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Santé mentale au Québec

Volume 22, numéro 1, printemps 1997, p. 216-238

Thérapie et patient borderline (1) et Médicaments psychotropes : aspects psychosociaux (2)

Sous la direction de Pierre Cousineau (1), Yves Lecomte (1), David Cohen (2) et Guilhème Pérodeau (2)

Direction : Yves Lecomte (directeur)

Rédaction : Alain Lesage (rédacteur en chef)

Éditeur : Revue Santé mentale au Québec

ISSN : 0383-6320 (imprimé)  1708-3923 (numérique)

DOI : 10.7202/502104ar

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Article

La prescription de stimulants aux enfants  « hyperactifs » : une étude pilote des incitatifs et des contraintes pour les parents, les médecins et les enseignants

Christine Doré

Étudiante de Maîtrise en service social, travailleuse sociale au Service d'Aide aux Réfugiés, Hospice Général de Genève, Suisse

David Cohen

Professeur et chercheur à l'École de service social et au Groupe de recherche sur les aspects sociaux de la santé et de la prévention (GRASP), Université de Montréal

RÉSUMÉ

Le consensus scientifique sur l'utilisation des stimulants pour traiter les enfants « hyperactifs » consiste à reconnaître leur effet calmant sur la conduite perturbatrice et une amélioration de la performance de tâches répétitives, à court terme. Les effets à long terme restent incertains. Pourtant, au Québec, la prescription de stimulants pour enfants dont les parents sont prestataires de sécurité du revenu a triplé de 1990 à 1994, atteignant la prévalence de 11,9 %. À l'aide d'un modèle systémique intégrant les approches de médicalisation de la déviance, d'économie politique et d'analyse stratégique, nous avons envisagé la décision de prescrire comme le résultat d'interactions impliquant divers acteurs au pouvoir inégal et intérêts divergents. Nous avons tenté d'établir la « défendabilité » de ce modèle au moyen d'entrevues auprès de cinq parents, quatre enseignants et trois médecins en contact prolongé avec un enfant hyperactif. Le matériel recueilli révèle l'omniprésence du modèle médical dans le système de traitement de l'hyperactivité mais les enseignants et non les médecins apparaissent comme le moteur de la médicalisation. Selon les parents et les médecins, les enseignants dépistent et « diagnostiquent » les enfants, proposent la médication aux parents et, dans certains cas, l'école exige du médecin une prescription. Les médecins admettent que l'évaluation médicale est souvent très sommaire. Pour leur part, les enseignants soulignent les difficultés de leur tâche et le manque d'encadrement psychosocial à l'école. Les commentaires de nos répondants font ressortir la perception de chacun qu'il voudrait agir différemment mais n'a pas d'autre choix que d'opter pour la médication. Ces observations limitées, qui devraient être validées, suggèrent que le système de traitement des enfants hyperactifs fonctionne de manière irrationnelle et qu'on ne peut raisonnablement s'attendre à le voir servir les intérêts des enfants.

ABSTRACT

The Prescription of Stimulants to “Hyperactive” Children: A Pilot Study of Incentives and Constraints on Parents, Teachers, and Physicians

The scientific consensus on the use of stimulants to treat "hyperactive" or ADHD-diagnosed children amounts to recognizing a calming effect on children's disruptive behavior and better performance of repetitive tasks, both in the short-term. Long-term effects remain unknown. Still, in Québec, prescription of stimulants to children of welfare recipients nearly tripled between 1990 and 1994, reaching a prevalence of 11.9%. Using a systemic model integrating three approaches (medicalization of deviance, political economy, and strategic analysis), we conceptualized the decision to prescribe as the result of interactions involving different actors holding unequal power and seeking to further their interests. We attempted to establish the defendability of this model by means of in-depth interviews with five parents, four primary school teachers and three physicians in prolonged contact with a hyperactive child receiving stimulant medication. Data from the interviews reveal the omnipresence of the medical model in the hyperactivity treatment system, although teachers rather than physicians appear as the engine of this medicalization. According to parents and physicians, teachers identify and "diagnose" children, propose the use of medication to parents and, in some cases, the school requires that doctors write a prescription. Doctors admit that medical evaluation of referred children is often inadequate. For their part, teachers stress the growing difficulties of their task and the lack of psychosocial supports in the schools. Our respondants' comments highlight the divergent interests of the actors involved as well as each actor's own perception that he or she wishes to act differently but lacks any real choice other than opting for medication. These limited observations should be validated in further studies. They suggest that the current system functions irrationally and that we should not expect it to act in the best interests of children.

Auteurs : Christine Doré et David Cohen
Titre : La prescription de stimulants aux enfants  « hyperactifs » : une étude pilote des incitatifs et des contraintes pour les parents, les médecins et les enseignants
Revue : Santé mentale au Québec, Volume 22, numéro 1, printemps 1997, p. 216-238
URI : http://id.erudit.org/iderudit/502104ar
DOI : 10.7202/502104ar

Tous droits réservés © Santé mentale au Québec, 1997

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