Comptes rendus

Théorêt, Hugues, L’expédition allemande à l’île d’Anticosti (Québec, Septentrion, 2017), 186 p.[Record]

  • Geneviève Piché

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  • Geneviève Piché, Ph.D.
    Centre de recherche en civilisation canadienne-française, Université d’Ottawa

L’exploitation des ressources naturelles de l’île d’Anticosti a toujours suscité de vifs débats dans l’opinion publique. Si l’appât des hydrocarbures est aujourd’hui un enjeu majeur, c’est l’exploitation forestière qui était au coeur de son développement dans les années 1930. L’historien Hugues Théorêt revient ainsi sur un événement a priori bien ordinaire – la volonté d’intérêts étrangers d’acquérir l’île en 1937 pour en tirer profit – afin de traiter plus largement du système de défense canadien durant la Seconde Guerre mondiale. Bien des ouvrages se sont consacrés à la participation des troupes canadiennes en Europe et à la reconnaissance du Canada au lendemain du conflit (Keshen, 2007). Dans la plupart des cas toutefois, la guerre paraît toujours bien loin, assourdie par l’immensité de l’océan. Or, si la présence de sous-marins allemands dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent n’est plus à prouver (notamment après les ouvrages magistraux de Hadley [1985] et de Sarty [2012]), il reste encore bien des choses à dire et à écrire sur la perception des Canadiens et des Canadiennes face à ces attaques intérieures. Les éditions du Septentrion publient ainsi un court ouvrage de six chapitres pour répondre à la question. L’introduction présente le mystère qui sera, au fil des 186 pages, démystifié. L’auteur cherche à comprendre les motivations derrière la tentative d’achat de l’île d’Anticosti par des investisseurs allemands à la veille du déclenchement des hostilités. Le projet était-il issu de stratégies militaires destinées à ériger un point de ravitaillement directement dans les eaux ennemies ? Comment a été perçu ce dessein chez les autorités canadiennes et la population en général ? Pour répondre à ces interrogations, Théorêt a non seulement plongé dans les archives nationales allemandes et les archives de la Défense nationale canadienne, mais elle a également épluché des récits et des témoignages d’Anticostiens et analysé, de façon exhaustive (et là est sans doute l’apport majeur de l’ouvrage !), douze journaux canadiens, du Québec et de l’Ontario, autant francophones qu’anglophones. Jusqu’à maintenant, ses sources n’avaient été que peu exploitées sous cet angle. Le premier chapitre dresse un bref historique de l’île d’Anticosti depuis l’époque où les Autochtones y chassaient l’ours jusqu’à son achat par une papetière au début du XXe siècle. Une fois le contexte mis en place, Théorêt se dirige ensuite rapidement vers son objet d’étude. Dès le second chapitre, il explore les prémisses de la Deuxième Guerre mondiale. L’auteur s’attarde à un épisode spécifique. En 1937, une équipe d’experts et d’ingénieurs allemands visite l’île dans le but de s’en porter acquéreurs afin d’y exploiter le bois. La nouvelle fait la manchette et suscite une vive controverse. Théorêt s’intéresse surtout à la réaction du premier ministre King et à la nature inquiétante de cette expédition. Le chapitre trois se consacre à la perception de la presse face à ce projet. Théorêt la compare carrément à une « psychose nationale ». Il y résume la bataille que se livrent King et Bennett sur la scène fédérale au sujet de l’avenir de l’île, de l’enquête qui a cours et de la sécurité des eaux du golfe du Saint-Laurent. Le chapitre suivant raconte l’entrée en guerre du Canada, qui pousse le gouvernement à mieux planifier son système de défense. Sur la scène provinciale, c’est au tour de Duplessis et de Godbout de s’affronter au sujet de l’épisode de 1937. Le chapitre cinq est assurément le ...