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Comptes rendus

Catherine Alès et Cécile Barraud (dir.), Sexe relatif ou sexe absolu? De la distinction de sexe dans les sociétés. Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2001, 432 p., carte, réf., index.

  • Nicolas Balutet

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  • Nicolas Balutet
    Université Marc Bloch, Strasbourg
    1 rue des Païens
    67000 Strasbourg
    France

Corps de l’article

Depuis les années 70 et l’apparition de la notion de genre ou gender qui va se généraliser dans la décennie suivante, nombreux sont les chercheurs qui remettent en question l’universalité de la catégorie de sexe et se demandent si homme-femme, masculin-féminin, mâle-femelle sont des entités naturelles qui vont de soi. C’est dans cette perspective que s’inscrit aujourd’hui Sexe relatif ou sexe absolu? De la distinction de sexe dans les sociétés.

Dans cet ouvrage collectif d’anthropologie sociale qui fait suite au colloque « Sexe absolu ou sexe relatif? Comment la distinction de sexe se manifeste-t-elle dans les relations sociales? » (Paris, 21 et 22 octobre 1994), Catherine Alès, Cécile Barraud et neuf autres contributeurs européens et québécois s’attachent à analyser la distinction de sexe en dehors d’une opposition binaire des genres, appliquant pour cela des méthodes utilisées dans l’étude des vocabulaires de parenté. En effet, si notre langue a deux genres renvoyant chacun au masculin et au féminin, d’autres possèdent une autre forme d’expression, en elle-même ni du genre masculin ni féminin ni neutre qui, pourtant, dans la description des relations de parenté, exprime le masculin ou le féminin.

Après une première section introductive dans laquelle se détache la longue et exhaustive analyse de Cécile Barraud intitulée « De la distinction de sexe dans les sociétés », l’ouvrage se divise en trois parties : 1. Dualités dépassées ; 2. Des paires et des couples dissymétriques ; et 3. De l’obliquité dans la parenté et le rituel. À travers l’examen des aborigènes d’Australie, des Yanomami d’Amérique du sud, ainsi que des Mexicains et surtout des peuples mélanésiens, le groupe de chercheurs tente de restituer la complexité et la richesse des rapports masculin-féminin et la cohérence de l’ordre relationnel que chaque société institue dans sa distinction de sexe. Trois orientations ont été retenues :

  • Reconnaître, tout d’abord, que la relation entre homme et femme n’apparaît pas toujours comme une séparation totale répandue dans tout l’ordre social d’une société, ni dans tous les âges qui constituent la vie et la mort ;

  • S’intéresser à la distinction de sexe telle qu’elle est exprimée dans les vocabulaires de parenté. Dans ce contexte, la distinction des sexes peut prendre trois formes différentes : sexe absolu pour désigner un parent d’un seul et même sexe, sexe indifférent pour indiquer un parent pouvant être de l’un ou de l’autre sexe, sexe relatif quand la définition du sexe du parent désigné est conditionnée par ce que l’on sait du sexe du locuteur.

  • Ne pas perdre de vue la totalité sociale dans laquelle s’inscrit l’étude de la relation homme-femme.

Par son approche comparative et l’expérience de terrain des contributeurs, cet ouvrage appréhende globalement la distinction de sexe en tant que relation et apporte un éclairage nouveau sur le masculin et le féminin, ces deux grands inconnus que l’on croyait pourtant si bien saisir.