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Sous un Krieghoff aguichant qui fait la page couverture, cet opuscule reprend dix-sept chroniques littéraires d’historiographie québécoise, parues dans Le Devoir de 1998 à 2001. Ça va d’une belle apologie de La famille Plouffe en regard du Refus global, tous deux cinquantenaires, à un plaidoyer pour Le Canada : une histoire populaire, « oeuvre remarquable à plusieurs égards » (p. 127). L’ensemble concerne diverses parutions de l’heure, d’importance et notoriété variables, des savantes Normes de Maurice Séguin à « la bombe de Normand Lester ». Cornellier y met en scène plusieurs polémiques historiennes : Serge Gagnon contre Ronald Rudin, Pierre Tousignant contre Gérard Bouchard, Christian Dufour contre Mario Cardinal... – y compris la référence aux mythiques « querelles qui ont opposé l’école de Montréal à l’école de Laval » (p. 126), lesquelles se résument en fait au morceau de bravoure du Hamelin de jeunesse et à la grande empoignade « Wallot / Ouellet » dans les années 1970. Quant aux polémiques réelles qu’il rapporte, le chroniqueur y prend un prudent parti de spectateur à convictions nationalistes, tout en avouant « tirer un plaisir immense de ces chocs au sommet qui obligent aux remises en question et au qui-vive intellectuel » (p. 82).

Cornellier est bon lecteur. Il sait ramasser le contenu d’un ouvrage sans en déformer les thèses pour mieux les réfuter, travers auquel cèdent trop souvent les protagonistes du débat historiographique. Bon lecteur aussi en ce qu’il a l’enthousiasme facile : « un des plus importants essais québécois des dernières années », « le texte le plus remarquable de ce recueil », « une contribution époustouflante de justesse et de sensibilité », « un intellectuel imposant à la pensée profonde »... Professeur de littérature spécialisé dans l’essai, il est cependant en position faible comme critique de la raison historienne, qu’il tend à ramener à la polémique idéologique, et il se qualifie mal comme arbitre de la pensée « profonde » ou « révolutionnaire ». Outre l’allégeance à Fernand Dumont, son jugement d’honnête homme se fonde sur la catégorie « réactionnaire / progressiste », prêt-à-penser récurrent de ses chroniques au Devoir, dont il n’use heureusement ici qu’avec parcimonie. Si précieux soient-ils pour signaler intelligemment les dernières parutions, ses comptes rendus journalistiques n’avaient pas assez de substance pour être convertis en oeuvre durable. L’intérêt du recueil, peut-être, c’était de ramener « sur la place publique » quelques titres trop oubliés, dont seulement deux coursiers pourtant de l’écurie Septentrion.