Dalhousie French Studies
Tous les articles de cette revue sont soumis à un processus d’évaluation par les pairs.
Revue d'études littéraires du Canada atlantique
Numéro 127, hiver 2025 L’accès aux numéros courants de cette revue nécessite un abonnement. Écrire à plusieurs mains : espaces et enjeux de la création littéraire en France au XIXe siècle Sous la direction de Carme Figuerola
Sommaire (29 articles)
Articles
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Avant-propos
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L’« atelier » Balzac : de la « fabrique » Le Poitevin à Charles Rabou
Silvia Baroni
p. 7–18
RésuméFR :
Dès ses premiers débuts dans le monde littéraire Balzac n’est pas étrange aux écritures collectives. Souvent ces textes à plusieurs mains sont signées seulement par l’un des auteurs, ou par un pseudonyme utilisé à tour de rôle, ce qui a causé nombreux de problèmes dans l’attribution des textes. Même au tournant de 1830 Balzac, qui commence à signer ses romans de son nom, ne renonce pas aux écritures collectives : il se lie en amitié avec Philarète Chasles – auteur de la préface au recueil balzacien Romans et contes philosophiques (1831) – et Charles Rabou – qui sera en charge, à la mort de Balzac, de trouver des conclusions aux romans inachevés par le grand maître –, et rédige avec eux les Contes bruns (1831-1832). Quelques années plus tard, ce sera Théophile Gautier qui participera en cachette à l’écriture de certains textes balzaciens – par exemple fournissant des poésies pour Illusions perdues. Enfin, dans les années 1840, Balzac participe aux ouvrages dits ‘panoramiques’ tels que les Scènes de la vie privée et publique des animaux, qui donnent lieu à d’autres collaborations pas moins ambigües – voir l’article « Voyage d’un moineau à Paris » pour les Animaux d’Hetzel, signé par Georges Sand mais rédigé en réalité par Balzac. Nous nous proposons de reparcourir ces étapes de l’écriture balzacienne, en sous arrêtant notamment sur les collaborations les moins connues du romancier.
EN :
From his earliest days in the literary world, Balzac was no stranger to collective writing. Often, these multi-authored texts were signed by only one of the authors, or by a pseudonym used in turn, which caused numerous problems in attributing the texts. Even at the turn of the 1830s, Balzac, who began signing his novels with his own name, did not give up collective writing: he became friends with Philarète Chasles – author of the preface to Balzac’s collection Romans et contes philosophiques (1831) – and Charles Rabou – who, upon Balzac’s death, would be responsible for finding conclusions to the great master’s unfinished novels – and wrote Contes bruns (1831-1832) with them. A few years later, Théophile Gautier secretly participated in the writing of certain Balzac texts, for example by providing poems for Illusions perdues. Finally, in the 1840s, Balzac contributed to so-called “panoramic” works such as Scènes de la vie privée et publique des animaux, which gave rise to other equally ambiguous collaborations – see the article “Voyage d’un moineau à Paris” for Hetzel’s Animaux, signed by Georges Sand but actually written by Balzac. We propose to retrace these stages of Balzac’s writing, focusing in particular on the lesser-known collaborations of Balzac.
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La collaboration de Dumas et Meurice : une leçon d’écriture
Anne-Marie Callet-Bianco
p. 19–29
RésuméFR :
Cette étude porte sur la collaboration de Dumas et Paul Meurice et s’appuie sur l’étude de deux romans, Le Château d’Eppstein et Amaury. La comparaison des manuscrits de Meurice avec la version définitive des romans permet de définir la part de chacun des deux rédacteurs. Elle met également en évidence la réécriture opérée par Dumas, et les améliorations du texte qu’on peut mettre à son actif. La réécriture prend alors l’allure d’une leçon d’écriture.
EN :
This study focuses on the collaboration between Dumas and Paul Meurice and is based on the study of two novels, Le Château d’Eppstein and Amaury. The comparison of Meurice’s manuscripts with the final version of the novels allows to define the share of each of the two editors. It also highlights the rewriting carried out by Dumas, and the improvements to the text that can be credited to him. Rewriting can therefore be assimilated to a writing lesson.
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George Sand et Jules Sandeau : la naissance de Marianna
Àngels Santa
p. 31–36
RésuméFR :
Jules Sandeau publia Marianna en 1839. La critique s’accorde à y trouver le portrait de George Sand. Mais l’écrivaine était aussi présente dans d’autres oeuvres du romancier, comme si son souvenir le hantait. Dans Marianna l’image est plus complète et réussie. Les trois personnages principaux du roman sont Georges Bussy, Marianna et Henry, le jeune ami de Bussy qui devient amoureux de la jeune femme quand Bussy l’abandonne. Marianna s’abandonne à cet amour mais elle finit par s’en lasser et regrette bonheur perdu de son foyer. Elle quitte Henry mais ne peut pas récupérer ce qu’elle a abandonné. Il ne lui reste que la solitude et elle a le regret d’avoir fait le malheur d’Henry. À travers ce roman, Jules Sandeau critique les exagérations du romantisme et montre les ravages de la passion.
EN :
Jules Sandeau published Marianna in 1839. Critics agree that it portrays George Sand. But the writer was also present in other works by the novelist, as if her memory haunted him. In Marianna, the image is more complete and successful. The novel's three main characters are Georges Bussy, Marianna, and Henry, Bussy's young friend who falls in love with the young woman when Bussy abandons him. Marianna gives in to this love, but eventually grows tired of it and regrets the lost happiness of her home. She leaves Henry but cannot regain what she has abandoned. All she has left is solitude, and she regrets having brought Henry unhappiness. Through this novel, Jules Sandeau critiques the exaggerations of Romanticism and shows the ravages of passion.
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L’actualisation de l’imaginaire de George Sand à travers la traduction catalane de Le château de Pictordu
Valèria Gaillard Francesch
p. 37–47
RésuméFR :
Déjà de son vivant, George Sand a été largement traduite à l’espagnol —trente-six de ses romans— et son oeuvre n’a cessé de réveiller l’attention du public espagnol, mais aussi catalan. Effectivement, plusieurs titres, tels que Histoire de ma vie et Un hiver à Majorque, ont été traduits ces dernières décennies en plusieurs éditions. De nos jours, nous assistons à la publication de nouvelles traductions catalanes d’oeuvres sandiennes jusque-là méconnues, fait qui met en évidence l’intérêt toujours vivant pour cette figure érigée comme un symbole du protofeminisme. Nous allons analyser la dernière traduction en date, le conte Le château de Pictordu, réalisée en 2025 par Georgina Solà Sellés, afin d’examiner les stratégies d’actualisation éditoriales, mais aussi traductives, de l’imaginaire sandien.
EN :
Already during her lifetime, George Sand was widely translated into Spanish—36 of her novels—and her work never ceased to arouse the attention of the Spanish and Catalan public. Indeed, several titles, such as Story of My Life and A Winter in Mallorca, have been translated in recent decades in several editions. Nowadays, we are witnessing the publication of new Catalan translations of previously unknown Sandian works, a fact that highlights the still lively interest in this figure shown as a symbol of protofeminism. We will analyze the latest translation, the tale Le château de Pictordu, produced in 2025 by Georgina Solà Sellés, in order to examine the strategies of editorial and translation updating of the Sandian imagination.
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Trois auteurs pour un vaudeville en un acte : Le Secret d’état de 1831
Ángela Magdalena Romera-Pintor
p. 49–62
RésuméFR :
Cette étude s’occupe de la collaboration entre Eugène Sue et les dramaturges Ferdinand de Villeneuve et Édouard Monnais dans la composition du vaudeville Le Secret d’état, de 1831. Pour commencer, nous abordons le parcours vital et littéraire des deux collaborateurs. Puis, nous analysons les traits essentiels de cette comédie en un acte, ainsi que l’avis de la critique de l’époque. Nous hasardons également les apports particuliers des deux collaborateurs de Sue dans la composition de l’ouvrage en raison de leur expertise préalable et de leurs connaissances dans les différents mécanismes du genre, tels qu’analysés précédemment dans la pièce.
EN :
This study deals with the collaboration between Eugène Sue and two dramatists (Ferdinand de Villeneuve et Édouard Monnais) in the composition of Le Secret d’état, a vaudeville of 1831. We begin with the literary and life development of the two dramatists. We then analyse the main features of this comedy in one act, as well as the critic reviews of the time. We also venture the two collaborators’ particular contribution in the composition of the play, in view of their former experience and their knowledge of the different mechanisms of the genre, as previously analysed in this vaudeville.
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Erckmann-Chatrian dans la presse satirique française du XIXe siècle
Noëlle Benhamou
p. 63–76
RésuméFR :
Erckmann-Chatrian sont des auteurs presque inconnus du grand public d’aujourd’hui mais ils eurent un certain succès sous le Second Empire et le début de la Troisième République. Nous nous proposons d’étudier la réception d’Erckmann-Chatrian dans la presse satirique française de leur temps, en nous appuyant sur quelques titres : Le Bouffon, La Caricature, Le Charivari, Le Don Quichotte, L’Éclipse, Le Grelot, Le Journal amusant, Le Scapin, La Silhouette, Le Tintamarre et La Vie parisienne. Nous nous intéresserons aux caricatures et aux articles critiques qui y figurent ou accompagnent les dessins de 1864 à 1896, notamment les recensions d’œuvres et les critiques dramatiques. Nous verrons qu’Erckmann-Chatrian sont très souvent présentés comme des romanciers alsaciens, puis comme des “frères siamois” et des dramaturges, et qu’ils sont assez peu moqués, ou alors de façon modérée.
EN :
Erckmann-Chatrian are authors almost unknown to the general public today, but they had some success during the Second Empire and the beginning of the Third Republic. We propose to study the reception of Erckmann-Chatrian in the French satirical press of their time, based on a few titles:Le Bouffon, La Caricature, Le Charivari, Le Don Quichotte, L’Éclipse, Le Grelot, Le Journal amusant, Le Scapin, La Silhouette, Le Tintamarre and La Vie parisienne. We will focus on the caricatures and the critical articles that appear in them or accompany the drawings from 1864 to 1896, in particular the reviews of works and the dramatic criticisms. We will see that Erckmann-Chatrian are very often presented as Alsatian novelists, then as “Siamese twins” and playwrights, and that they are not mocked very much, or only moderately.
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Fantômas et le collier de l’esclave
Loïc Artiaga
p. 77–83
RésuméFR :
Cet article retrace la genèse et les conditions de production de Fantômas (1911-1913), série de romans signée par Pierre Souvestre et Marcel Allain. Il s’attache à comprendre ce que signifie « être auteur » à l’âge d’or du roman populaire. Oeuvre de commande écrite à quatre mains, Fantômas illustre la tension entre création et logique industrielle. À partir d’archives inédites, l’étude met en lumière la collaboration inégale entre les deux écrivains, leurs méthodes d’écriture et la manière dont la figure du « Génie du crime » s’est progressivement détachée de ses conditions matérielles d’émergence pour acquérir, au fil du temps, une légitimité symbolique et esthétique propre.
EN :
This article traces the genesis and production conditions of Fantômas (1911–1913), a series of novels co-authored by Pierre Souvestre and Marcel Allain. It examines what it meant to “be an author” during the golden age of French popular fiction. A work written to order and produced by four hands, Fantômas epitomizes the tension between artistic creation and industrial logic. Drawing on unpublished archival materials, this study highlights the unequal collaboration between the two writers, their working methods, and the way in which the figure of the “Genius of Crime” gradually detached itself from its material conditions of emergence to acquire, over time, its own symbolic and aesthetic legitimacy.
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Souvestre et Allain : exploration stylométrique de quelques épisodes de Fantômas
Esther Juan
p. 85–97
RésuméFR :
Du tandem formé par Pierre Souvestre et Marcel Allain, on connaît la version racontée par ce dernier, qui survit plus d’un demi-siècle à son compère. La série Fantômas aurait ainsi été dictée, et non écrite, par les deux auteurs, puis assemblée à la chaîne, les chapitres ayant été répartis équitablement entre eux après une sommaire élaboration commune de la trame. Le débat sur la véracité de cette version et la nature réelle de leur système de production littéraire n’est pas clos, faute d’information plus directe, complète et vérifiable. Nous avons donc opté pour l’exploration sytolmétrique à l’aide de l’outil RStylo et analysé un échantillon de chapitres originaux de la série Fantômas ainsi que des textes réputés écrits en solitaire par l’un ou l’autre des deux auteurs. Les résultats obtenus ne concordent pas avec une division nette du travail et montrent plutôt une collaboration non pas modulaire mais plus stratifiée, métissée et fluctuante où les quatre mains, voire plus, sont plus mélangées que prévu. Il faudra donc approfondir l’analyse avec un corpus plus volumineux et couvrant différentes périodes de la série pour espérer éclaircir le mystère.
EN :
Of the duo formed by Pierre Souvestre and Marcel Allain, we know the version told by the latter, who outlived his partner by more than half a century. The Fantômas series was thus dictated, not written, by the two authors, then assembled in a chain, with the chapters being divided equally between them after a brief joint elaboration of the plot. The debate on the veracity of this version and the real nature of their literary production system is not closed, due to a lack of more direct, complete, and verifiable information. We therefore opted for stylometric exploration using the RStylo tool and analyzed a sample of original chapters from the Fantômas series as well as texts reputedly written individually by one or the other of the two authors. The results obtained do not support a clear division of labor, but rather show a collaboration that is not modular but more stratified, mixed, and fluctuating, where the four hands, or even more, are more intertwined than expected. Further analysis with a larger corpus covering different periods of the series will therefore be necessary to hope to shed light on the mystery.
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L’esprit de famille en littérature : le cas J.-H. Rosny
Vittorio Frigerio
p. 99–116
RésuméFR :
Joseph-Henri Rosny (l’aîné) et Séraphin-Justin-François Rosny (le jeune) produisent conjointement une série de soixante-sept romans entre 1886 et 1909, s’assurant une réputation enviable dans le Paris de l’entre-deux-siècles. Ils fréquentent le grenier des Goncourt et deviennent, l’un après l’autre, présidents de l’Académie. Suite à une dispute publique, leurs chemins se séparent. Nombre de doutes persistent sur leurs responsabilités individuelles dans l’oeuvre commun, que ne résout pas définitivement une « Convention » censée départager leur production, produite en 1935. Dans l’absence de témoignages directs sur les modalités de leur collaboration, cet article s’intéresse aux réactions de leurs pairs et de la presse à la nouvelle de leur divorce littéraire, ainsi qu’à la réception médiatique et critique de leurs premiers romans signés séparément. Le but est de tenter d’identifier, dans le contexte d’une production d’une étonnante variété générique, les lignes de force stylistiques et thématiques qui parcourent la production commune et leur infléchissement dans les oeuvres signées individuellement, pour formuler quelques hypothèses plausibles sur les mérites et les faiblesses respectifs des deux frères.
EN :
Joseph-Henri Rosny (the elder) and Séraphin-Justin-François Rosny (the younger) jointly produced a series of sixty-seven novels between 1886 and 1909, securing an enviable reputation in Paris during the turn of the century. They were regulars in the Goncourt “attic” and each, in turn, became President of the Académie. Following a public dispute, their paths diverged. Many doubts remain about their individual contributions to their joint work, which were not definitively resolved by a “Convention” drawn up in 1935 that was supposed to divide their production. In the absence of reliable direct testimony about the nature of their collaboration, this article focuses on the reactions of their peers and the press to the news of their literary divorce, as well as the media and critical reception of their first individually signed novels. The goal is to attempt to identify, within the context of a remarkably diverse body of work, the stylistic and thematic main thrusts that run through their joint production and how these shifted in their individual works, in order to suggest plausible hypotheses on the respective strengths and weaknesses of the two brothers.
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La diffusion de l’oeuvre des frères J.-H. Rosny dans La Voz entre 1920 et 1925
María del Mar Jiménez-Cervantes Arnao
p. 117–127
RésuméFR :
Cet article vise à analyser la réception de l’oeuvre des frères J.-H. Rosny pendant les cinq premières années de publication du journal espagnol La Voz, entre 1920 et 1925. Pour ce faire, nous avons recensé les titres étrangers publiés dans les sections consacrées aux feuilletons ainsi qu’aux récits courts, en vue d’établir la présence de ces auteurs en général mais aussi parmi les autres auteurs d’expression française. Les dates de publication du journal coïncident avec la période de publication individuelle des Rosny après la fin de leur travail d’écriture en collaboration, développée entre 1887 et 1908. Ce fait nous a conduit à chercher les textes source afin de vérifier si leur paternité a été correctement attribuée dans la traduction.
EN :
This article aims to analyze the reception of the works of the J.-H. Rosny brothers during the first five years of publication of the Spanish newspaper La Voz, between 1920 and 1925. To this end, we compiled foreign titles published in the sections dedicated to feuilletons and short stories, in order to assess the presence of these authors in general, and among other French-speaking writers in particular. The newspaper’s publication dates coincide with the individual literary activity of the Rosny brothers, following the end of their collaborative writing period, which lasted from 1887 to 1908. This fact led us to examine the source texts to verify whether authorship was accurately attributed in the translations.
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Nymphée (1893), de J.-H. Rosny, et le merveilleux scientifique : les débuts de la science-fiction moderne
Pedro Salvador Méndez Robles
p. 129–138
RésuméFR :
Sous le pseudonyme J.-H. Rosny, les frères belges Joseph-Henri-Honoré Boëx (Rosny aîné, 1856-1940) et Séraphin Justin-François Boëx (Rosny jeune, 1859-1948) écrivent en tandem de 1887 à 1908, jusqu’à leur rupture, provoquée par l’annonce, dans Le Journal, de la parution en feuilleton de Marthe Baraquin, accompagnée de la seule photographie de l’aîné. En pleine Belle Époque, leur écriture se situe au croisement de la science et de l’imagination, donnant naissance à ce que l’on appelait alors le “merveilleux scientifique”, précurseur de la science-fiction moderne. Les frères Rosny font ainsi le lien entre Jules Verne et H. G. Wells. La science-fiction rosnyenne se décline en récits préhistoriques, contemporains et d’anticipation qui racontent le devenir de l’humanité à l’aune du darwinisme. Nymphée est une nouvelle publiée en revue en 1893, puis en volume en 1909, qui illustre la veine contemporaine : en 1891, un jeune médecin-naturaliste, Robert Farville, accompagne une expédition dans la région de l’Amour, aux confins de la Russie et de la Chine, où il découvre des civilisations lacustres d’humanoïdes jusqu’alors inconnues. Dans cet article, nous analyserons comment ce récit d’aventures anticipe la science-fiction moderne, tout en portant un regard engagé sur des questions telles que la critique du colonialisme et l’esquisse d’un éco-récit où une société amphibie, communautaire et frugale vit en symbiose avec la nature.
EN :
Under the joint pen name J.-H. Rosny, the Belgian brothers Joseph-Henri-Honoré Boëx (Rosny Aîné, 1856–1940) and Séraphin Justin-François Boëx (Rosny Jeune, 1859–1948) wrote in tandem from 1887 to 1908, until their split, prompted by Le Journal’s announcement of the serial publication of Marthe Baraquin, accompanied by a photograph of the elder brother alone. In the heart of the Belle Époque, their writing stood at the crossroads of science and imagination, giving rise to what was then called the “scientific marvelous”, a precursor of modern science fiction. The Rosny brothers thus form the link between Jules Verne and H. G. Wells. Rosny’s science fiction takes the form of prehistoric, contemporary, and futuristic narratives that chart humanity’s fate through a Darwinian lens. Nymphée is a nouvelle first published in a journal in 1893 and then in book form in 1909; it exemplifies the contemporary strain: in 1891, a young physician-naturalist, Robert Farville, accompanies an expedition to the Amur region on the borders of Russia and China, where he discovers previously unknown lacustrine humanoid civilizations. In this article, we analyse how this adventure narrative anticipates modern science fiction while offering an engaged perspective on issues such as the critique of colonialism and the sketching of an eco-narrative in which a communal, frugal amphibian society lives in symbiosis with nature.
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Victor Margueritte et sa communauté d’écriture
Carme Figuerola
p. 139–151
RésuméFR :
Cette étude examine la communauté d’écriture constituée autour de Victor Margueritte, en intégrant la contribution de son frère Paul, de sa fille-nièce Lucie Paul-Margueritte, ainsi que de sa seconde épouse, Madeleine Acézat (alias Sylvestre Boix). À partir d’un corpus romanesque partagé – incluant Femmes nouvelles, Vanité, Prostituée, La Jeune fille mal élevée ou Toute nue – l’analyse met en évidence une cohérence thématique forte centrée sur la remise en question des normes sociales régissant le mariage, la sexualité féminine, la prostitution et les rapports de genre. Ces récits, souvent inscrits dans une veine naturaliste ou psychologique, dénoncent les hypocrisies bourgeoises et valorisent des figures féminines en quête d’autonomie affective, sociale et corporelle. En confrontant ces personnages à des figures masculines dominantes – banquiers, maris tyranniques, libertins –, les auteurs questionnent l’ordre patriarcal et esquissent la possibilité d’une masculinité alternative, incarnée notamment par la figure du médecin éclairé. Le rôle de la médecine, envisagée comme horizon moral et lieu d’émancipation, occupe ainsi une place centrale dans la poétique marguerittienne. Enfin, l’article aborde les limites méthodologiques de l’étude génétique appliquée à l’écriture à quatre mains, en soulignant l’opacité matérielle des manuscrits conservés. La communauté littéraire des Margueritte apparaît dès lors comme un espace original de création et de réflexion critique, où s’entrelacent les dimensions esthétiques, politiques et intimes d’une époque en mutation.
EN :
This study explores the literary community formed around Victor Margueritte, encompassing his brother Paul, his niece-daughter Lucie Paul-Margueritte, and his second wife, Madeleine Acézat (writing as Sylvestre Boix). Drawing on a shared corpus – Including Femmes nouvelles, Vanité, Prostituée, La Jeune fille mal élevée, and Toute nue – the analysis highlights a strong thematic coherence centered on questioning social norms governing marriage, female sexuality, prostitution, and gender relations. Often situated within naturalist or psychological narrative frameworks, these texts critique bourgeois hypocrisy and foreground female figures striving for emotional, social, and bodily autonomy. By opposing these women to dominant male figures – bankers, tyrannical husbands, libertines – the authors challenge patriarchal structures and introduce the possibility of alternative masculinities, notably embodied by the enlightened physician. Medicine, conceived as both a moral horizon and a space of emancipation, thus plays a pivotal role in the Marguerittes’ literary poetics. The article also addresses the methodological challenges of genetic criticism when applied to co-authored texts, emphasizing the material opacity of the surviving manuscripts. Ultimately, the Margueritte family’s literary collaboration constitutes a distinctive creative and critical space, where aesthetic, political, and intimate dimensions converge in response to a society undergoing profound transformation.
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Fordisme littéraire et écriture à quatre mains. Le cas Paul Kenny et le régime industriel de la littérature d’espionnage (1952-1981)
Matthieu Letourneux
p. 153–164
RésuméFR :
Cet article analyse le cas de Paul Kenny, pseudonyme collectif des écrivains belges Jean Libert et Gaston Vandenpanhuyse, pour explorer les logiques fordistes de la production littéraire populaire dans la seconde moitié du XXᵉ siècle. L’étude montre comment l’écriture à quatre mains, loin d’être un simple choix artistique, répond à une rationalisation du travail dictée par les contraintes éditoriales du Fleuve Noir, éditeur emblématique d’un régime industriel de production romanesque. À travers l’organisation minutieuse du travail, la standardisation des intrigues et la neutralisation partielle des styles individuels, Libert et Vandenpanhuyse ont instauré une véritable chaîne de fabrication du roman d’espionnage. Le personnage de Coplan, pivot diégétique de la série, incarne cette unité sérielle qui supplante la singularité auctoriale : on lit un Coplan plus qu’un Paul Kenny. Ce déplacement de l’auctorialité du côté du personnage et de la collection illustre la mutation du pacte de lecture populaire à l’ère fordiste, où la marque éditoriale et les logiques sérielles remplacent la figure de l’auteur. En conclusion, l’article propose une réflexion théorique sur la collaboration littéraire et la production sérielle comme formes emblématiques de la modernité industrielle de la culture populaire.
EN :
This article analyzes the case of Paul Kenny, the collective pseudonym of Belgian writers Jean Libert and Gaston Vandenpanhuyse, to explore the Fordist logics of popular literary production in the second half of the 20th century. The study shows how four-handed writing, far from being a simple artistic choice, responds to a rationalization of work dictated by the editorial constraints of Fleuve Noir, an emblematic publisher of an industrial regime of novel production. Through meticulous work organization, standardization of plots, and partial neutralization of individual styles, Libert and Vandenpanhuyse established a true assembly line for espionage novels. The character of Coplan, the diegetic pivot of the series, embodies this serial unity that supplants authorial singularity: one reads a Coplan more than a Paul Kenny. This shift of authorship towards the character and the collection illustrates the mutation of the popular reading contract in the Fordist era, where the editorial brand and serial logics replace the figure of the author. In conclusion, the article offers a theoretical reflection on literary collaboration and serial production as emblematic forms of the industrial modernity of popular culture.
L’écriture en collaboration sur le vif
Comptes rendus / Book Reviews
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Schandeler, Jean-Pierre, ed. D’Alembert : Itinéraires d’un savant du siècle
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Dumas, Alexandre. Création et rédemption. Édition de Julie Anselmini
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Sue, Eugène. Arthur. Journal d’un inconnu. Texte intégral publié par et avec une présentation de Jean-Pierre Galvan
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Dumas, Alexandre. Correspondance générale. Tome VII. Édition de Claude Schopp
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Gaudin, François. Genèse d’un esprit. Kardec avant Kardec
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Krueger, Cheryl. Perfume on the Page in Nineteenth-Century Paris
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Touya de Marenne, Éric. Penser la ruralité en Aquitaine. Saubusse (1930-2020)
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Oberhuber, Andrea. Faire oeuvre à deux : le Livre surréaliste au féminin
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Bourriaud, Nicolas. Inclusions. Esthétique du capitalocène
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Feyereisen, Justine. Renouer avec la terre extatique. Essai de sensopoétique chez J.M.G. Le Clézio
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Barrès, Maurice. Chronique de la Grande Guerre. Édition de Denis Pernot et Vital Rambaud
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Mole, Gary D. Voices of Pain, Cries of Silence. Francophone Jewish Poetry of the Shoah, 1939-2008
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Bastard, Joël. Les couvertures contemporaines suivi de Le principe souterrain