Recensions

Diversité et indépendance des médias sous la dir. d’Isabelle Gusse, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. « Paramètres », 2006, 291 p.[Record]

  • Nicolas Harvey

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  • Nicolas Harvey
    Chargé d’enseignement à l’Université catholique de l’Ouest (Angers)

Cet ouvrage collectif est né d’un colloque tenu à l’UQAM en 2005 qui marquait le 30e anniversaire de Radio Centre-Ville, première radio communautaire de Montréal. D’ailleurs, de nombreux auteurs font référence à cette radio dont la particularité est de diffuser des émissions dans sept langues différentes et de s’adresser à de nombreuses communautés migrantes de la métropole québécoise. La force et la faiblesse de cet ouvrage reposent sur son hétérogénéité, autant du point de vue des auteurs – où se côtoient acteurs des médias communautaires et universitaires (parfois eux-mêmes engagés dans ces mêmes médias) – que du point de vue des thèmes abordés et de leurs approches. Ainsi, une place importante a été accordée aux acteurs, ou plutôt aux dirigeants de médias ou d’associations de médias communautaires. Parfois, ces praticiens semblent parler au nom de leur organisation, parfois ils adoptent un discours plus distancié, plus analytique. Par ailleurs, certains chapitres sont plus éloignés du thème de l’ouvrage, comme celui d’Anna Maria Fiore qui traite de l’immigration à Montréal ou celui de Claude Béland qui critique la mondialisation libérale et vante les mérites de la démocratie représentative. L’ouvrage se divise en quatre parties : « Indépendance des médias, diversité et démocratie au Québec », « Médias indépendants au Québec », « Médias indépendants d’ailleurs » et « Médias indépendants : quelques expériences québécoises ». Isabelle Gusse, dans le chapitre intitulé « Diversité et indépendance des médias : une question de démocratie », puise dans la sociologie d’Alain Touraine et tente d’expliquer la place des médias communautaires dans une société occidentale menacée par la désocialisation et la dépolitisation, celles-ci causées notamment par la marchandisation des produits médiatiques (p. 13). Son argumentaire part du constat de l’extrême concentration de la radiodiffusion au Québec, où trois grands joueurs se partagent le marché : Radio-Canada, Astral et Corus. Elle s’intéresse également aux enjeux liés à la liberté de diffusion et aux droits culturels des auditeurs, qui sont souvent antagonistes, d’où l’importance de l’interventionnisme de l’État afin de protéger la qualité et la diversité de l’information. I. Gusse évoque également les différentes dénominations des médias indépendants (communautaire, autonome, libre ou alternatif), sans malheureusement montrer les différents enjeux identitaires inhérents à ces dénominations (p. 38). Marcelo Solervicens, dans le chapitre « Les défis des radios communautaires dans le monde », s’intéresse notamment aux dénominations des radios « communautaires » dans les différentes aires géographiques : celles-ci sont généralement populaire, alternative, rurale ou éducative en Amérique latine ; libre, associative ou de proximité en France (universalisme républicain oblige) ; et communautaire au Québec, au Canada et aux États-Unis (p. 174-175). S’ils s’opposent tous aux médias du courrant dominant, les médias indépendants, au Québec comme ailleurs, s’illustrent par leur dissemblance. Les radios et les télévisions communautaires n’ont, par exemple, pas la même vocation s’ils sont situés à Montréal, où ils sont le reflet du cosmopolitisme, et dans les régions à faible densité démographique, où ils remplacent les médias publics et privés les ayant désertées par manque de rentabilité. Selon Lucie Gagnon, qui a exercé différentes fonctions de direction dans les radios communautaires (dans le chapitre « Les radios communautaires québécoises »), en « l’absence de radio commerciale ou régionale dans de nombreux secteurs géographiques du Québec, les radios communautaires en région doivent répondre à des besoins différents, entre autres en matière d’information locale de base (information municipale, sécurité publique, météo, marées, information économique) » (p. 140). À l’opposé, elle considère que Radio Centre-Ville a pu être une référence en matière d’actualité internationale, notamment sur le plan de la couverture des conflits au Chili et en Haïti ...