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Annonce de l’auteur [Selbstanzeige]

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    • Traduit à l’Université de Montréal par
      Barbara Agnese

    • Traduit à l’Université de Montréal par
      Barbara Thériault

    • Traduit à l’Université de Montréal par
      Hélène Huetz De Lemps

    • Traduit à l’Université de Montréal par
      Elisabeth Tutschek

    • Traduit à l’Université de Montréal par
      Dave Poitras

    • Traduit à l’Université de Montréal par
      Francis Douville Vigeant

    Article body

    Eurostudia reproduit ici une traduction inédite de la Selbstanzeige de Robert Musil. Feignant de répondre à un éditeur qui lui demanderait de présenter L’Homme sans qualités, l’auteur s’emploie à décrire son roman et choisit de dire ce qu’il n’est pas. Musil donne le titre Selbstanzeige au fruit de cet exercice fragmentaire qui, publié à titre posthume, se trouve dans l’édition en 9 volumes des Gesammelte Werke et fait partie des matériaux (1930-1942) relatifs au roman. Le titre allemand, ici traduit par « Annonce de l’auteur », a une double connotation : il évoque à la fois une auto-dénonciation, au sens de se livrer à la justice, et une annonce à des fins promotionnelles, ce qui fait de cette sorte de quatrième de couverture ex negativo le lieu où l’auteur annonce et dénonce son roman.

    Annonce de l’auteur [Selbstanzeige] [1]

    À la demande de parler de mon livre de x pages, x chapitres, x personnages et tout cela en 33 lignes, en veillant à ce qu’aucune ne soit vide, je me heurte à de tels obstacles que je préfère dire, finalement, ce que mon livre n’est pas.

    Ce n’est pas le grand roman autrichien attendu depuis des temps immémoriaux, bien que…

    Ce n’est pas un portrait exact de notre époque dans lequel Monsieur… se reconnaîtrait tout de suite, lui-même, sa vie, son quotidien

    Ce n’est pas non plus une fresque de la société

    Ce livre ne contient pas les problèmes qui nous tourmentent, mais…

    Ce n’est pas l’oeuvre d’un écrivain, par son devoir (de reproduire ce que…), mais par une variation constructive.

    On pourrait encore ajouter : s’inscrivant dans l’esprit de la totalité, ce livre est idéaliste, analytique, voire synthétique.

    Ce n’est pas une satire, mais une construction positive.

    Ce n’est pas une expression d’allégeance, mais une satire.

    Ce n’est pas le livre d’un psychologue.

    Ce n’est pas le livre d’un penseur (parce qu’il ordonne les éléments théoriques de la pensée en une structure qui —)

    Ce n’est pas le livre d’un ténor qui…

    Ce n’est pas le livre d’un auteur à succès

     ni d’un auteur sans succès

    Ce n’est un livre ni facile ni difficile ; cela dépend entièrement du lecteur.

    Je crois pouvoir dire, sans devoir poursuivre ainsi, que celui qui veut vraiment savoir ce que ce livre est, devrait tout simplement commencer par le lire / et ne pas se fier à mon jugement ou au jugement d’autrui et le lire / D’ailleurs, on ne devrait… se fier à mon [jugement] et on ferait mieux de lire le livre —

    Parties annexes