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Marc Augé et Jean-Paul Colleyn, L’anthropologie. Paris, Presses Universitaires de France, Collection Que sais-je?, 2004, 127 p., bibliogr.

  • André Campeau

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  • André Campeau
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    Direction de la recherche et de l’enseignement
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Cette recension de la discipline porte sur les objets de recherche et sur les outils pouvant faciliter la compréhension. Pas question de circonscrire un patrimoine, de faire un survol de différentes cultures ou même de vulgariser la discipline pour des lecteurs non avertis. Les auteurs proposent « un ouvrage encyclopédique miniature » (p. 8) et illustrent que « l’anthropologie résulte d’un développement scientifique complexe » (p. 113). Ce faisant, ils s’inscrivent dans la continuité des ouvrages de Copans (1996), Laplantine (1987, ré-édition en 2001), Monaghan et Just (2000).

D’entrée de jeu (au premier chapitre), Augé et Colleyn associent l’effort disciplinaire à l’interactionnisme : « L’anthropologue étudie les rapports intersubjectifs entre nos contemporains » (p. 14). Les auteurs suggèrent d’analyser la relation à l’autre dans le but de révéler à travers elle le rapport de forces entre unités politiques distinctes et le contexte qui contribue à reproduire ce rapport. Une telle perspective n’écarte pas la possibilité de s’intéresser à la construction d’identités et de discours identitaires de même qu’aux stratégies politiques qui les mettent en place dans le monde contemporain.

Le deuxième chapitre occupe une place importante, près de la moitié du livre (56 pages). Il y est question des anciens et des nouveaux objets de l’anthropologie : parenté, économie, écologie, politique, religion, performance, image. Ces efforts de synthèse ne sont pas dénués d’intérêt et contribuent à faire ressortir les continuités et discontinuités historiques. Ainsi, dans la section portant sur l’anthropologie du politique, les auteurs illustrent que des générations d’anthropologues ont contribué à construire l’objet « politique », d’abord en étudiant la variabilité des formes d’organisation politique dans les sociétés non occidentales, ensuite en s’intéressant à l’édification et à l’exercice de l’autorité légitime et enfin en analysant la production de nouveaux sujets par le moyen de bio-politiques.

Les chapitres trois et quatre peuvent être lus ensemble. Il y est question du terrain (la relation ethnographique) et de la lecture (la relation aux auteurs). L’effort disciplinaire consiste à maintenir la tension entre ces deux ordres de discours. L’anthropologue est présenté comme un étudiant, marchant sur un fil tendu entre ce que les gens disent et ce que les auteurs écrivent (ne pas étouffer l’un et stimuler sa curiosité à l’aide de l’autre). La plupart des problèmes de transfert et de traduction auquel l’anthropologue fait face se logent sur ce mince fil où il doit apprendre à respecter les impressions hétérogènes et ne pas sur-interpréter les différences.

L’écriture et l’analyse sont les thèmes abordés dans les deux chapitres suivants. Les quelques pages consacrées à l’écriture m’ont semblé riches du fil conducteur qui traverse ce livre : l’anthropologue examine des rapports de pouvoir et de savoir dans lesquels il est lui-même inscrit, il produit pour le sujet une interprétation qui tient compte tant de sa relation à l’autre que de son contexte. Le chapitre sur l’analyse rappelle certaines difficultés propres à l’interactionnisme, notamment de savoir si l’institution est une « structure prescriptive préalable » (p. 104) qui assujettit ou si elle est produite par le jeu des pratiques dans les relations intersubjectives.

En conclusion, les auteurs s’interrogent sur « les lignes de force de la profession » (p. 116). En dépit de la difficulté à les dégager, Augé et Colleyn proposent qu’elles pourraient être : 1) les acquis de terrain qu’on traduit dans une monographie, 2) une problématisation qui « retourne le miroir de l’anthropologie sur elle-même » (p. 118) avec ce que cela suppose de questionnements relatifs à l’identité et l’altérité, 3) une attention au sujet pris dans la tourmente mondialisée.

Le but d’un tel ouvrage n’est pas de re-problématiser la discipline ou de la renouveler. Si on s’entend sur le fait qu’il s’agit d’une discipline particulièrement difficile à circonscrire et que l’ouvrage ne s’adresse pas aux étudiants du collégial, il vaut le détour. En effet, il est utile de refaire périodiquement l’unité autour de quelques objets et de se représenter le présent disciplinaire pour ne pas perdre de vue ce qui nous situe comme enseignant et comme chercheur. Évidemment, la lecture que je propose n’est pas la seule possible.

Appendices