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Comptes rendus

Amnon Jacob Suissa, Le jeu compulsif : vérité et mensonges, Montréal , Fides, 2005, 314 p.

  • André Jacob

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  • André Jacob
    École de travail social
    Université du Québec à Montréal

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Au quotidien, le jeu fait l’objet de l’intérêt d’une très grande partie de la population. Que ce soit par l’achat du plus petit billet de loterie jusqu’à une mise incroyable au « Black Jack » en passant par la machine « Video Poker », le bingo, le pari sur un match de hockey ou sur une partie de cartes, le jeu est partout et fait l’objet d’un grand intérêt au sens fort du terme « intérêt ». Ce constat très simple justifie à lui seul la parution de cet ouvrage fort éclairant, utile et intéressant à maints égards. À cet égard, voici un ouvrage de référence qui tombe à point nommé pour tous les intervenants et toutes les intervenantes, pour les éducateurs et les éducatrices, et pour toutes les personnes touchées par la question du jeu pathologique. Comme l’auteur le mentionne, « l’analyse du phénomène des dépendances est ancrée, sur le plan historique, dans une variété de disciplines qui incluent la médecine, la psychologie, la physiologie, la sociologie, le travail social, la biologie, la chimie, la criminologie, l’économie et la politique » (p. 107).

Un tel ouvrage dépasse les nombreuses interprétations psychologiques tout orientées vers la personnalité de l’individu. L’auteur campe clairement ses choix sur le plan de l’interprétation de ce phénomène dramatique qu’est le jeu pathologique dans les sociétés de consommation. Par une brève mais pertinente analyse des instruments de mesure du problème, il démontre qu’on ne peut saisir toutes les dimensions qu’en considérant plusieurs dimensions à caractère structurel :

[...] dans la mesure où les acteurs qui ont le plus d’influence dans la sphère publique dans la gestion de ce problème social complexe sont bien sûr les joueurs, mais aussi l’industrie privée des jeux de hasard et d’argent, et les gouvernements, les auteurs déplorent le fait qu’il n’y a toujours pas d’acceptation de coresponsabilité reconnue dans la construction de ce problème social grave. […] Quand on tient compte minimalement des conditions qui permettent la désignation d’un état comme étant une pathologie, on réalise que celles-ci changent considérablement selon les acteurs sociaux et les intérêts de pouvoir en présence, les contextes historiques, culturels et sociaux. Dans cette optique, la dépendance au jeu ne peut être réduite à un désordre individuel de nature intrapsychique, pathologique ou compulsive. Elle relève plutôt d’un phénomène psychosocial complexe.

p. 45-46

Cette perspective ne reste pas lettre morte ; tout au long du parcours, l’auteur éclaire son analyse des diverses dimensions du phénomène à la lumière de cette prise de position.

En plus de montrer l’évolution du jeu en général et des divers aspects du jeu pathologique en particulier, l’ouvrage permet de mieux comprendre les caractéristiques de la dépendance au jeu, différente de la dépendance éthylique et de la toxicomanie puisque aucun produit n’est consommé. En ce sens, ce type de pathologie est plus qu’une « maladie » au sens suggéré par certaines interprétations d’experts et de groupes d’entraide dans le domaine. Cette mouvance idéologique copiée sur les orientations et les pratiques des Alcooliques anonymes reste très présente dans le discours sur les pratiques pour « guérir » du jeu ; l’auteur offre une critique bien construite et bien documentée, ce qui ouvre la porte à des propositions alternatives plus inspirées d’une lecture structurelle de la dépendance au jeu que d’une orientation fonctionnaliste ou moralisatrice.

En ce sens, la pratique pathologique du jeu concerne différents segments de l’entourage des joueurs et des joueuses, notamment la famille et les institutions qui soutiennent les jeux et les milieux professionnels qui doivent intervenir soit sur le plan de la prévention ou de la thérapie. L’ouvrage aborde cette dimension importante qui aurait pu tenir une plus grande place encore. Tout n’est pas dit, mais le questionnement est bien posé. À cet égard, la contribution de Amnon Jacob Suissa est significative et importante et elle inspirera sans doute nombre d’acteurs dans le domaine de l’intervention.

Sur le plan de la forme, on peut dire que cet ouvrage est rédigé dans un style simple, sans vocabulaire hermétique, et qu’il est bien structuré. La documentation citée appuie bien les avancées de l’auteur et démontre une bonne connaissance théorique et pratique du sujet. Toutefois, le travail d’édition aurait pu être un peu plus soigné, car on a relevé, ici et là, des phrases incomplètes.