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Ce texte met en récit l’expérience d’une équipe de recherche autour de la mise en place d’un dispositif articulant care et analyse qualitative en contexte sensible, ici sur la mort en prison au Québec. À partir d’un terrain de cinq semaines non consécutives mené au Bureau du coroner, impliquant une exposition prolongée aux fragments d’histoires de personnes décédées en prison, les auteurs·trices reviennent sur les ajustements continus qu’a exigés la confrontation à des conditions de détention profondément déshumanisantes. En mobilisant le concept d’abjection pour éclairer à la fois l’objet et le processus de recherche, cette contribution illustre que les émotions et les sensibilités peuvent constituer des ressources analytiques, dès lors qu’elles sont reconnues et travaillées collectivement. Le dispositif, qui prévoit des rencontres individuelles, en sous-groupe, en grande équipe, échanges courriels, moments informels, microrituels, du soutien ponctuel, agit comme cadre contenant pour les membres de l’équipe de recherche. Ici, le care est une condition de possibilité de l’analyse qualitative puisqu’elle implique de tenir et de composer avec l’abject pour rendre possible une production de connaissances sur des objets d’études sur lesquels le regard collectif se détourne.