Documents repérés
-
1681.Plus d’information
Machiavel partageait avec la culture de la Renaissance l’idéal de la renovatio culturelle et civile et une nouvelle conception de la vie et de la liberté. Bien conscient des contradictions de son temps, et même si son côté misogyne prévaut sur celui philogyne, il a conçu des figures féminines extraordinaires qui ont montré tout le paradoxe d’une société vouée à la recherche de la perfection dans la « mutation » entre la « juste mesure », la « grâce » et le bon giudicio. Sur la base des études de genre et de l’intérêt porté par la critique aux femmes chez Machiavel, nous essayons d’illustrer ce paradoxe par une nouvelle lecture de ses textes théâtraux et d’indiquer ce que nous pourrions définir comme sa raison morale. À travers l’élément comique engendré par le renversement de la perspective, Machiavel contribue à une réflexion sur les valeurs immorales, ou amorales, d’une vie formelle privée et publique, conçue sur des normes anciennes, selon lesquelles les femmes, malgré leur valeur et leur éducation, étaient considérées comme des objets de la perfection scénique dans la vie de la société, dont elles ne pouvaient s’échapper qu’en s’appuyant sur leur propre intelligence.
Mots-clés : Machiavel, Machiavelli, The women question, Querelle des femmes, La mandragore, The Mandrake, Clizia, Clizia
-
1683.Plus d’information
De disciple à mentor, c’est le parcours suivi par Christine de Pizan. Elle commence par se mettre en scène guidée par des personnifications allégoriques comme la Sibylle de Cumes dans le Chemin de long estude, et Raison, Droiture et Justice dans le Livre de la Cité des Dames et le Livre des trois Vertus. Puis elle assume en son nom propre le rôle de mentor. Le périple initiatique qu’elle entreprend dans le premier de ces textes, renvoie au topos bien connu du voyage dans l’Au-delà sous la conduite d’une figure emblématique, représenté par deux œuvres majeures qui l’ont inspirée, la Divine Comédie de Dante et l’Énéide de Virgile.
Mots-clés : Christine de Pizan, Dante, mentor, allégorie, voyage
-
1684.
-
-
1686.Plus d’information
La pièce de Thomas Heywood, A Woman Killed with Kindness (1607), se termine lorsque le personnage principal, Frankford, découvre le luth d’Anne, l’épouse qu’il vient de bannir pour cause d’adultère. Attristé par la vue de cet instrument qu’il associe à son mariage et à Anne elle-même, Frankford exile le luth en compagnie de sa femme. Lorsqu’elle reçoit l’instrument, Anne joue une complainte, puis fait écraser son luth sous les roues d’une diligence, renonçant ainsi à sa musique. Elle meurt peu après. Son corps et sa mémoire sont manifestement liés, de façon intime, au luth : dans le drame, son corps est un instrument de musique dont elle peut jouer, sur lequel autrui peut jouer, et qui peut être détruit. Le luth est une métaphore du corps courante dans la littérature anglaise de l’époque; Heywood utilise cette métaphore tout en la compliquant. En premier lieu, le luth figure l’impossible et paradoxale identité d’Anne : chaste épouse, noble dame et, virtuellement, prostituée. Qui plus est, le luth souligne l’incapacité d’Anne à contrôler son propre corps, surtout ses humeurs. Comme d’autres personnages de la pièce, Anne a perdu la maîtrise de ses passions charnelles, mais en détruisant le luth elle détruit aussi l’emprise de ses passions sur elle-même et sur les autres. Cependant, lorsqu’elle détruit le luth, elle ne renonce pas totalement à la musique, car la musique peut engendrer une forte harmonie sociale. Elle joue plutôt de son propre corps comme d’un instrument de musique, faisant de son suicide davantage une instruction qu’une destruction. Sa mort a une valeur didactique pour ceux qui le regardent (tant de la scène que des gradins du théâtre), assemblés autour de son lit de mort; il laisse entendre que plusieurs méthodes permettent de maîtriser les passions, certaines étant plus mortelles que d’autres. Dans A Woman Killed with Kindness, la musique d’Anne symbolise la peine extraordinaires pour imposér une discipline aux passions sans règle, à la source de tant de conflits dans la pièce.
-
1687.Plus d’information
De nombreux auteurs ont fait allusion au droit romain pour expliquer la logique - si tant est qu'il y ait une logique - du fameux Code Noir de 1685. A vrai dire il conviendrait de se reporter non seulement aux travaux préparatoires, voire à l'expérience française du servage issue de la féodalité, mais encore, à notre avis, il paraît nécessaire de suivre l'application et l'evolution de l'institution servile aux XVIIe et surtout au XVIIIe siècle. En quelque sorte, la question principale est de savoir si la triste expérience de la servitude antillaise correspond à l'esclavage de l'Antiquité classique romaine ou encore à celui de l'antiquité tardive (IVe-VIe s. - Romanité). Nous exposerons cette problématique en trois points. Le premier a trait à l'évolution de l'esclavage à la fin de l'Antiquité (1) ; le second point portera essentiellement sur le phénomène de résurgence de la servitude gréco-romaine à la fin du Grand Siècle (2) ; enfin, outre les parallélismes de forme ou de fond, on s'attachera à dégager les signes communs d'évolution entre le « modèle » des Anciens et l'application des Modernes (3).
Mots-clés : Esclavage-servitude, droit romain, ancien droit, crise, pars fundi, familia urbana, familia rustica, habitation, capacité juridique, liberté (affranchissement), pécule, Jésuites, Lumières
-
1688.Plus d’information
L'objectif de cet article est de présenter des concepts et des notions anthropologiques et sociologiques tirés des situations coloniales et des situations de contact afin d'expliquer la persistance de la notion de race dans l'exercice du pouvoir étatique sur les peuples autochtones à l'échelle des États nationaux de l'Amérique latine. Ce cadre conceptuel présente une lecture critique du multiculturalisme constitutionnel dans la région comme étant une tentative, uniquement rhétorique jusqu'à présent, pour surmonter ce modèle de domination et promouvoir les autonomies autochtones. L'auteur présente un débat critique sur les défis posés par la réalisation de l'autonomie autochtone en tant que projet effectif de décolonisation des sociétés postcoloniales de la région.
Mots-clés : racialité du pouvoir, indigénisme, multiculturalisme, autonomie autochtone, raciality of power, Indigenism, Multiculturalism, Indigenous Autonomy, Racialidad del poder, indigenismo, multiculturalismo, autonomía indígena
-
1689.Plus d’information
RésuméDans cet article, le trouble de la personnalité connu sous le nom de « narcissisme malin » est présenté. Ce concept est par la suite utilisé pour expliquer la création, par le dirigeant d'un groupe, de politiques organisationnelles destinées à contrer les personnes qu'il considérait comme ennemies, mettant en évidence la rage narcissique à l'oeuvre. Notre argument est examiné à la lumière d'une étude de cas dans laquelle il est démontré que le dirigeant a tenté de discréditer les détracteurs du groupe, transposant sa rage narcissique dans des politiques organisationnelles que des membres loyaux adoptaient pour lui. À l'aide d'observations psychologiques de la personnalité du chef et, par la suite, en démontrant comment celle-ci est à la source de politiques et d'actions socialement déviantes, nous espérons encourager les criminologues à examiner d'autres groupes en appliquant des théories semblables.
-
1690.Plus d’information
L’article se propose d’analyser le corpus de la « Querelle des Amyes » à l’aune du concept d’antérotisme. Celui-ci permet de saisir la dynamique éminemment paradoxale (à différents niveaux) des textes qui visent un lectorat féminin à instruire. Entre subversion et conformisme, des textes que l’on pensait s’opposer frontalement finissent par s’unir en proposant un parcours didactique en réalité aporétique, mais non sans valeur réflexive. La Querelle des Amyes ainsi envisagée rejoint de plain-pied le plus large corpus de la Querelle des Femmes, sans pourtant finir par prendre parti pour l’un ou l’autre des partis qui s’y affrontent. Clef de compréhension d’une lecture qui ne peut se saisir que comme un problème ou une promesse, Antéros dévoile la nature (possible) du sens de ces textes qui ne se révèle qu’en tenant ensemble des positions contradictoires et pourtant nécessaires les unes aux autres pour pouvoir être signifiantes.
Mots-clés : Querelle des Amyes, Antéros, Antérotisme, Paradoxe, Perfectionnement, Genre