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En Argentine, dans les années 2010, le grand public commence à peine à établir un lien entre santé, agriculture et alimentation. Le roman Toxique (2017) de Samanta Schweblin, paru en 2014 en espagnol sous le titre Distancia de rescate (« distance de secours »), témoigne de ce basculement. Il a pour fond de scène un de ces « villages maudits » de la région pampéenne pulvérisés au glyphosate, encerclés par les monocultures de soja transgénique. Mais la portée écologique du roman est relativisée par l’importance que prend, à son détriment, la trame de premier plan. Dans cet article, j’identifie un certain nombre de dispositifs textuels (les stratégies narratives d’occultation, la polyphonie, le dénouement doublement spectaculaire) qui, sans rien ôter à la primauté et aux pouvoirs de la fiction, s’agencent de façon à former une radiographie romanesque de ce potentiel marqueur anthropocénique que constituent les pesticides extrêmement dangereux (HHPs). Je procède en deux étapes, l’une descriptive, au cours de laquelle j’explicite le cadre référentiel de la trame romanesque ; la seconde plus réflexive, où je m’attache à mettre en évidence un réseau d’homologies entre, d’une part, les dispositifs textuels précédemment évoqués, et, d’autre part, des configurations du réel portant le stigmate de l’utilisation massive à échelle mondiale des pesticides extrêmement dangereux.