Note de rechercheSqewtómuhs, Femme des marais : une tradition malécite[Record]

  • Philip S. LeSourd

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Traduit de l’anglais par Nicole Beaudry

Le personnage non humain que l’on connaît sous le nom de Sqewtómuhs, ou Femme-des-Marais, est bien connu dans les communautés malécites et passamaquoddys du Nouveau-Brunswick et du Maine. On la reconnaît à ses pleurs la nuit lorsque quelqu’un s’apprête à mourir. Mais Femme-des-Marais est également associée aux naissances. Selon la tradition malécite rapportée ici, cette femme-esprit rôde en gémissant pour annoncer une naissance. De plus, les mères racontaient aux jeunes enfants curieux que c’était Femme-des-Marais qui avait apporté un nouveau bébé à la maison. Cette tradition est présentée ici par le biais d’un texte recueilli par l’auteur. Dans la tradition malécite, le monde est non seulement habité par des hommes et des femmes mais également peuplé par plusieurs autres sortes d’êtres non humains. Ainsi, un chasseur traversant les forêts nordiques pouvait soudainement rencontrer un kiwàhq, un géant cannibale au coeur cerclé de glace (Mechling 1914 : 75-77 ; LeSourd 2000 : 459-461). Un autre être, le cipélahq, est décrit comme étant un monstre volant, sans corps mais comportant une tête et des membres, et qui pousse des cris perçants en planant à la cime des arbres, annonçant ainsi quelque calamité prochaine (Erickson 1978 : 133 ; LeSourd 2007 : 98-99). De plus, les parents racontent à leurs enfants des histoires au sujet de monstres aquatiques, les aputámkin, qui rôdent près de certains endroits de la berge ; ils les avertissent ainsi des dangers que représentent « la nouvelle glace d’automne » ou « les plages sans surveillance l’été » (Erickson 1978 : 133). Les kiwolatomuhísok ou « petites personnes » aident parfois les gens ordinaires à leur travail, leur rendant visite en cachette la nuit, mais on dit qu’« ils ont une haleine qui sent la moisissure » (Francis et Leavitt 2008 : 189). Ce sont eux qui fabriquent les amas de sable et de glaise que l’on trouve le long des ruisseaux et dont les formes permettent de présager l’avenir (Erickson 1978 : 133). À une époque plus ancienne, les enfants étaient instruits de l’existence de tous ces êtres en écoutant leurs aînés s’échanger des histoires pendant les longues soirées d’hiver. Cependant, les changements économiques et culturels survenus dans les communautés malécites depuis plusieurs décennies ont pratiquement mis fin à de tels racontages, et l’on entend aujourd’hui très peu de récits racontant les faits et gestes de ces êtres. Néanmoins, le monde malécite traditionnel ne peut être vraiment bien compris que si l’on connaît la panoplie de ces personnages. À cette fin, la présente note de recherche offre la description d’une tradition malécite à propos d’un être autre-qu’humain qui hante encore à l’occasion certaines communautés des premières nations. Il s’agit de Sqewtómuhs, ainsi nommée en langue malécite (ainsi que dans la langue proche parente, le passamaquoddy) et qu’on appelle Femme-des-Marais en français ou Swamp Woman en anglais. Les Pénobscots, dont le territoire ancestral se situe au sud-ouest du territoire malécite dans le Maine, connaissaient également Femme-des-Marais qu’ils appelaient skwéwtəmohs. Ils la décrivent comme étant « un personnage féminin bienveillant, semblable aux farfadets, qui vivait seule dans les contrées sauvages marécageuses et qui aidait les chasseurs et les voyageurs » (Siebert 1996 : 438). Dans un récit recueilli par Frank T. Siebert (1997 : 46-51), Andrew Dana, un aîné pénobscot, racontait que lorsqu’un voyageur la rencontrait pour la première fois, Femme-des-Marais lui apparaissait « d’une extrême laideur et courte sur pattes, » alors que « sa robe n’était faite que de mousse et qu’elle allait nu-pieds » (ibid. : 47). Cependant, une fois que le voyageur pénétrait dans sa hutte d’écorce …

Appendices