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Comptes rendus

Dominique Garand, Laurence Daigneault Desrosiers et Philippe Archambault, Un Québec polémique. Éthique de la discussion dans les débats publics, Montréal, Hurtubise, 2014, 450 p.[Record]

  • Andrée Fortin

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Dans les années 1990, quelques polémiques autour de la littérature, de la culture et de l’identité québécoises ont secoué le Québec. En cette décennie référendaire, elles ne se sont pas cantonnées à la souveraineté, à sa définition ou à ses contours et ont embrassé les questions d’engagement, d’ethnie et de racisme. Y ont participé journalistes, écrivains, universitaires et essayistes, catégories plus poreuses qu’on pourrait le croire et dont les membres, dans la mesure où ils prennent la parole sur la place publique, peuvent être qualifiés d’intellectuels. Quelles sont donc les polémiques dont discute le livre? Jean Larose a débattu avec Pierre Foglia et Jacques Pelletier sur la culture et la souveraineté culturelle; il y a eu aussi les « affaires » Esther Delisle autour du chanoine Groulx, Mordecai Richler autour des lois linguistiques et Monique Larue autour de la littérature migrante, ainsi qu’une autre plus tardive à propos de Bertrand Cantat et de sa participation à un spectacle de Wajdi Mouawad. Les textes ayant alimenté chacune de ces polémiques sont recensés en annexe. L’ouvrage se concentre en effet sur des polémiques qui se sont déployées dans les pages de journaux, de revues, voire de livres. Si parfois elles opposent des anglophones et des francophones (comme le débat autour d’un texte de Mordecai Richler) ou des fédéralistes et des nationalistes, elles peuvent aussi impliquer uniquement des souverainistes, comme les débats susmentionnés entre Larose et Foglia ou Pelletier. Elles se sont quelquefois limitées à deux protagonistes, mais à d’autres occasions ont engagé un grand nombre de participants. Certaines ont été bien circonscrites dans le temps, d’autres plus diffuses. Garand, Daigneault Desrosiers et Archambault adoptent pour leur part le parti de ne pas prendre parti à propos de ces polémiques et d’en démonter la mécanique à partir de trois concepts : éthos, posture et scénographie. Le chapitre théorique, judicieusement placé en deuxième, après un premier discutant des échanges entre Foglia et Larose, est « illustré » à partir de la parole polémique de Pierre Falardeau et d’un débat entre Andrée Ferretti et René-Daniel Dubois sur leurs positions référendaires respectives. Ainsi, les propos sur l’éthos, la posture et la scénographie paraissent moins austères, et leur pertinence pour saisir les tenants et aboutissants d’un débat est clairement montrée. On est loin ici des théories de Habermas sur les débats dans l’espace public, car il appert d’une part que les normes présidant au débat font elles-mêmes l’objet de polémiques et que, d’autre part, il y a parfois absence de scène commune, comme dans la polémique entre Larose et Foglia, écartelée entre le monde universitaire et celui des grands médias. Si l’on parcourt les titres de quelques chapitres ou sections de l’ouvrage, on peut remarquer que les polémiques étudiées portent non seulement sur des controverses, mais aussi sur des dissidences, des discours collectifs, des malentendus. La thèse des auteurs est que la polémique déborde souvent du monde des idées, ou plutôt que ce n’est pas que sur les idées que portent ces polémiques, mais aussi sur la posture des participants, ce qui ouvre la discussion aux attaques personnelles. Ces débats contribuent à faire émerger un « nous » au nom duquel on prend la parole et un « vous » dont on cherche à se démarquer. Selon les auteurs, qui opposent en cela les débats qui les occupent à ceux autour de la localisation du CHUM, lequel s’est centré sur des arguments rationnels et n’est pas tombé dans les procès personnels, la passion des polémistes se déchaîne autour de l’identité nationale et du rapport à l’autre. Fenêtre ouverte sur les années 1990, décennie référendaire, ce livre intéressera …