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251.Plus d’information
Le cadre théorique du problème public, classique en sociologie et en science politique, reste peu diffusé en géographie. Il semble pourtant tout indiqué pour analyser les situations conflictuelles portant sur l'espace, son partage et son aménagement ainsi que leur (non-)résolution par les politiques publiques. L'article propose de le mobiliser pour analyser un problème dont la résolution piétine depuis plus d'un siècle : la déprivatisation des rives de deux grands lacs périalpins que sont le Léman (Suisse/France) et le lac d'Annecy (France). Après avoir reconstitué la lente et difficile construction du problème public, l'article analyse les stratégies mises en oeuvre par les acteurs pour activer ou au contraire contourner les règles politiques à leur disposition. Sur la base de ce matériau, l'article insiste sur la non-linéarité du processus de construction et de résolution du problème et invite à déplacer la focale sur les rétroactions multiples entre les opérations situées en amont (cadrage, publicisation) et en aval (mise à l'agenda, politiques publiques) du modèle classique.
Mots-clés : problème public, stratégies d'activation des règles, privatisation littorale, accès public, lacs, public problem, law activation strategies, shoreline privatization, public access, lakes
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253.Plus d’information
Les difficultés associées à la définition du terme « think tank » compliquent les efforts pour les dénombrer et les échantillonner, alors que les tentatives de les définir de manière plus précise s'appuient souvent sur des distinctions arbitraires. Ces difficultés sont aussi liées à des ambiguïtés fondamentales concernant la nature des rôles politique, scientifique et technocratique de ces organisations. Cet article compare quatre organismes canadiens (le Centre Mowat, l'Institut Parkland, le Centre Manning et l'Institut Broadbent) dans l'optique de faire apparaître les dimensions qui gouvernent la constitution du think tank comme type social. L'approche fut d'examiner des cas aux marges de la figure du think tank afin d'évaluer l'hypothèse selon laquelle la tendance d'un organisme à jongler avec les logiques de différents champs (ici universitaire et politique) ou à être absorbé dans la logique d'un seul champ module sa volonté et sa capacité d'adopter l'identité du think tank. Les résultats suggèrent une association entre l'arrimage à la catégorie culturelle du think tank et la capacité d'un organisme à maintenir un double engagement, parfois fort délicat, envers la recherche et l'action sans se fondre dans l'un ou l'autre de ces domaines. Ils suggèrent qu'une attention portée aux paramètres de variation de ces organisations puisse guider la formulation de critères d'échantillonnage systématiques. Ils portent aussi appui à l'idée que la posture hybride privilégiée par les think tanks comporte des avantages stratégiques pour agir dans différentes arènes d'action publique.
Mots-clés : think tank, définition, classification, typologie, échantillonnage, rôle(s), think tank, definition, classification, typology, sampling, role(s)
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254.Plus d’information
Depuis 1992, le discours pour une agriculture plus respectueuse de l'environnement s'est traduit par une multiplication des instruments et dispositifs de politiques publiques visant à orienter le changement des pratiques des agriculteurs. Le portefeuille de dispositifs agri-environnementaux (DAE) facultatifs s'est étoffé. Mais à La Réunion, l'« équipement » des possibilités de choix réalisé par les institutions agricoles pour opérationnaliser ces DAE limite les marges de manoeuvre des agriculteurs et aboutit à un paradoxe : aux prises avec les exigences de rentabilité, les services publics agricoles continuent de cibler des agriculteurs professionnels et marginalisent encore davantage les agriculteurs informels, situés en dehors des réseaux administratifs, pourtant source potentielle de pollution plus grande que ces premiers, et essentiels pour la ruralité réunionnaise.
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255.Plus d’information
Les légalisations de l'usage du cannabis récréatif intervenues en Uruguay et au Colorado constituent une rupture sans précédent dans l'histoire des politiques publiques visant à réguler l'usage de cette substance. Une approche comparative des deux processus dans chacun des deux pays fait apparaître toutefois que la notion de « légalisation » est insuffisante pour rendre compte de la nature et de l'effectivité des politiques menées. En effet, des oppositions fondamentales, déterminées par des philosophies et des traditions politiques et nationales bien spécifiques, séparent les deux approches. Ces divergences tiennent notamment à la place et au rôle de l'État, ainsi qu'à l'importance accordée aux mécanismes du marché dans le processus de régulation. Les deux expériences en cours démontrent que les processus de légalisation sont aussi l'expression de visions de la société et du monde différentes, de même que de traditions nationales bien spécifiques.
Mots-clés : cannabis, légalisation, politiques publiques, marché, État, libéralisme, marijuana, legalization, public policies, market, State, free market, cannabis, legalización, políticas públicas, mercado, Estado, liberalismo
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256.Plus d’information
L'analyse des politiques sociales québécoises dans une perspective comparée se présente sous deux sortes d'approche : explicative et qualificative. Le présent article propose une analyse comparative sommaire de la stratégie québécoise de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, encore peu étudiée en mode comparé, basée sur ces deux approches. Cette double comparaison permet, d'une part, d'évaluer le poids de la stratégie québécoise comme facteur explicatif des politiques adoptées en matière d'inclusion sociale (en comparant avec les expériences des pays de l'Europe des 15) et, d'autre part, d'analyser plus finement les choix politiques de la stratégie québécoise (comparativement à celles de Terre-Neuve-et-Labrador, de l'Ontario et de la Nouvelle-Écosse).
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259.Plus d’information
Les personnes âgées constituent ce que l'on peut appeler une « clientèle » privilégiée de l'État : historiquement, les programmes de santé et de retraite relatifs à la vieillesse figurent en effet parmi les politiques typiques de l'État-providence. Or, depuis les années 90, les politiques de la vieillesse des pays occidentaux convergent vers le maintien à domicile comme espace de prédilection pour vieillir. Ces nouvelles politiques sociales se heurtent cependant à un contexte bien différent de celui de l'âge d'or de l'État-providence d'après-guerre. Cet article propose d'examiner comment ces politiques en pleine expansion s'adaptent (ou pas) aux nouveaux défis sociaux, démographiques et budgétaires contemporains et, de ce fait, d'éclairer ce qu'elles révèlent sur les transformations plus vastes de l'État-providence au 21e siècle. L'analyse s'appuie sur les cas du Québec et de la France et se fonde sur une revue des écrits scientifiques, institutionnels et professionnels. Trois grandes tendances sont relevées : l'ambiguïté des objectifs poursuivis par ces politiques, les visions contradictoires quant aux rôles attendus respectivement des individus, des familles et de l'État et les transformations de l'organisation de la prestation des services pour que ces politiques « fonctionnent » malgré les ressources manquantes.
Mots-clés : politiques de maintien à domicile, État-providence, managérialisation des politiques, Québec, France, home-care policy, Welfare State, Public policy managerialization, Quebec, France
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260.Plus d’information
Cet article cherche à comprendre les ressorts de la « transition » vers une mobilité urbaine durable engagée depuis le début des années 2000 dans la ville de Mexico, en dépit d'une configuration politique défavorable. En s'appuyant sur une enquête ethnographique, il analyse le processus de traduction opéré à partir des années 1990 par les membres d'un collectif de cyclistes. Occupant initialement une position marginale vis-à-vis des réseaux des partis politiques, ces agents parviennent progressivement à mettre à l'agenda de la « transition » vers une mobilité durable, en valorisant des ressources expertes et internationales. Par le biais de stratégies de professionnalisation et d'entrisme dans les administrations, ils impulsent le développement de modes de transport collectifs et peu polluants. Face aux contradictions persistantes de l'action publique en la matière, ils cherchent finalement à faire usage de leur insertion dans le champ politico-administratif pour garantir l'autonomie de leur contribution, par la mise en place d'un nouveau cadre légal tributaire des ressources spécifiques de l'expertise internationale. L'analyse de ce processus met en lumière la nécessité d'étudier les « trajectoires de transition » à l'aune des trajectoires sociales des agents qui les promeuvent. La « transition » vers une mobilité durable est ainsi conditionnée à Mexico par une transformation de l'espace social de production des politiques urbaines, marquée par l'émergence d'agents porteurs de légitimités nouvelles qui opèrent des déplacements et des échanges entre différents champs. Ces mouvements révèlent, davantage qu'une opposition entre capital politique local et expertise internationale, des logiques complexes de transfert entre ces deux types de ressources.
Mots-clés : transition écologique, trajectoires sociales, processus de traduction, politiques publiques, mobilité durable, Mexico, expertise, ecological transition, social trajectories, process of translation, public policies, sustainable mobility, Mexico, expertise