Comptes rendus

Compte rendu de : Le travail social : théories et pratiques, par Adje van de Sande, Michel-André Beauvolsk et Gilles Renault avec la collaboration d’Anne-Marie David et de Ginette Hubert, Boucherville, Gaëtan Morin, 2002, 272 p.

  • Jocelyn Lindsay

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  • Jocelyn Lindsay
    Professeur
    École de service social
    Université Laval

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Le travail social : théories et pratiques est présenté comme un manuel d’introduction au travail social, dont l’intention est de faire le point sur le rôle et l’importance du travail social dans la société moderne, en plus de proposer une réflexion sur l’orientation souhaitable de la profession pour assurer son développement. Les étudiants en travail social constituent le premier public cible. L’ouvrage se divise en quatre parties : les fondements, les approches, le processus et les cibles. Nous allons brièvement résumer et commenter chacune de ces parties.

La première partie, intitulée « Les fondements du travail social », permet d’établir des notions essentielles et se divise en quatre chapitres. Partant d’une définition des concepts essentiels, les auteurs montrent au premier chapitre le rôle du travail social dans la société et dans l’ensemble du système de bien-être social. Le second chapitre, qui offre un survol de l’histoire du travail social au Canada, permet de voir comment sont apparues les structures organisationnelles que l’on connaît actuellement. Les auteurs présentent ensuite les modèles théoriques qui ont le plus, selon eux, marqué la pratique du travail social en tant que discipline professionnelle. Le dernier chapitre s’intéresse à la déontologie en service social, aux principes et aux devoirs qui guident l’exercice de la profession.

La seconde partie est consacrée aux approches en travail social. Huit approches sont décrites selon leur ordre d’apparition dans l’histoire : l’approche psychosociale, l’approche fonctionnelle, l’approche centrée sur la modification du comportement, l’approche familiale, l’approche structurelle, l’approche féministe, l’approche interculturelle et l’approche amérindienne. Chacune de ces approches est présentée selon un schéma semblable : l’histoire, les fondements théoriques, les concepts clés, les techniques d’intervention et, enfin, une critique. Six autres approches sont enfin introduites. Ce chapitre comprend plus de 100 pages et est donc une partie essentielle de l’ouvrage.

La dynamique de l’action planifiée fait l’objet de la troisième partie. Les auteurs disent inscrire ce processus dans l’approche généraliste. On y trouve donc quatre chapitres, portant sur l’évaluation, la planification, l’action et la fin du processus. Les quatre étapes sont illustrées à l’aide d’un cas.

Toujours en se situant dans le cadre de l’approche généraliste, les auteurs décrivent le travail auprès de quatre cibles (aussi appelées types de clientèle). Il s’agit de l’intervention auprès des individus, des familles, des groupes et des communautés. Dans chaque chapitre, on retrouve les étapes à suivre et une grille qui permet « une évaluation en profondeur ». Un exemple de cas illustre la démarche et des techniques d’intervention sont décrites.

La conclusion permet de situer des enjeux pour les années 2000 et de cerner quelques défis pour le développement du travail social.

Cet ouvrage peut être utile à des étudiants en techniques de travail social ou à des étudiants qui entreprennent le baccalauréat en travail social. Il réussit à faire le point sur l’importance du travail social dans la société moderne. Cependant, en ce qui concerne le second objectif, soit l’orientation souhaitable pour le futur, cet aspect n’a été que brièvement esquissé en conclusion. Une préoccupation pédagogique est très présente dans le livre, illustrée par les études de cas et par les questions en fin de chapitre.

Cet ouvrage a néanmoins soulevé chez moi un certain nombre d’interrogations que je vais formuler :

  • Certains livres d’introduction au travail social mettent une certaine insistance sur les problèmes sociaux, d’autres pas; c’est la seconde option qui a primé ici. Par ailleurs, environ 120 pages (près de la moitié du volume) sont consacrées aux théories et approches, ce qui est particulier dans un manuel d’introduction.

  • La partie sur les approches (largement inspirée du livre de Frank Turner, Social Work Treatment : Interlocking Theoretical Approaches (1996) répond bien au service social personnel. Toutefois, il n’en est pas de même pour les autres méthodes de service social, soit le travail de groupe et l’organisation communautaire (sur lesquelles il existe par ailleurs des ouvrages décrivant des ensembles d’approches). Aussi, toutes les études de cas présentées renvoient au service social personnel.

  • Les choix des auteurs, en ce qui concerne les lectures suggérées, ne me sont pas toujours évidents. On souhaiterait parfois des références aux auteurs originaux. Ainsi, après avoir parlé des théories psychanalytiques, des théories de l’apprentissage, de la théorie marxiste, de la théorie des systèmes, des théories féministes et de la roue médicinale, pourquoi ne suggérer comme lectures que des références à la théorie féministe?

  • Aux pages 160 et 161, j’ai eu un peu de difficulté avec la notion de l’approche dite imbriquée, d’autant plus qu’on ne donne aucune référence à son sujet. Veut-on dire qu’après analyse de la situation l’intervenant fait le choix d’une approche spécifique dans son répertoire? Veut-on parler d’une approche éclectique dans laquelle un praticien utilise différentes informations et une variété de techniques issues de théories diverses?

  • Les chapitres trois et quatre sont essentiellement inspirés de l’ouvrage de Louise C. Johnson, Social Work Practice : A Generalist Approach. Comment concilier cela avec le fait que l’approche généraliste fait partie de celles qui sont présentées comme « moins importantes sur le plan historique, mais tout de même pertinentes »?

  • Comme on le fait dans le dernier chapitre, je ne crois pas qu’on puisse utiliser indifféremment les termes « cible » et « clientèle », le terme de cible renvoyant à la perspective dans laquelle le praticien envisage son intervention.

  • Enfin, j’aurais aimé lire que les services sociaux sont prioritairement une matière de compétence provinciale, même si je comprends bien que les auteurs aient voulu avoir une perspective canadienne. Également, sans qu’on les développe, les pratiques indirectes mais courantes dans la discipline (enseignement, recherche, administration, développement des politiques sociales) auraient dû être mentionnées.

Comme les auteurs le signalent en conclusion, il y a un manque de littérature francophone dans le domaine. Ce livre fait partie des efforts louables pour combler cette lacune.