Recensions

Caroline Caron, Vues, mais non entendues. Les adolescentes québécoises et l’hypersexualisation, Québec, Presses de l’Université Laval, 2014

  • Martin Blais

…more information

  • Martin Blais
    Université du Québec à Montréal

Access to articles of this journal’s current issues is restricted to subscribers. You may consult the back issues to see all available open access content.

If you hold an individual subscriber account with this journal, log in to your account.

For more information, contact us at client@erudit.org.

The first 600 words of this article will be displayed.

Cover of Nouveaux regards sur le phénomène de l’antisémitisme dans l’histoire du Québec, Volume 18, Number 1, 2015, pp. 13-293, Globe
S’inscrivant en faux avec les discours dominants sur l’hypersexualisation, Caroline Caron entreprend de décortiquer, dans cet ouvrage tiré de sa thèse de doctorat en communication, la gouvernementalité et la discipline du corps et de la sexualité des adolescentes dans le discours dominant au Québec sur la controverse de l’hypersexualisation au début des années 2000. Il faut reconnaître l’audace dont fait preuve Caron dans Vues, mais non entendues. Les adolescentes québécoises et l’hypersexualisation en décrivant l’hypersexualisation non pas comme un simple phénomène empirique antérieur à sa description, que l’on aurait, tôt ou tard, mis en lumière, mais bien comme un problème social construit et défini à travers les discours et les pratiques mêmes des institutions (médias, experts universitaires, personnel scolaire) qui s’en saisissent. La démarche de l’auteure tire son origine d’un constat simple, mais puissant : « dans la controverse, c’était toujours les filles qui étaient mises en cause, sans que jamais ne soient contestées les prémisses mêmes à l’origine des analyses suggérées par les adultes […] J’étais tout particulièrement troublée par l’absence de discussion critique, au sein même du mouvement féministe québécois, sur la représentation négative des filles et des adolescentes que produisait ce dispositif de régulation de la sexualité féminine » (p. 83). Ce livre est une réponse à ce constat. Dans le premier chapitre, Caron décrit les temps forts de cette construction de l’hypersexualisation en tant que problème social entre 2001 et 2005. Elle décrit la construction d’une représentation de l’adolescente vulnérable à travers la prise de parole médiatique des « experts » sur la montée de la mode sexy et ses dangers pour la construction de sa subjectivité. S’opérera graduellement un renversement de cette représentation de l’adolescente menacée par la sexualisation précoce vers une représentation de l’adolescente hypersexualisée comme menace par ses conduites sexuelles jugées, au pire, précoces et déviantes ou, au mieux, inquiétantes. Ainsi, leur corps trop exposé et leur sexualité inquiétante doivent être policés sous prétexte qu’ils perturbent la sérénité de l’espace scolaire, notamment les jeunes garçons et les enseignants masculins. L’émergence de cette nouvelle représentation de l’hypersexualisation s’est accompagnée d’une intensification des discours sur la pertinence du port obligatoire de l’uniforme à l’école, mettant en lumière une recherche de solutions centrées sur la discipline du corps des adolescentes. Au coeur de la construction du phénomène se trouve, pour Caron, un processus discursif et affectif d’amplification. Dans le deuxième chapitre, Caron mobilise le concept de « panique morale » pour décrire les réactions suscitées par l’hypersexualisation. Elle définit la panique morale, dans la foulée de Stanley Cohen (1972), comme « une réaction démesurée envers des pratiques culturelles ou individuelles, souvent minoritaires ou marginales, perçues comme déviantes, nocives et dangereuses pour les individus qui les pratiquent, mais aussi pour le bien-être collectif » (p. 49). Caron estime que l’intensification jusqu’à la panique morale des réactions à l’égard de l’hypersexualisation des adolescentes est largement soutenue par des anecdotes, dénichées par les journalistes ou fournies par les experts (sexologues et éducateurs en priorité), qui heurtent les sensibilités du grand public. La reprise en boucle par les médias et les experts d’un petit nombre d’anecdotes dérangeantes semble avoir contribué à l’image d’un phénomène d’une vaste amplitude nécessitant une intervention urgente, avec pour résultat une légitimation des discours et des pratiques disciplinaires à l’égard du corps des adolescentes, notamment le resserrement des codes vestimentaires. Après la description du contexte d’émergence de sa réflexion sur le phénomène de l’hypersexualisation ...