En raison des circonstances exceptionnelles dues à la COVID-19, Érudit souhaite assurer à ses utilisateurs et partenaires que l'ensemble de ses services demeurent opérationnels. L’équipe d’Érudit est en mode télétravail jusqu'à nouvel ordre et certaines opérations pourraient en être ralenties. Merci de votre compréhension. Plus de détails

EntretienInterviewEntrevista

Relations sonoresEntretien avec Steven Feld (University of New Mexico)Sonic RelationsAn Interview with Steven FeldRelaciones sonorasEntrevista con Steven Feld

  • Steven Feld et
  • Alexandrine Boudreault-Fournier

…plus d’informations

  • Steven Feld
    Department of Anthropology, University of New Mexico, Albuquerque (NM) 87131, États-Unis
    feld@unm.edu

  • Alexandrine Boudreault-Fournier
    Department of Anthropology, University of Victoria, PO Box 1700 STN CSC, Victoria (Colombie-Britannique) V8W 2Y2, Canada
    alexbf@uvic.ca

L’accès aux articles des numéros courants de cette revue est réservé aux abonnés. Pour accéder aux numéros d’archives disponibles en libre accès, consultez l’historique des numéros.

Si vous détenez un abonnement individuel à cette revue, veuillez vous identifier en vous connectant.

Pour plus d’informations, veuillez communiquer avec nous à l’adresse client@erudit.org.

Seuls les 600 premiers mots du texte seront affichés.

Couverture de Champs sonores, Volume 43, numéro 1, 2019, p. 9-273, Anthropologie et Sociétés

Au plan historique, « l’anthropologie du son » est une expression que j’ai formulée en 1972 alors que j’étais étudiant de troisième cycle à l’Université d’Indiana. Je devais écrire un compte rendu du livre The Anthropology of Music, dont l’auteur, Alan Merriam (1964), était mon professeur. Il nous avait demandé d’en faire une lecture approfondie et d’apporter une réponse critique à son livre afin que nous puissions comprendre que la musique devait être positionnée théoriquement en anthropologie, au même titre que la politique, l’économie, la religion, les relations de parenté ou tout autre domaine. J’ai donc lu l’ouvrage avec beaucoup d’attention et j’ai débuté ma réponse critique par cette provocation : « Qu’en est-il d’une anthropologie du son ? ». En fait, cette réponse m’est venue de deux sources d’inspiration. La première est que j’avais reçu une formation en musique électroacoustique et en musique concrète. J’étais impliqué dans la composition de trames sonores et je jouais aussi de la musique improvisée d’avant-garde. Et déjà à ce moment-là, dans les années 1970, cela me paraissait très clair : le point central de la musique était le son. Les premiers synthétiseurs commençaient à apparaître, la musique populaire était en pleine expansion. La technologie du son était au centre de tout ça. Il n’y avait pas besoin d’être physicien, acousticien ou futuriste pour se rendre compte que tout allait bouger en direction du son dans tous les champs de la production, de la performance, de la composition, de la circulation et de l’analyse de la musique. Cela a été une de mes sources d’inspiration. Et l’autre a vraiment été l’ethnographie. Au baccalauréat, j’ai étudié avec Colin Turnbull. J’ai écouté les enregistrements 33 tours (Turnbull 1957, 1958, 1961a) qu’il avait faits dans la forêt tropicale, en Afrique centrale, et j’ai lu ses livres avec beaucoup d’attention (Turnbull 1961b, 1965). J’étais vraiment fasciné par l’idée qu’une partie de l’histoire profonde de l’humanité était liée à l’évolution, à l’adaptation sonore et à l’adaptation humaine, en particulier à l’évolution de l’acuité auditive et à l’aspect culturel de la perception du son dans les forêts tropicales. En plus de la musique électroacoustique et de l’anthropologie en forêt tropicale, d’autres facteurs entraient en ligne de compte au début des années 1970. Du côté anthropologique, on assistait à l’émergence de l’ethnographie et de la théorie qui ont conduit à l’anthropologie des sens, à l’anthropologie de l’environnement, à l’anthropologie du corps et des genres et à l’anthropologie des lieux, qui sont tous devenus des champs théoriques importants pendant les années 1980. Côté musique, les technologies d’enregistrement et de reproduction devenaient de plus en plus portatives et changeaient la façon dont la musique était conçue et diffusée. Je n’ai donc rien fait de terriblement original. Je n’ai fait que saisir ce moment particulier de l’histoire intellectuelle et technologique pour poser la question « Qu’en est-il de l’anthropologie du son ? » et pour suggérer qu’au-delà de l’étude de la musique, cette avenue devait aussi inclure l’étude des poétiques, de la voix, des espèces non humaines et des technologies. Quand je me suis rendu en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en 1976, pour ma première recherche sur le terrain dans une communauté vivant en forêt tropicale, j’ai suivi ces instincts de près. Mon questionnement se concentrait sur la façon dont le langage, la musique et le monde acoustique de la forêt tropicale étaient des forces façonnant la constitution humaine, son devenir et sa nature. Bosavi était un environnement très riche pour étudier ce genre de choses. Les gens dans les sociétés mélanésiennes croient que les êtres humains ne sont complets que grâce aux relations. Le fait …

Parties annexes