Canadian Social Work Review
Revue canadienne de service social
Volume 42, Number 1, 2025
Table of contents (9 articles)
Réflexion éditoriale / Éditorial reflection
Articles
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La violence conjugale et le conflit sévère de séparation dans les interventions psychojudiciaires : point de rencontre ou point de rupture ?
Amylie Paquin-Boudreau, Élisabeth Godbout, Amandine Baude and Karine Poitras
pp. 45–69
AbstractFR:
Les points communs entre les situations de conflit sévère de séparation et de violence conjugale sont un sujet de débat dans les milieux scientifiques et cliniques et engendrent une importante confusion dans les pratiques professionnelles. Alors que ces familles sont susceptibles d’utiliser les mêmes ressources psychologiques et juridiques pour obtenir du soutien après la séparation, les enjeux et les implications pour l’intervention diffèrent pour chacune des situations. À partir d’une revue rapide de la littérature, le présent article a comme objectif de faire le portrait des pratiques d’évaluation et d’intervention adaptées aux familles vivant simultanément des enjeux de conflit sévère de séparation et de violence conjugale. Un total de 66 documents cliniques et scientifiques abordant la médiation familiale, l’expertise psychologique ou psychosociale en matière familiale, la coordination parentale, les groupes éducatifs destinés aux parents et la psychothérapie familiale a été analysé. Les résultats permettent d’identifier les pratiques à favoriser auprès de cette clientèle. L’importance d’un dépistage systématique et continu, de même que la nécessité d’ajuster les interventions aux enjeux de violence conjugale pour assurer la sécurité des victimes font consensus à travers les diverses interventions recensées. Les professionnels psychosociaux et juridiques devraient être mieux formés pour évaluer les différents types de violence conjugale et ajuster leur intervention en conséquence. Peu de données probantes existent pour confirmer l’efficacité des pratiques professionnelles actuelles. Il apparaît ainsi nécessaire de mener davantage d’études pour appuyer les interventions existantes et de développer des interventions spécifiques aux familles vivant des enjeux de violence conjugale.
EN:
The similarities between high-conflict separation and domestic violence situations are the subject of debate in scientific and clinical circles, and cause considerable confusion in professional practice. While these families are likely to use the same psychological and legal resources for post-separation support, the issues and implications for intervention differ for each situation. Based on a rapid review of the literature, the aim of this article is to provide a portrait of assessment and intervention practices adapted to families living simultaneously with issues of severe separation conflict and domestic violence. A total of 66 clinical and scientific documents dealing with family mediation, psychological or psychosocial expertise in family matters, parent coordination, educational groups for parents and family psychotherapy were analyzed. The results enable us to identify practices that should be encouraged with this clientele. The importance of systematic and continuous screening, as well as the need to adjust interventions to domestic violence issues in order to ensure the safety of victims, are agreed upon across the various interventions identified. Psychosocial and legal professionals should be better trained to assess the different types of domestic violence and adjust their intervention accordingly. Little evidence exists to confirm the effectiveness of current professional practices. More studies are needed to support existing interventions and to develop specific interventions for families experiencing domestic violence.
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The Impact of Neoliberalism on Social Justice-Based Social Work Practice in Mental Health
Catrina Brown, Donna Baines, Kaitrin Doll and Marjorie Johnstone
pp. 71–92
AbstractEN:
This article provides a critical view of the landscape of social workers’ experiences in mental health service provision in Canada. This national research project builds upon and supports the findings of a recent Nova Scotia study which found that the professional and social justice–based ethical paradigm of social work is often in conflict with the dominant biomedical model and is severely restricted by neoliberal managerial fiscal constraints on mental health service provision. Mental health social workers in Canada report a lack of professional autonomy, as well as professional disempowerment, devaluation, and a lack of decision-making opportunities in policy and approaches to practice. These results strongly suggest that, taken together, the climate of neoliberalism — with its emphasis on fiscal constraint and the rationalization of care and the corresponding biomedical, decontextualized, standardized, and individualized approach to mental healthcare — betrays social work’s social justice–based professional practice and identity, calling for the protection of the social work profession through establishing effective resistance.
FR:
Cet article présente une vue critique du paysage des expériences des travailleurs sociaux dans la prestation de services de santé mentale au Canada. Ce projet de recherche national s’appuie sur les conclusions d’une récente étude menée en Nouvelle-Écosse, selon laquelle le paradigme éthique professionnel et fondé sur la justice sociale du travail social est souvent en conflit avec le modèle biomédical dominant et sévèrement limité par les contraintes fiscales de la gestion néolibérale de la prestation de services de santé mentale. Les travailleurs sociaux en santé mentale au Canada font état d’un manque d’autonomie professionnelle, ainsi que d’une déresponsabilisation professionnelle, d’une dévalorisation et d’un manque de possibilités de prise de décision en matière de politique et d’approches de la pratique. Cela suggère fortement que, pris ensemble, le climat du néolibéralisme, qui met l’accent sur les contraintes fiscales et la rationalisation des soins, et l’approche biomédicale, décontextualisée, standardisée et individualisée des soins de santé mentale qui en découle, trahissent la pratique et l’identité professionnelles du travail social fondées sur la justice sociale, qui appellent à la protection de la profession de travailleur social par la mise en place d’une résistance efficace.
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Les enjeux du consentement dans un contexte d’inaptitude : une étude de la portée
Gaël Royer-Tremblay and Audrey Gonin
pp. 93–118
AbstractFR:
Les personnes déclarées ou présumées inaptes sont souvent exclues et sous représentées dans les recherches. Or, leur participation pourrait avoir des retombées positives, tant sur le plan individuel que collectif, grâce à leur implication dans le développement de connaissances et de solutions mieux adaptées à leur réalité. Cet article s’intéresse aux principaux enjeux du consentement en contexte de recherche auprès de populations juridiquement considérées comme inaptes à consentir ou dont l’aptitude à consentir est incertaine, en réalisant une recension d’écrits de type étude de la portée (scoping review). Les études recensées permettent d’identifier deux perspectives différentes concernant le consentement : l’une met de l’avant le consentement comme choix rationnel et l’autre s’inscrit dans une conception relationnelle de l’autonomie. Cet article permet de mettre en lumière les principaux enjeux entourant l’évaluation de la capacité à consentir en contexte d’inaptitude. Il permet aussi de dégager des avenues potentielles pour adapter les pratiques de recherche aux réalités et aux besoins de personnes déclarées ou présumées inaptes et ainsi, favoriser leur inclusion, mais aussi leur participation sociale.
EN:
People declared or presumed to be unfit are often excluded and under-represented in research. Yet their participation could have a positive impact, both individually and collectively, through their involvement in the development of knowledge and solutions better adapted to their realities. This article looks at the main issues surrounding consent in the context of research involving populations legally considered unable to consent or whose ability to consent is uncertain, by carrying out a scoping review. The studies identified two different perspectives on consent: one emphasizing consent as a rational choice, and the other based on a relational conception of autonomy. This article highlights the main issues surrounding the assessment of capacity to consent in the context of incapacity. It also identifies potential avenues for adapting research practices to the realities and needs of people declared or presumed to be incapacitated, thereby promoting their inclusion and social participation.
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Breaking the Silence: A Phenomenological Study of Student-Initiated Confrontation as Experienced by Social Work Educators
Thalia Anderen
pp. 119–140
AbstractEN:
Mounting evidence suggests that, over the past three decades, post-secondary educators increasingly face concerning behaviours initiated by students, both in and outside of the classroom. The behaviours range from incidental rude and disruptive behaviours to more ongoing, intentional, hostile, aggressive, and even violent behaviours. These student-initiated confrontations (SICs) present personal and professional challenges for educators and are often exacerbated by insufficient institutional support and training with respect to SIC and classroom management. This qualitative phenomenological study aimed to understand the experience of SIC among post-secondary social work educators across Canada and to identify potential strategies to mitigate these challenges. Additionally, the study examined institutional responses to SICs, with a focus on social work education. Particular interest was paid to the implications of SIC for social work education. Fifteen post-secondary social work educators were interviewed using semi-structured interviews, and the data were analyzed using Colaizzi’s descriptive phenomenological approach. Findings suggest that SIC is a present and serious problem within schools of social work that has implications for social work educators, social work education, and the profession itself. Findings specific to social work education suggest that increased mandatory training for educators on classroom management and SIC, as well as increased institutional leadership support for educators, are important in preventing and mitigating this phenomenon.
FR:
Au cours des trois dernières décennies, de plus en plus d’éléments suggèrent que les éducateurs de l’enseignement post-secondaire sont de plus en plus confrontés à des comportements préoccupants de la part des étudiants, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la salle de classe. Ces comportements vont de l’impolitesse et de la perturbation accidentelles à des comportements intentionnels hostiles, agressifs, voire violents. Ces confrontations initiées par les élèves présentent des défis personnels et professionnels pour les éducateurs et sont souvent exacerbées par un soutien institutionnel et une formation insuffisants en ce qui concerne les confrontations initiées par les élèves et la gestion de la classe. Cette étude phénoménologique qualitative avait pour but de comprendre l’essence de l’expérience des SIC parmi les éducateurs en travail social de niveau postsecondaire au Canada, et d’identifier des stratégies potentielles pour atténuer ces défis. En outre, l’étude a examiné les réponses institutionnelles aux SIC, en mettant l’accent sur l’enseignement du travail social. Un intérêt particulier a été porté aux implications des SIC pour la formation en travail social. Quinze éducateurs en travail social de niveau post-secondaire ont été interrogés dans le cadre d’entretiens semi-structurés et les données ont été analysées selon l’approche phénoménologique descriptive de Colaizzi. Les résultats suggèrent que le SIC est un problème présent et sérieux au sein des écoles de travail social qui a des implications pour les éducateurs en travail social, la formation en travail social et la profession elle-même. Les résultats spécifiques à l’enseignement du travail social suggèrent qu’une formation obligatoire accrue pour les éducateurs sur la gestion de la classe et l’incivilité, ainsi qu’un soutien accru du leadership institutionnel pour les éducateurs sont importants pour la prévention et l’atténuation de ce phénomène.
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Facteurs favorisant l’accessibilité des services sociaux et de santé pour les hommes anicinapek
Hélène Pourcelot, Oscar Labra and Hugo Asselin
pp. 141–161
AbstractFR:
Plusieurs indicateurs révèlent la persistance d’inégalités en santé qui affectent particulièrement les populations autochtones. Pourtant, les services sociaux et de santé sont peu utilisés par les personnes autochtones, surtout les hommes, suggérant un manque d’accessibilité. Cette problématique, qui s’explique en partie par le racisme et l’insécurité culturelle des institutions découlant du colonialisme, a jusqu’à maintenant été étudiée surtout du point de vue féminin. Dans ce contexte, l’objectif de cette étude était de déterminer les facteurs favorisant l’accessibilité des services sociaux et de santé pour les hommes anicinapek. Pour ce faire, 15 entrevues ont été réalisées auprès d’hommes utilisateurs de services de trois communautés anicinapek en Abitibi-Témiscamingue (Québec). L’analyse thématique des données a été faite à partir du modèle d’accès aux soins centré sur le patient. Les participants ont identifié plusieurs caractéristiques des services favorisant ces conditions, telles que la priorisation de la dimension relationnelle des soins, la non-discrimination, la compétence culturelle des professionnels, le respect de la confidentialité et le développement de services s’adressant spécifiquement aux hommes. Les centres de santé des communautés ont aussi été identifiés comme des acteurs importants pour rendre accessibles les services sociaux et de santé pour les hommes autochtones. Selon les participants, les services sociaux et de santé sont accessibles lorsqu’ils suscitent la confiance et laissent place à l’autodétermination des utilisateurs.
EN:
Several indicators reveal the persistence of health inequalities that particularly affect aboriginal populations. Yet health and social services are little used by aboriginal people, especially men, suggesting a lack of accessibility. This problem, which can be explained in part by racism and the cultural insecurity of institutions stemming from colonialism, has until now been studied mainly from the female perspective. In this context, the aim of this study was to identify the factors favouring accessibility to health and social services for Anicinapek men. To this end, 15 interviews were conducted with male service users from three Anicinapek communities in Abitibi-Témiscamingue, Quebec. Thematic analysis of the data was based on the patient-centered model of access to care. Participants identified several service features that foster these conditions, such as prioritization of the relational dimension of care, non-discrimination, cultural competence of professionals, respect for confidentiality and development of services specifically for men. Community health centers were also identified as important players in making health and social services accessible to aboriginal men. According to the participants, health and social services are accessible when they inspire trust and leave room for user self-determination.
Concours Étudiant 2024 / 2024 Student Competition
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Experiences of Peer Interaction Amongst Autistic LGBTQ+ Youth in Secondary Schools
Brianna Comeau
pp. 163–189
AbstractEN:
This article highlights the importance of supporting the LGBTQ+ autistic community in the secondary school environment. While there is general agreement that schools need to be safe spaces, there is a dearth of literature understanding how schools can be safe spaces for individuals identifying as autistic and LGBTQ+. Using qualitative data from videoconference (Zoom) interviews with six LGBTQ+ autistic youth in Ontario secondary institutions, this study examined how interactions with peers shape identity, mental health, well-being, and social belonging. Informed by intersectionality theory and by critical perspectives on neurodiversity, this study found that LGBTQ+ autistic youth faced discrimination through microaggressions, peer victimization, and stereotyping, which led to feelings of low levels of safety in their school environments. Participants also had positive, affirming experiences relating to peers who would advocate and recognize LGBTQ+ and autistic identities. Participants spoke about supporting other peers who experienced similar challenges. This research has implications for social work practice, as it points to the importance of developing mentorship opportunities, implementing anti-discriminatory training and policies, respecting self-identification, and engaging in self-reflection to foster increased well-being and safety for LGBTQ+ autistic youth in school settings.
FR:
Cet article souligne l’importance de soutenir la communauté autiste LGBTQ+ dans l’environnement de l’école secondaire. Bien que l’on s’entende généralement sur le fait que les écoles doivent être des espaces sécuritaires, il y a une pénurie de documentation sur la façon dont les écoles peuvent être des espaces sécuritaires pour les personnes qui s’identifient comme autistes et LGBTQ+. À l’aide de données qualitatives provenant d’entrevues par vidéoconférence (Zoom) avec six jeunes autistes LGBTQ+ dans des établissements secondaires de l’Ontario, cette étude examine comment les interactions avec les pairs façonnent l’identité, la santé mentale, le bien-être et l’appartenance sociale. S’appuyant sur des perspectives critiques de la neurodiversité et de l’intersectionnalité, cette étude a révélé que les jeunes autistes LGBTQ+ étaient victimes de discrimination par le biais de microagressions, de victimisation par les pairs et de stéréotypes, ce qui les amenait à se sentir moins en sécurité dans leur milieu scolaire. Les participants ont également vécu des expériences positives et encourageantes avec des pairs qui défendaient et reconnaissaient les identités LGBTQ+ et autistiques. Les participants ont également parlé du soutien qu’ils apportaient à d’autres pairs confrontés à des difficultés similaires. Cette recherche a des implications pour la pratique du travail social, soulignant l’importance du mentorat, de la mise en oeuvre de formations et de politiques antidiscriminatoires, du respect de l’auto-identification et de l’auto-réflexion pour favoriser le bien-être et la sécurité des jeunes autistes LGBTQ+ en milieu scolaire.
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Les espaces éthiques d’engagement à Natashquan et Nutashkuan : vers une pratique décolonisante du travail social
Sarah Stewart
pp. 191–209
AbstractFR:
Le Canada et le Québec sont actuellement engagés dans un mouvement de réconciliation. Cet article empirique, qui se base sur les données d’une recherche, explore les espaces informels de réconciliation, notamment les lieux métaphoriques et physiques où des membres de communautés autochtones et allochtones se rencontrent dans un espace éthique d’engagement. À Natashquan et Nutashkuan, ces espaces éthiques peuvent se manifester sous forme de cafés, de poésie et de territoire. Ces divers lieux contribuent à enrichir les perspectives et la posture de l’intervenant.e, favorisant ainsi la décolonisation des esprits et la formation des travailleurs.ses sociaux.les. Cela vise également à promouvoir une réconciliation entre cette profession et les communautés autochtones. Cet article traite de l’histoire du travail social dans le contexte autochtone et de l’évolution vers une décolonisation de cette pratique. La méthodologie de recherche inclut des entretiens avec des participants.es ayant pris part à un atelier de poésie à Nutashkuan et fréquenté le café L’Échouerie à Natashquan, ainsi que des observations et des notes de terrain. Les résultats de l’étude mettent de l’avant le rôle crucial des différents espaces en tant que lieux favorables à des rencontres et des dialogues interculturels authentiques, les établissant ainsi comme des espaces éthiques d’engagement.
EN:
Canada and Quebec are currently engaged in a movement of reconciliation. This empirical article, based on research data, explores informal spaces of reconciliation, including metaphorical and physical places where members of Indigenous and non-Indigenous communities meet in an ethical space of engagement. In Natashquan and Nutashkuan, these spaces can manifest in the form of cafés, poetry, and land. These various places contribute to enriching perspectives and the posture of the practitioner, promoting the decolonization of minds and the training of social workers. It aims to promote reconciliation between this profession and Indigenous communities. This article addresses the history of social work in the Indigenous context and the evolution towards decolonizing this practice. The research methodology includes interviews with participants who took part in a poetry workshop in Nutashkuan and frequented the café L’Échouerie in Natashquan, as well as observations and field notes. The study’s results highlight the crucial role of different spaces as favourable places for authentic and sincere intercultural encounters and dialogues, thus establishing them as ethical spaces of engagement.