Comptes rendus

D. Fisette et R. Martinelli, Philosophy from an empirical standpoint : Essays on Carl Stumpf, Rodopi, Amsterdam/New-York, 2015, 546 p.[Notice]

  • Maxime Julien

…plus d’informations

  • Maxime Julien
    Chercheur postdoctoral en philosophie (CAPES-CNPq), Université fédérale de Goias

L’ouvrage Philosophy from an Empirical Standpoint : Essays on Carl Stumpf, publié par Denis Fisette et Riccardo Martinelli, réunit des articles rédigés en anglais et en allemand sur la philosophie de Carl Stumpf par des chercheurs spécialistes de Stumpf, de l’École de Brentano et plus généralement de la philosophie austro-allemande. Comme le suggère son titre, le but de l’ouvrage est de mettre en lumière les contributions de Stumpf à la philosophie en évaluant certains aspects de son oeuvre (p. 9). Cette étude d’une figure centrale du courant phénoménologique et de l’histoire de la psychologie s’organise autour de quatre sections qui traitent successivement des sources historiques de la pensée de Stumpf (p. 55-143), les thèmes centraux de sa philosophie (p. 145-313) et son influence à l’orée du vingtième siècle (p. 315-421). L’ouvrage se clôt sur des manuscrits non publiés dans lesquels Stumpf traite de certaines questions de psychologie, de théorie de la connaissance et de métaphysique (p. 423-471). Ces archives révèlent également un aspect inconnu de la vie de Stumpf, celui de la relation à son maître Brentano à la fin de sa vie (p. 473-541). L’introduction de l’ouvrage ainsi que la première section se présentent sous la forme d’une biographie intellectuelle qui tente de rassembler les morceaux du puzzle historique des influences de la philosophie de Stumpf. Dans son introduction, Denis Fisette analyse la réception de la pensée de Stumpf au tournant du xxe siècle en soulignant l’actualité de certains aspects de sa philosophie. En tant qu‘étudiant de Franz Brentano et d’Hermann Lotze, correspondant de Gottlob Frege et de William James, Stumpf est d’abord et avant tout un philosophe de formation. Pourtant, il est également reconnu pour ses travaux empiriques et ses recherches expérimentales en psychologie ainsi que pour avoir contribué de manière significative à l’histoire de cette discipline (Ash 1985, Sprung, 2000-2001). Incontestablement, Stumpf est un des principaux promoteurs de cette « nouvelle psychologie » qui voit le jour au début du vingtième siècle. Il est considéré comme le fondateur de l’Institut de psychologie à Berlin, qui est à l’origine de la psychologie de la forme. Parmi les étudiants qui ont reçu leur formation dans cet institut, on retrouve les figures centrales de la Gestalt telles que Kurt Koffka, Wolfgang Köhler, Kurt Lewin, ou encore un écrivain de renom tel que Robert Musil, l’auteur du célèbre roman L’Homme sans qualités. D’une manière générale, on doit à Stumpf plusieurs études importantes dans le champ de la musicologie et, en particulier, dans l’histoire de la musique, de l’acoustique et surtout de l’ethnomusicologie dont il fut le précurseur. Dès lors, comment concilier son inclination pour la science et les recherches empiriques avec sa formation philosophique ? Est-il principalement un philosophe, ou un homme de science ? Cette question est délicate et tend à diviser les commentateurs et les historiens qui s’accordent néanmoins unanimement à penser que la contribution et l’influence philosophique de Stumpf ne s’étendent pas seulement à la phénoménologie de Husserl, mais à la philosophie allemande en général (p. 16). S’appuyant sur sa classification des sciences et sa distinction entre phénomènes (qualités sensorielles) et fonctions psychiques (états intentionnels), Fisette soutient que les recherches empiriques et les travaux — de nature interdisciplinaire — de Stumpf sont menés à l’intérieur d’un programme philosophique unitaire (p. 11-12). Cette hypothèse d’une unité entre projet philosophique et recherches empiriques guide l’ensemble de l’ouvrage et semble trouver une confirmation dans les propos de Stumpf lui-même selon lesquels la philosophie est …