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Comptes rendus

CommentaireL’Affaire Charbonneau[Record]

  • Nicole Gagnon

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  • Nicole Gagnon
    Professeur retraité de sociologie, Université Laval

« L’affaire semblait pourtant entendue », écrit le recenseur de la biographie de Mgr Charbonneau due à Denise Robillard (Monseigneur Joseph Charbonneau. Bouc émissaire d’une lutte de pouvoir, Les Presses de l’Université Laval, 2013) paru dans Recherches sociographiques (LV, 1, 2014, p. 145). Étonnamment, il fait ici référence au mythe de « Charbonneau et le Chef » qui n’est rien de plus qu’une bonne pièce de théâtre. Or on sait depuis belle lurette – 1984 au moins – que « la non-confessionnalité et non Asbestos est la corde avec laquelle on a pendu Mgr Charbonneau » (Jean Hamelin) et que Duplessis n’y était pour rien. Comment un historien respectable pouvait-il l’ignorer? Alexandre Turgeon reconnaît à bon droit que « la somme de travail est au bas mot respectable et mérite d’être soulignée » (p. 144). Effectivement, la biographie de Robillard a été amorcée depuis au moins trente ans : précieuses entrevues dans les années 1980 avec une soixantaine de témoins dont la plupart sont aujourd’hui disparus et considérable travail d’archives dont elle ramène énormément d’information. Turgeon a lu le résultat un peu vite et en retire une fausse impression : la non-confessionnalité est « la traditionnelle goutte d’eau qui fait déborder le vase » (p. 146), alors qu’il s’agissait du coeur de la question. Pour le lecteur curieux surtout des dessous de l’affaire plutôt que du personnage, le récit de Robillard sera un peu pénible. Elle nous perd dans des détails dont elle sait mal faire ressortir les enjeux, elle suit méticuleusement la chronique et nous abreuve de citations de correspondance dont la pertinence n’est pas toujours évidente. Convenons que, s'étant tapé tout ce travail d’archives, elle a choisi d’en ramener tout ce qui pourrait éventuellement servir à quelque autre chercheur, même si cela n’a pour le moment guère d’intérêt. Et venons-en à l’Affaire. Le pourquoi est clair : Charbonneau était coupable de diviser les catholiques du Québec en gauche et droite et de prendre le parti des premiers, ce dont on avait fini par informer l’intéressé, nous apprend Robillard, et sur quoi Hamelin avait déjà mis le doigt. C’est le comment qu'elle n’arrive pas à trancher. Que la décision ait été prise par Pie XII lui-même et non par la curie ne fait pas question. Mais qui fut le procureur? D’après Robillard, c’est le mémoire de Mgr Courchesne en 1949, dont elle cite plusieurs extraits, qui aurait convaincu le pape. Elle y ajoute, sans l’endosser, un témoignage tiré des mémoires inédits du dominicain Ceslas Forest, selon lequel le futur cardinal Léger, qui avait l’oreille de Pie XII, se serait chargé de faire valoir à ce dernier la thèse de Mgr de Rimouski (p. 409). Le soupçon circulait déjà à l’époque dans le clergé, et c’est fort vraisemblable, mais Robillard aurait dû discuter, ou du moins faire état de deux autres conjectures, celle de Groulx et celle de Hamelin. Elle se contente de disqualifier les deux pour éviter d’en tenir compte. Groulx, à cause de ses considérations psychologiques farfelues sur le « cas pathologique » de Mgr Charbonneau, le chanoine étant incapable de comprendre comment un personnage considérable pouvait ne pas partager l’évidence de ses propres convictions et le considérant alors comme malade mental. Hamelin, pour cause de « préjugé » (p. 4), celui-ci ayant repris sans méfiance une fausse information tirée de la thèse d’un de ses dirigée, selon laquelle Mgr Charbonneau était en partie d’ascendance irlandaise. C’est somme toute d’importance secondaire, mais on aurait tout de même aimé savoir ce sur quoi se basait Noël Bélanger (affirmation gratuite? énoncé à …