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Comptes rendus bibliographiques

MEYER, Éric (2001) Sri Lanka. Entre particularisme et mondialisation. Paris, La documention française (Coll. « Asie plurielle »), 183 p. (ISBN 2-11-004715-1)

  • Bruce Matthews

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  • Bruce Matthews
    Acadia University

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Ce livre, extrêmement fouillé et très utile, fait partie d’une série de petits volumes sur les pays du Sud-Est asiatique. Le présent volume se divise en trois parties de neuf chapitres, 181 pages en tout avec une conclusion, des tableaux statistiques et une bibliographie restreinte, mais très actuelle. Il n’en existe pas d’équivalent en langue anglaise et je trouve personnellement qu’il s’agit là d’une publication en tous points unique. Son mérite principal est d’offrir un panorama du Sri Lanka sous les perspectives les plus diverses : historiques, religieuses, culturelles, politiques, économiques et sociologiques. Le livre commence de façon pertinente par un survol de ce qui attend le visiteur à son premier séjour dans cette nation insulaire au riche héritage archéologique, dans un cadre tropical et une société multiculturelle. Suit une explication détaillée des divers thèmes aptes à nous faire comprendre l’évolution qui a conduit le Sri Lanka à la présente situation de conflit ethnique et de guerre civile qui caractérisent ce pays depuis 1983. L’auteur examine d’abord les caractéristiques sociales des diverses communautés ethniques en commençant par la majorité cingalaise, les Ceylanais et Indiens tamils, la communauté musulmane et les Burghers (Européens).

Certains de ces groupes s’identifient fortement au concept territorial de homeland, ce qui cause de gros problèmes politiques dans un État qui se veut unitaire et qui a une politique centralisée. Le problème posé par l’identité de caste entre les Cingalais (Sinhala) et les Tamils est abordé sans détours et l’importance de ses implications à l’époque contemporaine soulignée. L’auteur nous présente un excellent panorama de la montée du bouddhisme sinhala en réponse au colonialisme britannique (avec sa teinte pieuse de christianisme protestant) vers la fin du XIXe siècle. Il s’agissait malheureusement là d’une tendance faisant appel aux anciens mythes fondateurs de l’État et à un bouddhisme autoritaire. La première partie se termine par un panorama de la vie villageoise et urbaine de tous les jours dans le sud, description qui inclut des notes sur la vie familiale, le rôle des femmes, le travail immigré dans les États du Golfe et les niveaux de vie. L’auteur se penche ensuite sur l’infrastructure économique et politique de Sri Lanka, particulièrement sur l’industrie des plantations (thé, caoutchouc et noix de coco), du textile et du tourisme.

Les tribulations de la démocratie constituent cependant le noyau central de cette partie avec une brève histoire de la montée des grandes familles politiques cingalaises et des partis depuis l’indépendance, en 1948. La politisation du bouddhisme, l’accent sur la culture sinhalaise (jathika chintanaya) et la langue constituant un des critères d’une citoyenneté raciale (bhumiputra), de cette date jusqu’à nos jours, marquent une regrettable et dramatique conséquence des luttes inter-clans tout autant que les mouvements violents de contestation de l’État. La troisième partie décrit la violence et la fracture étatique du fait de classes démunies et stigmatisées comme les Cingalais (les Janatha Vimukthi Peramuna), d’un côté, et les classes appauvries des jeunes Tamils (les Tigres tamils), de l’autre. Un bon portrait de Velupillai Prabhakaran, chef des Tigres, nous est présenté, ainsi que des éléments statégiques du monde politique cingalais, le tout étant indispensable pour comprendre le déroulement des évènements actuels. Le livre se termine sur la question de savoir si le peuple sri-lankais pourra survivre au cercle vicieux que forment l’inaptitude et l’aveuglement de ses élites. De même, la nation sera-t-elle capable d’évoluer d’un type de gouvernement centralisé sous un système présidentiel autoritaire vers un modèle politique qui reconnaisse les droits de minorités? Ce passage demandera des initiatives audacieuses passant par la démobilisation de forces armées pléthoriques, l’abandon du statut spécial du bouddhisme dans la Constitution et peut-être même l’adoption d’un nouveau drapeau national. Eric Meyer nous fait ici un remarquable compte rendu non seulement de ce qui est, mais aussi de ce qui doit advenir.