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Comptes rendus

Morton, Desmond, Billet pour le front. Histoire sociale des volontaires canadiens (1914-1919) (Montréal, Athéna éditions, 2005), 344 p.

  • Mourad Djebabla

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  • Mourad Djebabla
    Département histoire, Université du Québec à Montréal

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Il convient de souligner l’heureuse initiative d’Athéna éditions d’avoir traduit en français l’une des études de l’historien Desmond Morton qui, en 1993, avait été publiée sous le titre When Your Number’s Up. Avec Billet pour le front, c’est cette étude des combattants canadiens de la Grande Guerre, depuis les premiers volontaires de 1914 jusqu’au retour au pays en 1919, qui est (enfin) rendue accessible aux lecteurs francophones. Nous pouvons sans doute regrouper les différents chapitres de l’étude en quatre grandes parties.

La première partie dresse un rappel historique de l’engagement du Canada dans la Grande Guerre. Au premier chapitre, Desmond Morton revient sur l’entrée en guerre du Canada et sur la formation du premier contingent de volontaires canadiens, dont l’historien rappelle qu’il fut composé en majorité d’immigrants britanniques récents. Au cours de son développement, Desmond Morton tente de comprendre cette première vague de volontaires dont le nombre dépassa les prévisions du gouvernement fédéral canadien. Selon lui, l’espoir de trouver un revenu et d’échapper pour quelque temps au chômage ont souvent prévalu sur le simple réflexe patriotique. De ce premier contingent, The Old Originals, l’historien rend compte, dans le deuxième chapitre, de son entraînement, de son équipement, de son cantonnement en Angleterre et de son envoi au front avec son premier affrontement lors de la deuxième bataille d’Ypres d’avril 1915. Le troisième chapitre revient quant à lui sur cette question qui parcourt les deux chapitres précédents, à savoir : « pourquoi s’enrôlait-on ? ». Desmond Morton y analyse les raisons socio-économiques ou morales qui poussent des hommes à revêtir le kaki : que ce soit la solde, fournissant un revenu appréciable aux familles en cette période de crise de l’année 1914, le problème de la pression sociale et de cette image du « être un homme » en temps de guerre, la volonté d’échapper au chômage ou encore tout simplement un fort sentiment patriotique. Tous ces éléments mis au jour démontrent clairement la complexité des raisons qui ont amené des Canadiens à participer au conflit. Cette richesse de l’argumentaire est le fruit du choix fait par l’historien de retenir une approche sociale de la Première Guerre mondiale, démontrant ainsi tout l’intérêt qu’elle conserve pour étudier cet événement. Face à ces différents intérêts envers le Corps canadien, nombre de réunions patriotiques ou manifestions sont organisées pour encourager l’enrôlement de volontaire. Des notables ou des hommes politiques y mobilisent l’opinion publique pour enjoindre leurs concitoyens à participer au conflit. À propos du Québec, Desmond Morton revient sur le faible nombre de volontaires qui tend à déconsidérer l’effort de guerre de cette province face aux autres, et notamment à l’Ontario. C’est d’ailleurs avec ce problème de la diminution du nombre d’hommes recrutés en 1915-1916 que le gouvernement fédéral met en place la conscription en 1917. L’historien rappelle néanmoins que cette mesure, outre les tensions qu’elle a pu susciter au Canada, ne fournit finalement qu’assez peu d’hommes au front.

Les balises historiques posées, Desmond Morton développe dans un deuxième temps la question des hommes en guerre, notamment à partir de témoignages. Dans le quatrième chapitre, il se penche ainsi sur les soldats et sur leur vie au sein de leur nouvelle famille qu’est le bataillon. L’historien revient sur la discipline, l’entraînement, la camaraderie. Le chapitre cinq s’intéresse plus spécifiquement aux gradés, à ces officiers à qui les soldats devaient jurer d’obéir et dont les privilèges étaient souvent mal vus.

La troisième partie de l’ouvrage traite de l’environnement du combattant et des aspects tactique et technique de cette guerre. Le chapitre six revient ainsi sur la guerre de tranchées et ses caractéristiques pour le combattant, tandis que le chapitre sept développe les innovations tactiques de l’armée canadienne, notamment à l’occasion de la bataille de Vimy et des opérations de 1918.

Enfin, la quatrième partie est consacrée aux rapports de l’homme à la guerre, à ses souffrances et à ses attentes. Le chapitre huit se penche sur la question des blessures physiques et psychiques provoquées par la guerre ainsi que sur la dure tâche des brancardiers. Le chapitre neuf développe la question des prisonniers de guerre canadiens et met plus spécifiquement l’accent sur la variété des cas vécus et sur le problème de leur retour dans la société, question qui demande sans doute à être encore davantage développée. Le chapitre dix étudie le problème du rapport des soldats à la mort et propose une introspection de ces hommes face à ce conflit meurtrier. Enfin, le dernier chapitre revient sur le problème du retour au pays et de la reconnaissance du sacrifice de ces anciens combattants avec, notamment, la question des pensions de guerre.

Approche militaire, sociale, humaine, culturelle, médicale ou politique de la Grande Guerre, l’intérêt de cette étude est de présenter cet événement dans ses multiples dimensions, offrant dès lors, dans un souci d’exhaustivité, plusieurs pistes de compréhension de ce conflit. À qui veut prétendre en avoir une compréhension globale, Desmond Morton démontre la complexité de l’étude de cette guerre, tant pour le Canada qu’en général. Remarquons que des questions abordées ou simplement évoquées par l’historien au cours de son étude restent sans doute à développer davantage comme le rapport du combattant canadien à l’ennemi allemand, le retour des prisonniers de guerre ou encore le problème des Canadiens français au sein de l’effort de guerre canadien.