent un abonnement individuel numérique. Connectez-vous si vous possédez déjà un abonnement, ou cliquez sur le bouton “Options d’accès” pour obtenir plus d’informations sur l’abonnement individuel.

Dans le cadre de l’engagement d’Érudit en faveur du libre accès, seuls les derniers numéros de cette revue sont sous restriction. L’ensemble des numéros antérieurs est consultable librement sur la plateforme.

Options d’accès
Couverture de Espace démocratique de la littérature québécoise contemporaine, Volume 46, numéro 1 (136), automne 2020, p. 7-144, Voix et Images

L’on assiste depuis la fin du xxe siècle à un éclatement des pratiques littéraires (une diversification des genres, une porosité entre la fiction et la non-fiction, un développement du volet documentaire), au Québec au même titre qu’en France ou aux États-Unis. Dans la mesure où la littérature est l’un des modes de narration du réel, tout à la fois une modalité d’écoute du monde en lui-même et d’élaborations de narrations alternatives, il semble possible de mettre en rapport un tel fractionnement des pratiques avec la multiplication des discours et des identifications politiques cherchant à contester les pouvoirs hégémoniques. Nombre de réflexions récentes tentent de valoriser la place de la littérature au sein de l’espace social dans une volonté affirmée de compenser une perte d’influence présumée. Certains confèrent aux écrits littéraires une visée éthique, un rôle capabilisant. D’autres préfèrent lui accorder des vertus actualisantes ou transitionnelles. La littérature serait également dotée d’une capacité à aider tout un chacun à inventer des formes de vie, à mener son existence différemment, guidé par les mots des écrivain.es. Ces contributions significatives tracent les contours d’un imaginaire démocratique de la littérature dans lequel les écrivain.es ont des pouvoirs émancipateurs et participent à un large espace que l’on peut qualifier de délibératif ou, dans la foulée des travaux des philosophes Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, d’agonique. Reste à savoir dans quelles conditions s’exercent ces pouvoirs et dans quelle temporalité ils s’inscrivent. Plutôt que de considérer la littérature comme un reflet fidèle des débats politiques qui agitent l’espace public, nous tenterons, dans le présent dossier, de saisir la manière dont elle forme un espace démocratique alternatif qui, sans être autonome, oppose une forme de concurrence aux discours hégémoniques et prend en charge des débats non résolus dans l’espace public ou qui n’ont pu surgir que dans ses marges. Plus précisément, nous chercherons à baliser l’interaction entre une démocratie agonique (telle que théorisée par la philosophe belge Chantal Mouffe) — un espace de « litige » où, comme le précise Jacques Rancière, le conflit porte autant sur « la situation même de l’interlocution », c’est-à-dire sur l’identité propre des interlocuteurs admis au sein de l’espace démocratique, que sur les enjeux de cette interlocution — et la littérature en tant que lieu d’élaboration d’une conflictualité souvent refoulée ou repoussée dans les marges du discours social. Il s’agira donc de sonder l’espace litigieux que l’écriture cherche à relayer au sein de la représentation. Une telle tendance se manifeste par résistance à la reprise des outils de la narration par les forces idéologiques, au discours gestionnaire, à l’aliénation du monde du travail et aux discours identitaires. L’une des manières d’envisager cet espace à l’échelle du littéraire consisterait à repérer les modalités d’inscription d’une fracture politique ou sociale à l’intérieur des textes. Pensons ici au travail de Lise Tremblay, qui, dans La héronnière ou L’habitude des bêtes, s’applique à dessiner des divisions entre villageois et « estivants » (résidents urbains ayant une demeure secondaire en région), superposant à cette division toute une série de manières de faire ayant trait à la justice, à la circulation de la parole, etc. Pensons également à l’oeuvre de Michael Delisle, qui texte après texte retrace une dichotomie sociale entre les classes populaires et les classes privilégiées afin de la remettre en mémoire à l’heure où la banlieue semble le lieu hégémonique de la classe moyenne. Pensons encore au cycle Soifs de Marie-Claire Blais, qui ouvre son espace dialogique à l’entrelacs de voix multipliant non seulement les positions sociales, mais aussi les « demandes », au sens où l’entend Ernesto Laclau, c’est-à-dire toute …

Parties annexes