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Sherman Rina (dir.), 2018, Dans le sillage de Jean Rouch. Témoignages et essais. Paris, Éditions de la FMSH, coll. Anthropologie, no 54, 356 p., illustr.

  • Alexandrine Boudreault-Fournier

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  • Alexandrine Boudreault-Fournier
    Département d’anthropologie, Université de Victoria, Victoria (Colombie-Britannique), Canada

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Couverture de Champs sonores, Volume 43, numéro 1, 2019, p. 9-273, Anthropologie et Sociétés

Que l’on soit un fidèle admirateur ou un fervent critique, l’oeuvre de Jean Rouch (1917-2004) fascine toujours. Pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de ce cinéaste et anthropologue français, plusieurs hommages et recueils ont été publiés, dont celui dirigé par Rina Sherman. Cette collection rassemble une vingtaine de chapitres, certains à saveur de témoignages personnels, d’autres de notes biographiques ou encore de conversations et d’essais théoriques sur le travail de Jean Rouch. Les contributions proviennent d’un éventail impressionnant de connaissances et amis du personnage, d’anthropologues et de cinéastes provenant de différentes générations et origines (dont le Niger), d’anciens élèves et de dirigeants d’institutions sur lesquels Jean Rouch a eu une influence notoire. L’ouvrage n’est pas divisé en sections ; il suit plutôt un ordre chronologique qui débute par des contributions biographiques et qui se termine par des témoignages jetant un regard rétrospectif sur les apports de sa carrière. Notons que Rouch a été un personnage clé de l’africanisme et qu’il a inspiré la Nouvelle Vague du cinéma français tout en participant au courant surréaliste. Il a contribué au cinéma ethnographique en développant des concepts qui sont aujourd’hui au coeur des préoccupations en anthropologie visuelle, tels que le cinéma vérité ou cinéma direct, le ciné-transe, l’ethno-fiction et, plus significativement encore, l’anthropologie partagée. Ses films Les Maîtres fous (1955), Moi un Noir (1958), Chronique d’un été (1961, co-dirigé avec Edgar Morin) et Jaguar (1967), entre autres, ont influencé des générations d’anthropologues et de cinéastes. Il a fondé le Comité du film ethnographique (CEF) rattaché au Musée de l’Homme, à Paris, où il tenait chaque année le Bilan du film ethnographique. Il demeura, tout au long de sa carrière, actif au sein de l’UNESCO et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en France. Ce recueil nous présente Rouch comme un être charismatique, unique et extrêmement passionné, « libéré des nécessités du formatage commercial de l’époque » (Ballot, p. 250), et ayant participé à la formation de plusieurs jeunes cinéastes (Pianciola, Graham, Sherman). L’importance de la rétroaction dans son approche participative, par exemple, encourage de jeunes anthropologues-cinéastes à redéfinir le processus de représentation en stimulant la participation des collaborateurs dans la construction du discours narratif filmique (Nijland). Plus qu’un observateur, Rouch était un provocateur (Sjöberg) : le cinéma du réel était pour lui une expérimentation jaillissant du surréalisme (Ungar). S’exprimant mieux par le cinéma que par l’écrit, il était perçu comme un « éducateur de cinéma novateur », « orienté vers la pratique » (Graham, p. 301). Parmi les contributions marquantes de ce recueil, l’anthropologue Paul Stoller nous raconte le profond impact qu’ont eu les relations d’amitié que Jean Rouch a tissées dans les régions occidentales du Niger (par exemple celle avec Damouré Zika), ainsi que l’influence des aspects philosophiques des croyances songhay sur sa vision du cinéma et du monde. À ce sujet, Jamie Berthe ajoute que des recherches plus poussées devraient être menées sur la contribution des nombreux collaborateurs et collègues nigériens de Rouch au développement du cinéma africain. En d’autres termes, Rouch ne constituait pas une force créative unique. Antoinette Tidjani Alou jette un regard critique et post-colonialiste éclairant sur le travail de Rouch en remettant en question la lecture de l’oeuvre du cinéaste d’un point de vue nigérien. Tout en reconnaissant les apports de son oeuvre, Tidjani Alou développe une critique postcoloniale du film le plus controversé de Rouch, Les Maîtres fous. Les commentaires, la perspective ainsi que le discours du film, explique-t-elle, demeurent ceux d’un homme issu de la France colonisatrice (p. 100). La présence de la voix de Rouch en voix hors champ …