Hors-dossier

L’usage du concept de diversité en histoire québécoise[1]Autour de Stéphan Gervais, Raffaele Iacovino et Mary-Anne Poutanen (dir.), Engaging with Diversity. Multidisciplinary Reflections on Plurality from Quebec, Bruxelles, Peter Lang, 2018

  • Jean-Philippe Warren

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  • Jean-Philippe Warren
    Département de sociologie et d’anthropologie, Université Concordia

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Cover of La république apprivoisée : racisme et institutions dans l’histoire politique des États-Unis, Volume 27, Number 3, Summer 2019, pp. 7-211, Bulletin d'histoire politique
Depuis les écrits de Lionel Groulx qui insistait sur la pureté ethnique et morale du groupe canadien-français (allant jusqu’à prétendre qu’aucune mésalliance avec des « Sauvages » n’avait « contaminé » le sang des « valeureux » colons de la Nouvelle-France), il semble que l’historiographie québécoise ait accompli un virage à 180 degrés. Désormais, nous sommes invités à découvrir l’extraordinaire diversité de la société québécoise à travers une pléiade de domaines (éducation, philosophie, management, linguistique, etc.). L’apport du collectif Engaging with Diversity, dirigé par Stéphan Gervais, Raffaele Iacovino et Mary-Anne Poutanen, tient au fait qu’il entend contribuer à cette réflexion en donnant la parole (sur un total de trente chapitres) à de nombreux chercheur.e.s que l’on peut rattacher à la discipline historienne. Quand on réunit une telle brochette de spécialistes, on sait que l’ouvrage ne peut qu’être riche et stimulant. Il l’est, indubitablement, couvrant un très large éventail de sujets. Divisé en six grandes sections, Engaging with Diversity aborde tour à tour les thèmes de l’ethnicité et de l’identité (chapitre 1), les peuples autochtones au Québec (chapitre 2), le travail et la famille (chapitre 3), la citoyenneté (chapitre 4), la culture (chapitre 5) et la religion (chapitre 6). En plus de l’introduction générale, chaque section est précédée d’une présentation signée par un éminent spécialiste (Danielle Juteau, Denys Delâge, Denyse Baillargeon, Bruce Curtis, Sherry Simon, Georges Leroux), ce qui permet d’élever un regard qui, dans certains textes plus spécialisés du recueil, se concentre sur des objets pointus. Dans leur introduction, les responsables du numéro admettent vouloir faire de leur collectif autre chose qu’une auberge espagnole : en se penchant sur « a broad spectrum of identity markers », ils espèrent fournir aux chercheur.e.s des outils pour arborer la diversité québécoise dans toute sa complexité. Rassemblés sous une ambition commune d’identifier les tensions et les équilibres au coeur de la « pluralité » québécoise, les textes du collectif constituent une importante contribution à une compréhension plus nuancée du passé par la présentation de faits et d’événements parfois méconnus. On apprend une foule de choses sur une foule de sujets. Mais, peut-être plus fondamentalement, Engaging with diversity fait oeuvre utile en soulevant – explicitement ou implicitement, ouvertement ou indirectement – des questions conceptuelles et théoriques essentielles. Bien sûr, comme dans toute entreprise collective du genre, les propos des uns et des autres sont éparpillés et parfois contradictoires, portés qu’ils sont par des visées, des méthodes et des sujets distincts. Faire une synthèse des plus de cinq cents pages d’Engaging with Diversity est par conséquent une gageure impossible. À défaut d’un résumé de chacun des chapitres, on nous permettra de nous contenter de quelques remarques générales qui visent à mieux situer le recueil tout en formulant notre propre critique du paradigme de la diversité en histoire. Les sujets choisis dans le recueil nous conduisent sur la piste des groupes les plus directement associés à la notion de diversité. La table des matières permet de faire un décompte rapide : immigrants, peuples autochtones, Canadiens français et Canadiens anglais, franco-Québécois et anglo-Québécois, Noirs, Protestants, Juifs, jeunesse, ouvriers, femmes. Deux constatations se dégagent de ce survol. D’une part, on comprend que la diversité est davantage conçue en termes culturels, voire ethniques que sociaux, ce que l’introduction laissait déjà entendre. Les rares fois où le thème du travail ou celui des revenus est abordé le sont en lien avec des catégories ethnoculturelles (Canadiennes françaises en Nouvelle-Angleterre, travailleurs agricoles venus d’Amérique latine). Il est instructif de constater que le concept de classe sociale est ...

Appendices