Hors-dossier

Anne-Marie Sicotte, Histoire inédite des Patriotes. Un peuple libre en images, Montréal, Fides, 2019, 445 p.

  • Patrice Dallaire

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  • Patrice Dallaire
    Candidat au doctorat, Université Laval et Université de Paris, LARCA, CNRS

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Couverture de L’enseignement de l’histoire au premier cycle universitaire, Volume 29, numéro 1, automne 2020, p. 7-247, Bulletin d'histoire politique

Le Larousse définit comme inédit ce « qui n’a jusque-là jamais été publié, édité, projeté, etc. ». La facture et le contenu de l’Histoire inédite des Patriotes d’Anne-Marie Sicotte sont originaux et on pourrait dire que son caractère inédit se situe par rapport à l’importante iconographie qu’il présente, permettant d’illustrer de moult façons la topographie, les principaux acteurs politiques et militaires, ainsi que la vie quotidienne des habitants du Bas-Canada dans la première moitié du XIXe siècle. Cet ouvrage peut être considéré sur deux plans : l’histoire populaire ou le livre académique ; le jugement qu’on en fera dépendra sur lequel on se place. À plusieurs égards, cette histoire des Patriotes se situe dans la même veine que l’importante oeuvre romanesque de l’auteure, publiée au cours des deux dernières décennies, ou encore de ses ouvrages de vulgarisation, et confirme sa vocation d’auteure grand public. Cet ouvrage, par-delà ses mérites de popularisation de l’histoire, est en fait un collage de tableaux qui illustrent divers épisodes, mais d’où est absente une trame réunissant les points de vue de tous les protagonistes. On y retrouve le style de la romancière, l’écriture est accessible au grand public plutôt que de viser un auditoire réduit d’experts universitaires. La narration reflète les soupirs d’une histoire souhaitée plutôt qu’interprétée. D’ailleurs, les titres des huit chapitres témoignent de ce biais. L’introduction traditionnelle, qui précède généralement de tels ouvrages, est remplacée par un préambule qui se rapproche des commentaires scénographiques ou de didascalie théâtrale. En revanche, on n’a pas à chercher l’objectif de l’auteure, car elle affirme d’emblée qu’elle vise à « remettre les pendules à l’heure » et à faire contrepoids au « récit historique tronqué [qui] s’est imposé » depuis 1837-1838 (p. 13). Elle adopte de façon générale l’approche historiographique des Rébellions développée, récemment, notamment par Yvan Lamonde et Louis-Georges Harvey. On constate aussi qu’elle se range, sans le dire expressément, derrière la thèse du double soulèvement de Maurice Séguin, reprise plus récemment par François Deschamps, pour dénoncer le fait que « les véritables coupables du déclenchement des rébellions », une clique formée d’oligarques et de favoris, n’ont jamais été punis. On comprend l’orientation de l’auteure, mais, à la fin, les multiples répétitions des mots tels qu’oligarques, oligarchie, potentats, Clique du Château, vieillards malfaisants, despotes, etc., deviennent comme une litanie agaçante. En outre, en introduisant une expression inédite comme « machines rouges » pour décrire les troupes britanniques, elle les déshumanise totalement. S’il est vrai que les historiens ont eu tendance à passer l’éponge un peu trop rapidement sur la violence institutionnelle et les exactions et brutalités commises par les soldats et volontaires loyalistes, a-t-on besoin d’avoir recours à de tels procédés pour les dénoncer ? Le puriste lui reprochera sans doute le parti-pris de style pamphlétaire qui suinte ; l’universitaire sera en mal de trouver un fil conducteur explicatif au récit présenté. Car, au-delà de la perfidie des oligarques anglophones et d’une « faction étroite d’esprit » qui portent « entièrement la responsabilité » du déclenchement des insurrections ou, encore, de la noblesse du combat et des idéaux qui animaient les Patriotes, l’explication historique fait défaut. Si madame Sicotte insiste beaucoup, à juste titre, sur la répression militaire et la terreur qui ont accompagné et suivi les « rébellions », il pourrait s’agir de « boutons » sur lesquels la romancière en elle appuie pour animer son lectorat, le capter, et même l’indigner. Certains trouveront navrante cette insistance sur la violence du pouvoir britannique, mais d’autres jugeront qu’elle fait contrepoids au silence gêné de ceux qui la taisent. Ce récit prend, …