Revue de droit de l'Université de Sherbrooke
Volume 54, Number 3, 2025 Droit, technologies et société
Table of contents (6 articles)
Avant-propos
Articles
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De la fonction sociale des renseignements personnels
Anne‑Sophie Hulin
pp. 567–623
AbstractFR:
Ce texte explore la transformation du droit des renseignements personnels face aux revendications d’intérêt général. Il souligne un changement de paradigme où les renseignements personnels ne sont plus uniquement des droits de nature individualiste, mais également des vecteurs d’intérêt général grâce à leur utilisation accrue pour la recherche. Cette évolution entraîne une diversification du droit des renseignements personnels, où protection de la vie privée et utilisation secondaire deviennent complémentaires, promouvant l’innovation sociale. Toutefois, cette socialisation des renseignements personnels crée de plus grandes attentes en matière de confiance et d’acceptabilité sociale que le droit des renseignements personnels n’a pas encore pleinement intégrées. Cela remet également en question la capacité du droit des renseignements personnels à refléter fidèlement la profondeur de la relation que toute personne concernée entretient avec ses renseignements personnels.
EN:
This text explores the transformation of personal data law in the face of general interest claims. It highlights a paradigm shift whereby personal data are no longer solely an object of individualistic rights but also vectors of general interest due to their increased use for research. This evolution has led to a diversification of personal data law insofar as privacy protection and secondary use have become complementary, thus promoting social innovation. However, the socialization of personal data creates greater expectations in terms of trust and social acceptability that personal data law has not yet fully integrated. It also calls into question the ability of personal data law to faithfully reflect the depth of the relationship that any data subject has with their personal data.
ES:
Este artículo explora la transformación del régimen jurídico de los datos personales frente a las reivindicaciones del interés público. Se observa un cambio de paradigma en el que la información personal deja de ser exclusivamente un derecho de carácter individual, para convertirse también en un vector de interés general, impulsado por su creciente utilización en el ámbito de la investigación. Esta evolución ha dado lugar a una diversificación normativa, en la que la protección de la privacidad y los usos secundarios de los datos personales se presentan como dimensiones complementarias que favorecen la innovación social. No obstante, esta socialización de la información personal genera mayores expectativas en términos de confianza y aceptabilidad social, que aún no han sido plenamente incorporadas por el marco legislativo vigente. Además, se plantea una crítica a la capacidad de la legislación sobre datos personales para reflejar con precisión la complejidad de la relación que cada titular mantiene con sus propios datos personales.
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Des robots et des normes. Les attentes normatives envers le droit de la gouvernance pour réguler la recherche en robotique d’assistance au Québec
Charles‑Étienne Daniel, Marie‑Eve Couture‑Ménard and Stéphane Bernatchez
pp. 625–669
AbstractFR:
Avec l’avènement de nouvelles technologies, les normes souples – qui peuvent se rattacher au droit de la gouvernance – apparaissent comme une solution idéale pour remplacer celles appartenant au droit étatique, considéré par certains comme trop général, rigide et inadapté à l’encadrement du développement technologique. Or, à quel point un tel constat peut‑il s’appliquer à la régulation des activités de recherche effectuées au Québec pour développer des robots d’assistance sociale? Quelles attentes normatives peuvent autant être dégagées des règles du droit formel étatique que des normes rattachées au droit de la gouvernance? Cet article interrogera ainsi la connexité des rapports qu’entretiennent ces deux grands ensembles de normes, en brossant un portrait normatif de la régulation applicable à la recherche en robotique d’assistance au Québec.
EN:
With the advent of new technologies, soft law standards – which may be part of the law of governance – appear to be an ideal solution to replace the rules emanating from the State legal order, which some consider too general, rigid, and unsuitable for regulating technological development. But to what extent does this observation apply to the regulation of research activities conducted in Quebec for the engineering of social assistance robots? What are the normative expectations that can be derived from both formal legal rules and governance law standards? This article will explore the relationship between these two large bodies of standards by providing a normative overview of the regulations governing assistive robotics research in Quebec.
ES:
Con el avance de las nuevas tecnologías, las normas flexibles –vinculadas al derecho de gobernanza– emergen como una alternativa prometedora para reemplazar las del derecho estatal, percibidas por algunos como excesivamente generales, rígidas e inadecuadas para regular los desafíos del desarrollo tecnológico. No obstante, cabe preguntarse ¿hasta qué punto esta perspectiva resulta aplicable a la regulación de las actividades de investigación realizadas en Quebec orientadas al desarrollo de robots de asistencia social? ¿Qué expectativas normativas pueden derivarse tanto de las normas del derecho estatal formal como de los estándares propios del derecho de gobernanza? Este artículo examinará la interrelación entre estos dos grandes conjuntos normativos, esbozando un panorama de la regulación vigente en materia de investigación en robótica de asistencia en Quebec.
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Le droit pénal sous influence technologique : l’intelligence artificielle à l’assaut des principes d’enquête et de justice pénale
Kévin Adou Moustapha and Gabriel Lefebvre
pp. 671–723
AbstractFR:
Il y a de ces innovations technologiques, comme l’intelligence artificielle, qui bouleversent à ce point notre rapport au réel, au temps et à l’espace, et les liens sociaux qui l’occupent, qu’elles permettent, ponctuellement, de remettre en question toute l’armature du juridique, sa forme et ses construits. L’intelligence artificielle, portée par son aura de scientificité et ses promesses vertueuses, a pris d’assaut notre droit, ses principes, ses cérémonies procédurales et sa conception du juste. Sa prochaine conquête? Le droit pénal. Dans le cadre de notre étude, il conviendra donc d’analyser ses répercussions sur le droit pénal canadien, notamment sous le prisme d’une forme d’hypermodernité, pour comprendre à quel point le système de justice pénale est à la croisée des chemins et pourquoi certains de ses principes les plus élémentaires s’entrechoquent avec les instruments actuariels d’intelligence artificielle. Mais de façon plus importante encore, l’objectif de cet article est de faire ressortir qu’au‑delà des principes juridiques, seule une forme de thérapie normative collective pourra permettre d’intégrer au mieux ces outils d’intelligence artificielle.
EN:
There are technical innovations, such as artificial intelligence, that disrupt our relationship to reality, time and space, and the social ties that underlie it to such an extent that they occasionally challenge the entire framework of the legal system, including its form and constructs. Artificial intelligence, powered by an aura of scientificity and virtuous promises, has taken our law, its principles, its procedural ceremonies and its conception of Justice by storm. Its next conquest? Criminal law. As part of our study, it is therefore essential to analyze its impact on Canadian criminal law, particularly through the prism of a form of hypermodernity, in order to understand the extent to which the criminal justice system is at a crossroads and why some of its most basic principles clash with the actuarial instruments of artificial intelligence. More importantly, the aim of this article is to highlight that, beyond legal principles, only a form of collective normative therapy will allow for the integration of these artificial intelligence tools in the best way possible.
ES:
Las innovaciones tecnológicas, en particular la inteligencia artificial, están transformando profundamente nuestra relación con la realidad, el tiempo, el espacio y los vínculos sociales que los abarcan. Esta transformación nos invita a cuestionar, de manera puntual, los fundamentos del sistema jurídico, su estructura y sus constructos. La inteligencia artificial, revestida de su aura de cientificidad y cargada de promesas virtuosas, ha tomado por asalto nuestro derecho, sus principios, sus ceremonias procesales y su concepción de lo justo. ¿Su próxima conquista? El derecho penal. Este artículo se propone analizar el impacto de la inteligencia artificial en el derecho penal canadiense, abordándolo como una forma de hipermodernidad jurídica para comprender hasta qué punto el sistema de justicia penal se encuentra en una encrucijada, y por qué algunos de sus principios más básicos entran en tensión con los instrumentos actuariales que propone la inteligencia artificial. Pero, aún más importante, el objetivo de este artículo es destacar que, más allá de los principios jurídicos, solo una forma de terapia normativa colectiva permitirá integrar de la mejor manera estas herramientas de inteligencia artificial.
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L’improbable substitution d’un juge‑humain à un juge‑robot
Flore Ntsatsiesse
pp. 725–763
AbstractFR:
Est‑il possible de déléguer la totalité de la fonction juridictionnelle aux machines? Pour certains, cette hypothèse doit être regardée comme un nouveau mythe. Pour d’autres, en revanche, cette délégation est inéluctable, en raison de la contribution croissante des machines dites « intelligentes » à l’administration de la justice. Cette controverse, qui n’est pas nouvelle, reçoit une résonance singulière à l’heure où les projets de création de juges‑robots, aux côtés des juges‑humains, fleurissent. L’un des enjeux de cette création est d’améliorer l’accès à la justice. Partant, le remplacement éventuel des juges‑humains par des machines dans tous les contentieux serait problématique en raison des atteintes aux droits fondamentaux et, surtout, à cause du caractère inadapté de la justice robotisée aux contentieux qui impliquent des personnes d’une particulière vulnérabilité (enfants, communautés autochtones, femmes victimes de violences conjugales, etc.). Il est donc urgent de trouver un équilibre entre la protection effective de ces droits, la promotion de l’innovation des technologies numériques et la nécessité d’améliorer l’accès à la justice au moyen de ces technologies. C’est cette idée qui constitue l’épine dorsale de cette étude qui, dans une approche prospectiviste, démontre que pour des raisons d’ordres culturel, juridique et philosophique, la substitution totale du juge‑humain au juge‑robot n’est ni souhaitable ni possible. D’ailleurs, la pratique des États, la pratique juridictionnelle et les réformes institutionnelles en cours écartent à bien des égards l’hypothèse de la substitution totale en faveur de la substitution partielle; ce qui induit une complémentarité entre les deux catégories de juges.
EN:
Is it possible to delegate the entire jurisdictional function to machines? For some, this hypothesis must be viewed as a new myth. For others, however, this delegation is inevitable due to the growing contribution of so‑called “intelligent” machines to the administration of justice. This controversy, albeit not new, has a particular resonance at a time when projects to create robot judges, alongside human judges, are on the rise. One of the challenges of this move is improving access to justice. Therefore, the possible replacement of human judges with machines in all litigation would be problematic because of the infringement on fundamental rights and, above all, the inappropriateness of robotic justice for disputes involving highly vulnerable people (children, indigenous communities, women victims of domestic violence). It is therefore urgent to find a balance between the effective protection of these rights, the promotion of innovation in digital technologies and the need to improve access to justice through these technologies. It is this idea that forms the backbone of the study, which, in a prospective approach, demonstrates that for cultural, legal and philosophical reasons, the total replacement of human judges with robot judges is neither desirable nor possible. Moreover, state practice, jurisdictional practice and ongoing institutional reforms in many respects rule out the hypothesis of total replacement in favour of partial replacement. This implies a complementarity between the two categories of judges.
ES:
¿Es posible delegar por completo la función judicial a las máquinas? Para algunos, esta hipótesis constituye un nuevo mito. Para otros, en cambio, dicha delegación resulta inevitable ante la creciente contribución de las denominadas máquinas “inteligentes” en la administración de justicia. Esta controversia, aunque no es reciente, adquiere una relevancia particular en un momento en que proliferan los proyectos orientados a crear jueces robot, que operen junto a jueces humanos. Uno de los desafíos de esta innovación tecnológica es mejorar el acceso a la justicia. Sin embargo, la eventual sustitución de jueces-humanos por máquinas en todos los litigios plantea serios problemas, tanto por las posibles vulneraciones de derechos fundamentales como por lo inadecuada que resultaría la justicia robotizada para abordar litigios que involucran personas particularmente vulnerables (niños, comunidades autóctonas o mujeres víctimas de violencia conyugal). Ante este panorama, se vuelve urgente encontrar un equilibrio entre la protección efectiva de los derechos humanos, la promoción de la innovación en tecnologías digitales y la necesidad de mejorar el acceso a la justicia mediante estas herramientas tecnológicas. Esta idea constituye el eje central del presente estudio, que, desde un enfoque prospectivo, sostiene que la sustitución total del juez humano por un juez robot no solo es indeseable, sino también inviable por razones culturales, jurídicas y filosóficas. Además, tanto la práctica estatal como la judicial, así como las reformas institucionales en curso, tienden a descartar la hipótesis de una sustitución total, inclinándose más bien hacia modelos de sustitución parcial. Esto abre paso a una complementariedad entre ambas categorías de jueces.
Note de recherche
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De l’utilisation secondaire des données de santé en droit civil québécois
Samantha Dorinet
pp. 765–791
AbstractFR:
La réforme législative amenée par la Loi sur les renseignements de santé et de services sociaux (Loi 5) déploie une architecture délicate en cherchant à concilier deux impératifs souvent perçus comme contradictoires : la protection de la vie privée et l’accessibilité des données de santé. Tout en érigeant le consentement en principe cardinal, la Loi 5 prévoit des aménagements encadrés pour faciliter l’utilisation secondaire des données à des fins de recherche. Malgré ces ouvertures, le régime de protection des données de santé demeure perçu comme contraignant, ce qui encourage l’exploration de voies alternatives, au premier rang desquelles figurent les données synthétiques. Générées à partir de données réelles sans en constituer des copies exactes,elles appellent à un examen quant à leur capacité à offrir une piste de solution plus opérante pour la conciliation des intérêts privés et collectifs en jeu.
EN:
The legislative reform brought about by the Act respecting health and social services information (Law 5) deploys a delicate architecture in seeking to reconcile two imperatives that are often perceived as contradictory: the protection of privacy and the accessibility of health data. While establishing consent as a fundamental principle, the Act provides for regulated exceptions to facilitate the secondary use of data for research purposes. Despite this flexibility, the health data protection regime is still considered restrictive, prompting the exploration of alternative avenues, notably synthetic data. Synthetic data, generated from real data without constituting exact copies, warrants examination as a more effective solution for reconciling private and collective interests.
ES:
La reforma legislativa impuesta por la Ley de Información sobre Salud y Servicios Sociales (Ley 5) configura una arquitectura normativa delicada en su propósito de conciliar dos imperativos frecuentemente considerados como contradictorios: la protección de la privacidad y la accesibilidad a los datos de salud. Si bien establece el consentimiento como principio rector, la Ley 5 contempla mecanismos regulados que permiten el uso secundario de datos con fines de investigación. No obstante, el régimen de protección de datos de salud continúa siendo percibido como restrictivo, lo que ha incentivado la búsqueda de alternativas, entre ellas, los datos sintéticos ocupan un lugar destacado. Generados a partir de datos reales sin reproducirlos de forma exacta, estos datos requieren un análisis riguroso para evaluar su potencial como herramienta eficaz en la conciliación de los intereses privados y colectivos involucrados.