Comptes rendus

Vuillemin, Nathalie et Thomas Wien, dir., Penser l’Amérique : de l’observation à l’inscription (Oxford, Voltaire Foundation, 2017), 266 p.

  • Aurélie Henrion

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  • Aurélie Henrion
    Candidate à la maîtrise en histoire, Université du Québec à Rimouski

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Cover of Volume 72, Number 4, Spring 2019, pp. 5-133, Revue d’histoire de l’Amérique française
La première section de l’ouvrage s’ouvre sur la manière dont les écrits religieux sont remodelés afin de mettre en scène les martyrs pour donner un sens commun et européen aux récits. Adrien Paschoud analyse le martyrologue du jésuite Matthias Tanner (1675, Prague), oeuvre rassemblant des biographies de missionnaires-martyrs, et montre comment les récits sur les martyrs canadiens sont transformés par un processus de réécriture et d’association avec des illustrations édifiantes pour se conformer aux normes codifiées du genre apologétique. Muriel Clair, pour sa part, s’intéresse à l’étude du Manuscrit de 1652, recueil jésuite destiné à faire connaître les religieux décédés en Huronie au sein de la colonie. Vouée à élever ces missionnaires au rang de martyrs, l’oeuvre initiale reflète pleinement leur expérience américaine. Or, le récit est revu en Europe pour le rendre intelligible au public, quitte à perdre des informations comme la tendance des jésuites de Nouvelle-France à s’acculturer aux cultures amérindiennes. La deuxième section porte sur la façon dont le pouvoir français impose sa souveraineté sur le territoire et les peuples amérindiens à travers la gestion du discours diplomatique. Dans un article stimulant, Jean-François Palomino étudie la biographie du cartographe Jean-Baptiste-Louis Franquelin et montre que les cartes de l’Amérique qu’il élabore, lesquelles glorifient l’empire français, visent à convenir aux attentes de Versailles, mais surtout à accélérer l’ascension professionnelle du cartographe en devenir. Si cette stratégie échoue partiellement, ses cartes promeuvent le discours impérial de la France louis-quatorzienne. De son côté, Françoise Le Borgne analyse comment le baron de Lahontan mobilise, dans ses Dialogues, la parole autochtone pour donner son avis – changeant selon les périodes – sur la monarchie française. La mise par écrit et la circulation de la parole autochtone sont également étudiées par Catherine Broué. Son article pose les bases d’un travail de recherche dont l’objectif est de mettre en lumière les caractéristiques de la mise en forme et de la réécriture, par l’administration coloniale française, des comptes rendus des conférences diplomatiques franco-amérindiennes. La transformation des écrits par l’administration centrale apparaît aussi dans le processus d’archivage des documents. Marie Houllemare se questionne notamment sur l’organisation du classement des archives du secrétariat d’État à la Marine au XVIIIe siècle. Dans un contexte d’archivisation des ministères, la collecte et l’archivage des documents servent alors à façonner l’image d’une Amérique homogène et européenne. Enfin, la troisième section ouvre avec pertinence la réflexion sur l’histoire culturelle en expliquant que les savoirs scientifiques collectés en Amérique, et reportés à l’écrit, sont revus pour que le territoire colonial français soit intégré à sa métropole. Les discours des naturalistes, même s’ils viennent d’individus présents en Amérique, sont marqués dans leurs interprétations et dans leur rédaction par les connaissances et les concepts européens. Christopher M. Pearsons expose que les oeuvres des naturalistes sont conçues pour diffuser une image idéale d’une Amérique dont les espèces animales et végétales paraissent similaires à celles d’Europe. À ce constat s’ajoutent une difficulté à décrire les particularités de cette nature et une prise de conscience à retardement des différences qui complexifient les discours. Mais, au-delà de la subjectivité des naturalistes, les écrits subissent une seconde interprétation en Europe, comme le souligne Wien qui propose une analyse du journal botanico-météorologique de J.-F. Gaultier, médecin du roi à Québec dans les années 1740-1750. Ce naturaliste voit ses observations résumées et reformatées dans des textes européens publiés pour satisfaire les intérêts du public et de la communauté scientifique. Pourtant, Vuillemin précise qu’il ...