Documents repérés
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3093.Plus d’information
Notre article se concentre sur l'étude de deux gravures de l'ouvrage West India Scenery dans lequel l'auteur, Richard Bridgens, a représenté des esclaves—dont certains récemment affranchis—qui sont punis pour avoir mangé de la terre et s'être intoxiqués. Bridgens désigne la consommation de terre comme une dépendance et une maladie en même temps, sans se donner la peine d'expliquer pourquoi les esclaves buvaient au point de s'intoxiquer, ni pourquoi l'ivresse était considérée comme punissable dans le contexte de la traite transatlantique des esclaves. Nous défendons l'idée que tant l'intoxication que la consommation de terre étaient des actes de résistance de la part d'esclaves qui ne contrôlaient leur propre corps que de façon limitée. Au dix-neuvième siècle, Bridgens n'est pas le seul propriétaire d'esclaves à assimiler ces attitudes rebelles à des maladies et des dépendances. Notre hypothèse est que les Américains et les Européens ont utilisé cette stratégie représentationnelle pour trouver une explication au fait de manger de la terre ainsi qu'aux tentatives d'échapper à l'esclavage : les concepts de maladie et de dépendance leur permettaient de renvoyer ces attitudes de résistance du côté de l'irrationnel plutôt que de les reconnaître comme des signes de connaissance et de contrôle de leur propre corps par les esclaves. La mise en exergue des lacunes, inconsistances, doutes et aveux d'ignorance qui caractérisent le texte de Bridgens ouvre la perspective et pousse les chercheurs à questionner ce que ses choix esthétiques révèlent sur sa vision biaisée de l'esclavage. La lecture critique des images et du texte met aussi en évidence les problèmes surgissant lorsque les représentations de l'esclavage sont appréhendées comme des récits historiques exacts.La question qui subsiste est alors celle-ci : si les faits textuellement rapportés par Bridgens dans West India Scenery sont incorrects ou inexacts, quels éléments de sa représentation visuelle devraient-ils être considérés comme incorrects ou inexacts ?
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3094.Plus d’information
En 2003, lors de l'arrivée en Iraq de la coalition dirigée par les États-Unis, un grand nombre de portraits de Saddam Hussein, dirigeant de l'Iraq à l'époque, furent détruits. Deux ans auparavant, les talibans avaient dynamité deux bouddhas géants, sculptés dans les falaises du nord de l'Afghanistan. Même si la destruction violente d'images est traditionnellement qualifiée de vandalisme ou d'iconoclasme, le « texte » esthétique, selon Umberto Eco, serait davantage un outil de communication que de représentation, outil dont les significations peuvent changer et auquel on ne réservera pas le même accueil avec le temps.D'après le concept de communauté imaginée de Benedict Anderson, les monuments d'État illustrent des idéaux collectifs, tandis que Michael Taussig estime que l'État est un « autre » fétichisé, distinct de la population qu'il est censé servir. Dans les cas où les portraits d'État favorisent un culte de la personnalité, ces images rappellent constamment le pouvoir du régime en place et définissent le territoire où ce pouvoir s'exerce. Contrairement à ce que soutient Antonio Gramsci au sujet du concept d'hégémonie, les portraits de dictateurs ne consolident pas l'ascendant sur les classes : ils orchestrent un culte à l'égard d'une personne.La transgression des règles relatives au sujet ou à la présentation peut entraîner des réactions violentes. Dans ces cas, entre autres, le spectateur peut considérer l'image comme un moyen de communiquer avec l'artiste, la personne représentée ou le public en général. Des « communications » de ce type, notamment par la violence, résistent aux stratégies analytiques liées au signifiant flottant, au simulacre et au fétiche, même si ces démarches restent utiles en ce qui concerne d'autres aspects de l'analyse du portrait.
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3097.Plus d’information
Les incursions des Ottomans en Europe depuis le XIVe siècle ont donné naissance à un genre littéraire particulier appelé littérature antiturque (antiturcica), tour à tour belliciste, prophétique ou historique. Le Dalmate Marko Marulić de Split (1450–1524) composa ainsi une Prière contre les Turcs (date inconnue), une Plainte de la ville de Jérusalem (1517 vraisemblablement), et une lettre demandant l’aide du pape Adrien VI (1522). Il connut de près la menace ottomane : de son vivant, les Ottomans conquirent Constantinople, Jérusalem, la Syrie, l’Égypte, la Serbie, la Bosnie, l’Herzégovine, et enfin Belgrade (1521), victoire qui leur ouvrit les portes de la Hongrie et de la Croatie. De l’étude pathémique de ces trois antiturcica maruliens émerge une rhétorique de diabolisation des Ottomans qui non seulement témoigne des violentes émotions subies par l’auteur, mais qui justifie aussi une guerre sans merci contre cet ennemi qui apparaît cruel, insatiable et invincible.
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3098.Plus d’information
Cette étude examine l’environnement urbain dépeint par Leandro Bassano dans son cycle des douze mois, en se concentrant plus spécifiquement sur les mois de février et de mars et sur les changements iconographiques importants que ces derniers présentent par rapport à l’imagerie typique des travaux agricoles. Dans cette oeuvre, Leandro a associé le mois de février au thème du carnaval et le mois de mars à celui du carême, rompant ainsi avec l’orientation agricole qui caractérise le reste de ce calendrier, pour introduire une nouvelle division du temps obéissant à des rythmes civiques et religieux. La présente étude soutient que cette transformation de l’iconographie s’est produite de façon concomitante avec la réforme du Missel romain et avec l’émergence de la commedia dell’arte. Enfin, cet article analyse la relation dialogique qui s’esquisse entre la représentation que Leandro fait du mois de février et l’image qu’il donne du mois de mars, en se demandant ce que cette iconographie reflète plus généralement au sujet de l’expérience culturelle et saisonnière de la ville vénitienne dans le contexte post-tridentin.
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3099.Plus d’information
Donald Trump a transgressé de nombreuses normes présidentielles, dont celle de la prépondérance de l'expertise dans la formulation et la mise en oeuvre de la politique étrangère des États-Unis. Alors que ses prédécesseurs ont fait preuve d'une méfiance relative envers l'expertise de l'appareil de sécurité nationale, Trump a pleinement assumé son hostilité à l'égard de ces institutions et de leurs experts. Cet article propose une analyse des trois principales conséquences de cette hostilité : fausse tension entre loyauté et compétence dans le choix des conseillers ; priorisation des gains symboliques et sous-utilisation des ressources organisationnelles qui ont nui à la mise en oeuvre de la politique étrangère et à la pérennité des changements instaurés ; et gestion de crise défaillante (covid-19).
Mots-clés : Trump, politique étrangère, prise de décision, expertise, leadership, Trump, foreign policy, decision-making, expertise, leadership