Mémoires du livre
Studies in Book Culture
Volume 16, Number 1, Spring 2025 Livres et imprimés autochtones au Québec : édition, traduction, réception Indigenous prints and books in Quebec: Edition, translation, reception Guest-edited by Marie-Pier Luneau, Isabelle St-Amand and Louis-Karl Picard-Sioui
Table of contents (10 articles)
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Livres et imprimés autochtones au Québec : édition, traduction, réception
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L’écriture, l’école et la culture lettrée : retracer les géographies de la vie intellectuelle autochtone au-delà des frontières du Québec
Thomas Peace
pp. 1–17
AbstractFR:
Y avait-il une tradition intellectuelle autochtone, au Québec, aux xviiie et xixe siècles? Pour aborder cette question, il faut tenir compte des territoires autochtones sur lesquels le Québec s’est développé et des réseaux internationaux tissés entre les nations autochtones. Prenant comme perspective la péninsule maritime et la région des Grands Lacs, le présent article s’appuie sur les travaux de Robert Warrior et de Gerald Vizenor pour montrer qu’une telle tradition existait bel et bien. Celle-ci est ici mise en lumière par ces exemples : l’établissement d’écoles au sein de communautés autochtones dont les territoires étaient occupés par les colons européens, et les portraits de l’intellectuel wendat Sawantanan et du chef odawa Jean-Baptiste Assiginack.
EN:
Was there an Indigenous intellectual tradition in Quebec during the eighteenth and nineteenth century? To better understand this question, we must approach the issue with attention to the Indigenous Lands upon which Quebec developed and the international networks in which they lived. Viewed from the perspective of the Maritime Peninsula and the Great Lakes, this article draws on the ideas of Robert Warrior and Gerald Vizenor to show how an intellectual tradition developed here at this time. The article draws on three examples to reveal this culture: the creation of schools in Indigenous communities whose Lands were increasingly occupied by European settlers, and the biographies of the Wendat intellectual Sawantanan and the Odawa chief Jean-Baptiste Assiginack.
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Henry Lorne Masta : kizitok awikhigan /l’auteur
Philippe Charland
pp. 1–29
AbstractFR:
Cet article traite d’un ouvrage intitulé Abenaki Indian Legends, Grammar and Place Names et publié en 1932 par un éditeur de Victoriaville appelé La Voix des Bois-Francs. Son auteur, Henry Lorne Masta (1853-1943), est un Abénakis d’Odanak qui a passé la majeure partie de sa vie comme maître d’école. À une époque où pratiquement aucun auteur autochtone n’a encore été publié, Masta fait office de précurseur, car il est un des premiers auteurs autochtones au Québec, comptant même trois ouvrages à son actif. Afin de bien comprendre l’importance de l’oeuvre de Masta, nous allons, premièrement, nous intéresser aux premiers auteurs et intellectuels autochtones du Québec, mais plus particulièrement aux auteurs abénakis. Nous allons ensuite nous pencher sur la vie de Masta et décrire les circonstances ayant mené à la création de son dernier ouvrage. Finalement, nous allons aborder la réception de l’ouvrage dans la communauté scientifique, de cette époque jusqu’à nos jours.
EN:
This article focusses on a book entitled Abenaki Indian Legends, Grammar and Place Names published in 1932 by a Victoriaville publishing house called La Voix des Bois-Francs. The book’s author, Henry Lorne Masta (1853-1943), is an Abenaki from Odanak who spent most of his life as a schoolmaster. At a time when practically no Aboriginal authors had ever been published, Masta was a trailblazer, being one of the first Aboriginal authors in Quebec with three books to his credit. To fully understand the importance of Masta's work, we begin by looking at Quebec's early Aboriginal authors and intellectuals, with a particular focus on Abenaki authors. We then look at Masta's life and describe the circumstances that led to the creation of his last work. Finally, we consider how the book has been received in the scientific community up until now.
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Publics pour l’édition des atisokan dans les années 1980
Jean Sébastien
pp. 1–27
AbstractFR:
Les Atikamekw Nehirowisiwok transmettent de génération en génération leurs récits de création, les kitci atisokan. Transcrits, ceux-ci trouvent de nouveaux lectorats, souvent universitaires, parfois grand public, mais aussi parmi les membres de la nation dont ils sont issus. Cet article s’intéresse à un cas particulier, celui du conteur Basile Awashish d’Opitciwan. Le Centre d’amitié autochtone de La Tuque a inclus des récits d’Awashish dans quelques fascicules au début des années 1980, participant ainsi à une réappropriation par les Atikamekw d’éléments de culture qui peuvent circuler tantôt entre nations autochtones, tantôt, en fragments, dans la culture coloniale. Parallèlement, une maison d’édition montréalaise publie en 1982, dans une logique de diffusion des cultures autochtones, une bande dessinée attribuée à Awashish sous le titre de Carcajou, le glouton fripon. Le travail de réappropriation des récits traditionnels prend ainsi différentes formes, réappropriation de récits colligés par les ethnologues et réappropriation de la langue coloniale comme espace de dissémination culturelle.
EN:
The Atikamekw Nehirowisiwok pass on their creation tales, called kitci atisokan, orally, from generation to generation. When transcribed, they find new audiences, often in universities, at times a larger public, but also among members of the nation in which they originate. This article follows a particular case, that of Opitciwan storyteller Basile Awashish. The Indigenous Friendship Centre in La Tuque included some of Awashish’s stories in a few of their publications from the early 1980s, therefore participating in the reappropriation by the Atikamekw of elements of their culture that may have circulated either amongst Indigenous nations or in fragments within the settler culture. Similarly, in 1982, a Montreal publisher aiming to make Indigenous culture more accessible produced a comic book attributed to Awashish under the title Carcajou, le glouton fripon. The work of reappropriating traditional stories thus takes different forms, reappropriation of stories collected by ethnologists, and reappropriation of the settler language as a space for cultural dissemination.
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Publier James Bay Memoirs en Eeyou Istchee et au Québec : le parcours de l’oeuvre de Margaret Sam‑Cromarty
Élise Couture-Grondin and Isabella Huberman
pp. 1–26
AbstractFR:
Dans cet article, nous contextualisons l’oeuvre de Margaret Sam‑Cromarty afin de faire ressortir son importance dans l’histoire du livre autochtone de ce que nous désignons aujourd’hui comme le Québec. La poétesse eeyou publie trois recueils entre 1992 et 2000, tous accessibles en version bilingue anglais-français. Pourtant, elle est absente des ouvrages ayant participé à l’institutionnalisation des littératures autochtones, dans les milieux tant francophones qu’anglophones. À première vue, cette exclusion et le manque d’études sur l’oeuvre de Sam‑Cromarty apparaissent comme une forme de marginalisation, mais en retraçant l’histoire de ces publications, ce qui émerge est le réseau de relations qui la soutient et la place importante qu’elle occupe au sein de la communauté eeyou. Afin d’intégrer son oeuvre à l’histoire de l’imprimé autochtone de la province, nous la situons dans le contexte des années 1990, présentons le recueil James Bay Memoirs (1992) et examinons les différents lieux de publication des trois livres de Sam-Cromarty. Nous souhaitons ainsi mieux comprendre son expérience comme écrivaine eeyou qui publie avant l’institutionnalisation des littératures autochtones au Québec.
EN:
In this paper, we contextualize Margaret Sam‑Cromarty’s work in order to highlight its importance to Indigenous book history in lands that we now call Quebec. The Eeyou poet published three books between 1992 and 2000, all of which are accessible in bilingual English-French editions. Nevertheless, she is not mentioned in any of the French or English anthologies that have contributed to the institutionalization of Indigenous literatures. At first glance, this exclusion and lack of studies on Sam‑Cromarty’s books appear to be a form of marginalization. However, when retracing the history of these publications, a network of relationships supporting her work emerges, as does her importance within the Eeyou community. To integrate her work into the province’s Indigenous book history, we situate it in the context of the 1990s, present her poetry collection James Bay Memoirs (1992), and examine the different places in which Sam-Cromarty’s three books were published. In this way, we aim to better understand her experience as an Eeyou writer publishing before the institutionalization of Indigenous literatures in Quebec.
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La traduction des littératures autochtones de l’anglais vers le français au Canada : portrait socio-historique et empirique, de 1970 à 2023
Arianne Des Rochers
pp. 1–27
AbstractFR:
Le présent article présente des résultats obtenus à l’issue d’une collecte de données bibliométriques visant à documenter, sur le plan quantitatif, les pratiques de traduction des textes d’édition autochtones de l’anglais vers le français au Canada. S’inspirant de l’approche socio-historique à la traduction mise de l’avant par Gisèle Sapiro, il vise à combler l’absence d’études empiriques de fond sur la traduction des littératures autochtones au Canada en donnant une vue d’ensemble de celle-ci, conçue comme un phénomène social et historique qu’il importe de synthétiser. Après avoir présenté les avantages d’une telle approche au sein des études en traduction, l’article présente la méthodologie et les critères de sélection du corpus de la collecte de données. Sont ensuite présentées des statistiques issues de la collecte de données, dont se dégagent certains motifs selon les variables identifiées (auteur·rices traduit·es, maisons d’édition, années, etc.). Enfin, quelques pistes de réflexion sont offertes en guise de conclusion.
EN:
This paper presents the results of a collection of bibliometric data aimed at documenting, on a quantitative level, the translation of published Indigenous texts from English into French in Canada. Inspired by the socio-historical approach to translation proposed by Gisèle Sapiro, it aims to fill the lack of in-depth, empirical studies relating to the translation of Indigenous literatures in Canada by providing an overview of these practices, conceived as a socio-historical phenomenon that needs to be synthesized. After presenting the advantages of such an approach within translation studies, the article outlines the methodology and criteria used to select the corpus for the data collection. Statistics from the data collection are then provided, from which certain patterns emerge according to specific variables (translated authors, publishing houses, years, etc.). Finally, avenues for reflection and research are offered by way of conclusion.
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Influence d’une langue autochtone et de la littérature orale dans Ravensong de Lee Maracle et sa traduction
Mélissa Major
pp. 1–21
AbstractFR:
La plupart des autrices et auteurs autochtones en Amérique du Nord publient en anglais, ce qui n’empêche pas certains d’entre eux de s’approprier la langue héritée du colonialisme et de lui imposer l’influence d’une langue autochtone. L’écriture de nombre d’entre eux reflète également l’influence des littératures orales. On peut constater ces deux spécificités dans une oeuvre comme Ravensong (1993) de l’écrivaine stó:lōe-salishe Lee Maracle. Cette dernière a d’ailleurs insisté sur l’importance de l’oralité dans sa culture et dans son propre rapport aux récits. De plus, Maracle a fait des entorses à la grammaire anglaise, entre autres en féminisant certains termes anglais. Comment la traduction de Joanie Demers, pour le compte de la maison d’édition québécoise Mémoire d’encrier, a‑t‑elle réussi à rendre justice à ces caractéristiques de l’écriture de Maracle ?
EN:
Most Indigenous authors in North America publish in English, but that does not prevent some of them from appropriating the language inherited from colonialism and imposing on it the influence of an Indigenous language. The writing of several such authors also reflects the influence of oral literature. We can see these two specificities in novels like Ravensong (1993) by the Stó:lō-Salish writer Lee Maracle. Maracle herself insists on the importance of orality in her culture and in her own relationship to stories. In addition, she plays with English grammar by, among other things, feminizing certain English terms. To what degree has the translation by Joanie Demers for the Quebec publishing house Mémoire d’encrier, succeeded in doing justice to these characteristics of Maracle’s writing?
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La traduction des littératures autochtones en espagnol : les cas de Kuessipan de Naomi Fontaine et Je suis une maudite sauvagesse/Eukuan nin matshi-manitu innushkueu d’An Antane Kapesh
Ana Kancepolsky Teichmann
pp. 1–30
AbstractFR:
Le présent article propose une étude comparative de la traduction espagnole de Kuessipan, de l’écrivaine innue Naomi Fontaine, réalisée par Luisa Lucuix et publiée par Pepitas de calabaza en 2020, et de la traduction argentine de Je suis une maudite sauvagesse/Eukuan nin matshi-manitu innushkueu de l’autrice innue An Antane Kapesh, réalisée par Violeta Percia et publiée par Espacio Hudson en 2023. L’analyse des enjeux éditoriaux relatifs à ces publications à partir d’une perspective sociologique permet de souligner la relation entre les projets de traduction spécifiques et leur contexte de production. En même temps, cet article postule l’émergence d’un nouveau domaine au sein des études littéraires autochtones et des études sur la traduction des livres autochtones, en raison des problèmes spécifiques que pose la publication en espagnol de ces ouvrages dans les contextes distincts de l’Europe et de l’Amérique latine.
EN:
This article offers a comparative study of the Spanish translation of Kuessipan, written by Innu author Naomi Fontaine, translated by Luisa Lucuix and published by Pepitas de calabaza in 2020, and of the Argentinian translation of Je suis une maudite sauvagesse/Eukuan nin matshi-manitu innushkueu, translated by Violeta Percia and published by Espacio Hudson in 2023. The analysis of the editorial issues surrounding these publications from a sociological perspective highlights the relationship between specific translation projects and their production context. In addition, this article postulates the emergence of a new field within Indigenous literary studies and Indigenous literary translation studies due to the specific problems posed by the Spanish-language publication of these works in the distinct contexts of Europe and Latin America.
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Imprimer, lire et primer la littérature autochtone québécoise en France : essor et enjeux d’une diffusion internationale
Aline Verneau
pp. 1–22
AbstractFR:
La littérature autochtone produite au Québec se retrouve à différents niveaux du panorama littéraire français : à l’occasion de festivals consacrés à la littérature d’Amérique du Nord ou du monde entier, à travers différents prix littéraires ou, encore, à travers des collections éditoriales lui étant dédiées (« Voix autochtones », aux éditions du Seuil, lancée en 2023, « Talismans », aux éditions Dépaysage, lancée en 2019). Qu’en est-il du travail de ces acteurs français du livre ? Quel paysage littéraire autochtone québécois peut-il se construire dans le contexte littéraire mondial ? Cet article documente tant le travail de ces acteurs que le regard qu’ils portent sur les ouvrages de littérature autochtone publiés en France, et suit ainsi leur parcours international conditionné par une fabrique du livre établie en dehors de son espace de production.
EN:
Indigenous literature produced in Quebec can be found in many segments of the French literary landscape: at book festivals focused on international or North American literature, among literary awards or in specialized publishers’ catalogs (Voix autochtones, by Seuil, launched in 2023, Talisman, by Dépaysage, launched in 2019). How do these French institutions go about their work? What sort of literary landscape can Indigenous literature written in Quebec create for itself within the global context? This article is as much an analysis of the work of these organizations as it is of the attention they pay to Indigenous literary works published in France, thereby delineating ways their international journey has been conditioned by a book production process established beyond its own production space.
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L’enseignement du français pour les contextes autochtones : l’apport des littératures des Premiers Peuples
Isabelle St-Amand
pp. 1–32
AbstractFR:
Cet article examine en quoi les littératures et les méthodologies autochtones ont contribué à façonner un cours de langue française de niveau intermédiaire conçu à l’Université Queen’s pour atteindre deux objectifs : la sensibilisation aux contextes autochtones et l’apprentissage de la langue française. Les questions examinées incluent : comment décoloniser l’enseignement d’une langue européenne utilisée par des communautés autochtones ? Comment négocier les contrastes entre les méthodologies autochtones et les cadres pédagogiques établis ? Comment mobiliser les récits autochtones pour favoriser l’apprentissage d’une langue que les Premiers Peuples investissent au quotidien, souvent aux côtés d’une langue ancestrale ? En quoi les plateformes multimédias peuvent‑elles susciter des échanges soutenus dans un cours en ligne ? Qu’est‑ce que les étudiants devraient apprendre en termes d’acquisition de la langue et en termes de sensibilisation aux contextes autochtones ?
EN:
This article examines how Indigenous literatures and methodologies have helped shape an intermediate-level French language course designed at Queen’s University to achieve two goals: awareness of Indigenous contexts and French language learning. Questions studied in this article include: How to decolonize the teaching of a European language used by Indigenous communities? How to negotiate the contrasts between Indigenous methodologies and established pedagogical frameworks? How can Indigenous narratives be mobilized to foster the learning of a language that First Peoples invest in daily, often alongside an ancestral language? How can multimedia platforms encourage sustained exchanges in an online course? What should students learn in terms of language acquisition and awareness of Indigenous contexts?