Comptes rendus

Paul Lejeune, missionnaire de Nouvelle-France, le premier linguiste et grammairien de l’innu, Guy Laflèche. Les Éditions du Singulier Ltée, Laval, 2017, 318 p.

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    Candidate au doctorat en anthropologie, Université Laval

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Cover of Enjeux, lieux et langues, Volume 49, Number 1, 2019, pp. 3-103, Recherches amérindiennes au Québec

Le présent livre de Guy Laflèche constitue le douzième ouvrage publié par les Éditions du Singulier dont l’auteur est lui-même fondateur. Professeur retraité du département des littératures de langue française de l’Université de Montréal, le chercheur pose d’entrée de jeu le cadre de son étude et les fondements de son travail d’édition critique qui, selon lui, comprend l’application de quatre sciences des études littéraires : l’étude bibliographique, l’étude du texte, la recherche et l’étude de ses sources ainsi que l’étude de sa genèse ou de sa rédaction (p. 23). Sept chapitres solidement documentés et contextualisés, à savoir le cadre de recherche (chap. I), l’étude diachronique de l’ethnonyme désignant les Innus (chap. II), la mise en perspective des compétences linguistiques de Paul Lejeune (chap. III), l’édition critique du chapitre 11 de la Relation de 1634 (chap. V), le travail de grammairien et de lexicologue du missionnaire de la Compagnie de Jésus en Nouvelle-France (chap. VI) et le travail de rédaction en langue innue (VII), nous donnent accès au portrait du missionnaire jésuite à l’intérieur du contexte de son époque et font saisir l’impact de son travail. Réalisé « par morceaux » (p. 24), ce livre, dont chacun des chapitres pourrait tenir et être publié individuellement, est ainsi consacré au linguiste, au lexicologue et au grammairien Paul Lejeune qui, comme le démontre justement Guy Laflèche, peut aussi être considéré comme le premier rédacteur européen en innu. Comme le précise l’auteur, le point de départ de l’ouvrage a en fait été un article ayant pour thème l’édition critique du chapitre de la Relation de 1634 qui porte sur la langue innue, comportant entre autres étapes celle consistant à localiser les formes utilisées par Lejeune dans les dictionnaires dits historiques de l’innu (ceux de Silvy et Fabvre au xviie siècle et ceux de Laure et de La Brosse au xviiie). Le travail d’analyse de Laflèche l’avait amené à deux constats qui donnent lieu à deux affirmations clés du livre. Le premier de ces constats est que le dictionnaire de Paul Lejeune, réalisé entre 1632 et 1639, doit être considéré comme étant à la source d’au moins les trois premiers de ces dictionnaires (démonstration détaillée de la minutieuse étude menant à ce constat est faite au chapitre VI). Le deuxième constat, issu des lectures de travaux portant sur lesdits dictionnaires, nous amène à une confrontation autour de l’utilisation inappropriée par « des linguistes » (p. 27) des mots « Nêhiraw », désignant les Innus et étant appliqué aux Naskapis, aux Attikameks et aux Cris du Québec, et « nêhirawêwin » (appellation de langue regroupant supposément quatre dialectes : l’innu, le naskapi, l’attikamek et le cri, p. 56). Cette confrontation qui, selon l’auteur, a fini par conduire au refus de publication de sa note de recherche réaménagée en article, vise en fait, on le comprendra rapidement à la lecture du récit de la suite des événements (chap. II), les chercheurs John E. Bishop et Kevin Brousseau, ancien coordonnateur de la langue crie au Grand Conseil des Cris du Québec, et par ricochet également Lynn Drapeau, la directrice de mémoire de Brousseau et linguiste spécialiste de la langue innue. Le fond de la critique faite par Laflèche est la déformation des entrées des dictionnaires historiques du montagnais, comme, notamment, nehira8irini8, « Montagnais », pour les « transformer en un nouveau vocable, avec une nouvelle signification, soit Nehiraw-Iriniw, « Nehiraw person » » (p. 56). Il qualifie cette démarche de « dérive lexicale » (p. 55), en plus de pointer la fausse affirmation, selon l’auteur, que le mot ...

Appendices