Volume 16, Number 1, 2024 Actes du séminaire du premier livre du Capital Guest-edited by Kaveh Boveiri
Table of contents (7 articles)
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Introduction. Actes du séminaire du premier livre du Capital : Centre canadien d’études allemandes et européennes (2022 – 2023)
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Le fétichisme numérique : lire Marx à l’ère du capitalisme dématérialisé
Laurence McFalls
pp. 1–8
AbstractFR:
Ce court essai suggère des pistes pour la mise à jour du concept marxien du fétichisme de la marchandise pour l’époque actuelle du numérique et de l’intelligence artificielle. Si la marchandisation illusoire des biens, notamment celui du travail humain transformé en force de travail vendable sur le marché, s’avère nécessaire à l’accumulation capitaliste, l’avènement de la donnée numérique ainsi que sa mise en valeur par des métadonnées (y compris l’intelligence artificielle) comme source importante, voire principale, de l’accumulation capitaliste contemporaine nous oblige à repenser la place du travail (intellectuel) au cœur de la pensée marxienne. L’autonomisation du processus numérique de génération de la plus-value amène l’aliénation complète de l’être humain et pulvérise le sujet moderne, désormais source et fruit d’algorithmes tout sauf révolutionnaires.
EN:
This short essay suggests a possible update of Marx’s concept of commodity fetishism for the contemporary age of digitalization and artificial intelligence. While the fictitious commodification of goods, notably that of human work transformed into labour power to be sold on the market, was necessary to capitalist accumulation, the advent of digital data and the extraction of their surplus value through metadata (ultimately including artificial intelligence) as one of contemporary capitalism’s major, if not primary, sources of accumulation requires that we rethink the place of (intellectual) labour in Marx’s thought. The autonomisation of digital processes for generating surplus value is leading to the human being’s complete alienation and crushing the modern subject, reduced today to the source and product of algorithms that are anything but revolutionary.
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Marx et la méthode critique de l’économie politique
Étienne Simard
pp. 9–16
AbstractFR:
L’article vise à cerner la méthode employée dans le livre I du Capital. Puisque Karl Marx développe peu sur sa méthodologie, l’auteur tente de compenser en parcourant nombre de commentaires sur l’œuvre. Il porte un intérêt particulier à l’idée de continuité dans cette méthode et porte une attention particulière à l’apport de Galvano della Volpe sur la question.
EN:
The article aims to identify the method employed in Book I of Capital. Since Karl Marx says little about his methodology, the author attempts to compensate for this by examining numerous commentaries on the work. Particular attention is given to the idea of continuity in this method, with a special focus on the contribution of Galvano della Volpe to the question.
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Que faire des lois économiques naturelles dans Le Capital
Pierre-Olivier Lessard
pp. 17–26
AbstractFR:
Si Marx est connu pour avoir efficacement critiqué la naturalisation des lois économiques par l’économie politique bourgeoise, son propre usage répété du concept de « loi économique naturelle », au sein du premier livre du Capital, l’est beaucoup moins. Ce court article a précisément pour objectif de rendre compte d’un tel usage – à première vue paradoxal –, en le replaçant dans le cadre de sa critique plus générale de l’économie politique. On verra ainsi, à travers l’analyse d’extraits clés, que cette critique s’opère par un double mouvement de dénaturalisation/naturalisation de l’économie capitaliste, dont la fonction commune est de discréditer les discours que le capitaliste et son interprète théorique tiennent sur le monde. Il sera démontré par là que la naturalisation de l’économie produit des effets a priori indéterminés et que leur teneur politique dépend en réalité du type de « nature » (figée versus muable) auquel elle renvoie.
EN:
While Marx is well known for having effectively criticized the naturalization of economic laws by bourgeois political economy, his own repeated use of the concept of “natural economic law,” within the first volume of Capital, is much less so. The aim of this short article is precisely to give an account of this use—at first sight paradoxical—by placing it in the context of his broader critique of political economy. Through the analysis of key extracts, we shall see that this critique operates through a double movement of denaturalization/naturalization of the capitalist economy, whose common function is to discredit the discourses that the capitalist and his theoretical interpreter hold on the world. It will thus be demonstrated that the naturalization of the economy produces a priori indeterminate effects and that their political content actually depends on the type of “nature” (fixed versus mutable) to which it refers.
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L’armée industrielle de réserve chez Marx : retour sur l’un des facteurs de la loi générale de l’accumulation capitaliste
Nathan Brullemans
pp. 27–39
AbstractFR:
Cet article cherche à repositionner le rôle argumentatif que joue le concept d’armée industrielle de réserve (AIR) dans la théorie de l’accumulation chez Marx. Ce dernier considère l’AIR comme une partie constitutive de la loi générale de l’accumulation. La grande originalité de Marx est d’exposer l’intégration structurelle des phénomènes de surpopulation aux impératifs de l’accumulation. L’AIR n’est pas qu’un résultat, mais aussi une condition de possibilité de l’accumulation en général, en permettant notamment de réguler les salaires, dans une combinatoire avec les autres paramètres de l’exploitation. Notre lecture de Marx conçoit donc la formation d’une surpopulation ouvrière comme un processus dynamique qui est lié à des stratégies d’accumulation historiquement situées, ce que l’auteur du Capital appelait la « subsomption formelle » et la « subsomption réelle ». Marx est néanmoins loin de posséder une vision économiciste de l’AIR. Lorsque le degré de surpopulation est incapable de s’autoréguler, des moyens politiques et « extra-économiques » peuvent être mobilisés pour limiter la mobilité du travail ou forcer l’intégration de nouvelles populations dans le bassin du prolétariat.
EN:
This article seeks to reassess the argumentative role played by the concept of the industrial reserve army (IRA) in Marx’s theory of accumulation. Marx considers the IRA to be a constituent part of the general law of accumulation. Marx’s great originality lies in exposing the structural integration of the phenomena of overpopulation with the imperatives of accumulation. The IRA is not just a result, but also a condition of possibility for accumulation in general, by allowing wages to be regulated in a combinatory manner with the other parameters of exploitation. Our reading of Marx thus conceives the formation of working-class overpopulation as a dynamic process that is linked to historically situated strategies of accumulation, what the author of Capital called “formal subsumption” and “real subsumption.” Marx’s vision of the IRA, however, is far from economistic. When the degree of overpopulation is unable to regulate itself, political and “extra-economic” means can be mobilized to limit labor mobility or force the integration of new populations into the proletariat pool.
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Entre schéma historique et analyse spécifique : quel concept de contradiction ?
Christophe Gagnon-Richard
pp. 40–49
AbstractFR:
Le présent article propose une analyse du concept de contradiction dans l’oeuvre de Marx et plus spécifiquement dans le premier livre du Capital. Cette étude vise à mettre en lumière un écart entre deux usages du concept qui se côtoient chez Marx. Un premier usage le mobilise dans un schéma historique général qui explique les transitions de modes de production par la contradiction entre le développement des forces productives et les rapports de production d’une époque donnée. Un second usage l’utilise pour décrire spécifiquement la contradiction de l’accumulation capitaliste en montrant comment elle pose problème selon ses propres critères. Dans cet article, nous tentons de démontrer que le second usage n’implique pas nécessairement le premier et qu’il doit être privilégié lorsqu’il s’agit de se réapproprier le concept de contradiction en tant qu’il permet d’éviter les écueils déterministes et mécanistes du premier usage.
EN:
This paper focuses on the concept of contradiction in Marx’s work, especially in the first book of Capital. This survey aims to highlight the gap between two uses of this concept that coexist in Marx. The first one employs it in a general historical theory that explains the transitions from one mode of production to another through the contradiction between the development of the productive forces and the relations of production of a given era. The second one uses it to describe the contradictory course of capitalist accumulation by showing how it is problematic according to its very own criteria. In this paper, we attempt to show that the second use does not necessarily imply the first one and that it must be preferred when reclaiming Marx’s concept of contradiction, as it avoids the deterministic and mechanistic deficiencies of the first use.
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« Mirage » ou « Miroir ». Sur deux formulations d’une phrase dans deux postfaces du premier livre du Capital
Kaveh Boveiri
pp. 50–60
AbstractFR:
Cet article vise à présenter une interprétation à une formulation de Marx qui se trouve uniquement dans la version française du premier livre du Capital — la version surveillée personnellement par lui-même.
EN:
The current paper proposes an interpretation of a formulation made by Marx but found uniquely in the version of book one of Capital supervised personally by him.