Dalhousie French Studies
Tous les articles de cette revue sont soumis à un processus d’évaluation par les pairs.
Revue d'études littéraires du Canada atlantique
Numéro 128, automne 2025 L’accès aux numéros courants de cette revue nécessite un abonnement. Nouvelles représentations de la nature dans la francophonie Sous la direction de Sophie Beaulé et Christina Brassard
Sommaire (24 articles)
Articles
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Nouvelles représentations de la nature dans la francophonie
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Énergies écoféministes chez Anaïs Barbeau-Lavalette
Élise Lepage
p. 7–16
RésuméFR :
Cet article propose une lecture de deux romans d’Anaïs Barbeau-Lavalette, Femme forêt (2021) et Femme fleuve (2022) à la lumière de théories écoféministes qui permettent de repenser tout un ensemble de relations, en dehors des présupposés épistémologiques binaires qui renvoient généralement dos à dos des concepts (esprit/corps, théorie/expérience, homme/femme, culture/nature, etc.) tout en dévalorisant et instrumentalisant l’un des termes. La pensée écoféministe invite au contraire à associer théorisation et pratique, et insiste sur les échanges, les flux et les influences qui s’effectuent entre les êtres, mais aussi entre la pensée et l’action. En faisant rayonner la polysémie du terme d’énergie, cet article analyse successivement les représentations du désir de savoir et du désir sexuel des narratrices, avant de s’attarder sur certains motifs spécifiques liés aux sensations. La main symbolise à la fois la douceur de la caresse et l’énergie de l’action, tandis que le piquant, sensation plurisensorielle, permet de décloisonner les différentes classes d’êtres vivants afin de mettre en valeur leurs capacités de régénération, d’hybridation et d’adaptabilité. En somme, cet article montre comment ces deux romans de Barbeau-Lavalette montrent de nouvelles façons d’envisager et d’imaginer les relations entre êtres vivants dans une perspective écoféministe.
EN :
This article offers a reading of two novels by Anaïs Barbeau-Lavalette, Femme forêt (2021) and Femme fleuve (2022), through the lens of ecofeminist theories. These theories invite us to reconsider a wide range of relationships by moving beyond binary epistemological frameworks that traditionally oppose concepts (mind/body, theory/experience, man/woman, culture/nature, etc.), while subordinating and instrumentalizing one term over the other. Ecofeminist thought, by contrast, seeks to interweave theory and practice, foregrounding the exchanges, flows, and reciprocal influences that connect beings, as well as thought and action. By foregrounding the polysemy of the term “energy,” this article first examines the narrators’ representations of both the desire for knowledge and sexual desire, before turning to specific motifs associated with sensation. The hand emerges as a dual symbol, evoking the tenderness of a caress alongside the force of action, while piquant—understood as a multisensory experience—disrupts boundaries between categories of living beings, emphasizing their shared capacities for regeneration, hybridization, and adaptability. On the whole, the article demonstrates how Barbeau-Lavalette’s two novels propose new ecofeminist ways of conceptualizing and imagining relationships among living beings.
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Espaces lisses ou espaces striés ? Le désert et la mer dans Les Hommes qui marchent et N’zid de Malika Mokeddem
Lynda Chouiten
p. 17–24
RésuméFR :
Deux espaces occupent une place de choix dans les romans de Malika Mokeddem : le désert (algérien), où elle a grandi, et la mer (Méditerranée). Cet article vise à examiner sa représentation de ces deux espaces, en s’inspirant du célèbre « Traité de Nomadologie » de Gilles Deleuze et Félix Guattari (1980). Alors que ces deux philosophes proposent une image idéalisée du nomadisme, qu’ils associent à la liberté, et du désert, qu’ils qualifient d’espace « lisse », c’est-à-dire, exempt de codifications et de hiérarchies, la vision mokeddemienne est plus nuancée : si elle brosse un portrait plein de tendresse pour les « hommes qui marchent » - ses ancêtres nomades – elle n’occulte pas pour autant les jougs qui entravent leur liberté et qui font de l’espace qu’ils traversent un espace « strié » (terme que Deleuze et Guattari opposent à « lisse ») : le joug colonial, tout d’abord, et celui, plus étouffant encore, des traditions sclérosées et particulièrement dures envers les femmes. Contrairement à cet espace oppressant, Mokeddem voit en la Méditerranée un symbole d’ouverture et de tolérance et un « Tiers-Espace » (selon le terme de Homi K. Bhabha) qui permet un heureux mélange des cultures.
EN :
Two spaces hold a central place in Malika Mokeddem’s novels: the (Algerian) desert, where she grew up, and the (Mediterranean) sea. This article seeks to examine her representation of these two spaces, drawing on Gilles Deleuze and Félix Guattari’s “Treatise on Nomadology” (1980). While these two philosophers propose an idealized image of nomadism, which they associate with freedom, and of the desert, which they describe as a “smooth” space— a space that is free from codifications and hierarchies—Mokeddem’s vision is more nuanced. Although she paints a tender portrait of “les hommes qui marchent” (the men who walk, as she calls her nomadic ancestors), she is alert to the yokes that hinder these people’s freedom and turn the space they traverse into a “striated” space (as opposed to “smooth”): the colonial yoke, to start with, and the even more stifling one of ossified traditions, which are particularly harsh towards women. In contrast to this oppressive space, Mokeddem views the Mediterranean as a symbol of openness and tolerance, and as a “Third Space” (to take up Homi K. Bhabha’s term) that enables a happy blending of cultures.
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Couleurs locales, corps féminins et espace îlien : l’inscription de la violence dans Le livre d’Emma de Marie-Célie Agnant et Pagli d’Ananda Devi
Marie Larose
p. 25–35
RésuméFR :
Cet article remet en question la légitimité et l’univocité des récits historiques en proposant une lecture des oeuvres Pagli (2007) d’Ananda Devi et Le Livre d’Emma (2001) de Marie-Célie Agnant. À travers une approche archipélagique, il analyse la manière dont ces deux écrivaines postcoloniales écrivent la mémoire, le trauma et la violence dans l’espace insulaire. L’île, conçue comme un palimpseste de l’Histoire, devient à la fois lieu de mémoire et site de souffrance, où s’incrustent les traces persistantes du passé colonial. L’analyse met en évidence l’usage symbolique des couleurs comme dispositif d’écriture de la violence et de la mémoire, soulignant ainsi comment ces autrices réinventent la représentation du lieu pour dire l’indicible des sociétés postcoloniales.
EN :
This article interrogates the legitimacy and univocity of historical narratives by offering a reading of Pagli (2007) by Ananda Devi and Le Livre d’Emma (2001) by Marie-Célie Agnant. Through an archipelagic approach, it analyzes how these two postcolonial writers inscribe memory, trauma, and violence within the island space. The island, conceived as a palimpsest of History, becomes both a lieu de mémoire and a site of suffering, where the persistent traces of the colonial past are revealed. The study highlights the symbolic use of color as a means of writing violence and memory, showing how these authors reinvent the representation of place to express the unspeakable realities of postcolonial societies.
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Comme une odeur de fruits un peu suris : écocide mortifère et espace écologique en changement dans le Fort-de-France de Chronique des sept misères (1986) de Patrick Chamoiseau
Léa Fougerolle
p. 37–45
RésuméFR :
L’écrivain et théoricien de la créolité Patrick Chamoiseau est célèbre pour avoir écrit des textes profondément inscrits dans les paysages de la Martinique et pour avoir proposé une écriture renouvelant la manière dont l’Île avait jusqu’alors été pensée et écrite au sein du champ littéraire francophone. Plusieurs des motifs présents dans son oeuvre se prêtent à une étude des liens entre les corps, l’environnement naturel et la crise écologique que nous traversons. En suivant le sillage odorant de l’écriture de Chronique des Sept Misères (1986), nous constaterons, à ce sujet, que les évocations olfactives au sein du roman ne se réduisent pas à de simples artifices baroques. Plutôt, nous discuterons de la façon dont l’auteur mobilise la culture olfactive martiniquaise afin de penser la complexité des rapports sociaux qui y sont à l’oeuvre (Perras et Wicky, 2017), et de servir finalement l’émergence d’une écriture nouvelle de la Créolité. À la suite de cette présentation, nous défendrons en outre l’idée selon laquelle une attention portée à l’écologie olfactive des écrits littéraires pourrait se rendre utile à une critique écologique globale, en inspirant de nouvelles façons de penser la sociologie et l’histoire de nos environnements aux côtés de la littérature.
EN :
The writer and theorist of Créolité, Patrick Chamoiseau, is widely recognized for works that are grounded in the landscapes of Martinique, and for developing a literary approach that reshaped how the island had long been imagined and represented within the Francophone canon. Several recurring motifs in his writing lend themselves to a study of the relationships among bodies, the natural world, and the ongoing ecological crisis. Tracing the fragrant trail of Chronique des Sept Misères (1986), I will argue that the novel’s olfactory evocations are far more than baroque embellishments in this context. Rather, I will show how Chamoiseau draws on Martinique’s olfactory culture as a way of grappling with the complexity of social relations at work on the Island (Perras and Wicky, 2017), while at the same time contributing to the emergence of a renewed poetics of Créolité. I will ultimately contend that a sustained attention to the olfactory ecology of literary texts could benefit ecocritical inquiry more broadly, and open up new ways of thinking about the sociology and history of our ecological environments through and alongside literature.
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Rupture ontologique et mémoire coloniale dans Les jours viennent et passent de Hemley Boum
Piguedinam Simgbe
p. 47–53
RésuméFR :
Cet article propose une relecture critique de Les jours viennent et passent (2019) de Hemley Boum à partir d’une réflexion sur la colonisation comme processus de reconfiguration ontologique du rapport au vivant. En mobilisant les apports de la pensée postcoloniale et de l’écologie décoloniale, notamment les travaux d’Achille Mbembe, il s’agit de montrer comment le roman met en scène non seulement une rupture historique, mais une transformation profonde des régimes de perception, de spiritualité et de subjectivation. À travers l’analyse de la narration de personnages tels que Bouissi et Awaya, le texte donne à voir l’effacement progressif d’une ontologie relationnelle du monde, fondée sur la continuité entre humains, non humains, vivants et morts, au profit d’un ordre colonial fondé sur la binarité, la domination et l’exploitation. Cette étude interroge enfin les impasses contemporaines issues de cette rupture, tout en soulignant les ambiguïtés et les potentialités d’une subjectivité postcoloniale marquée par l’hybridité.
EN :
This article offers a critical reinterpretation of Hemley Boum's Les jours viennent et passent (2019) based on a reflection on colonization as a process of ontological reconfiguration of the relationship with living beings. Drawing on postcolonial thought and decolonial ecology, particularly the work of Achille Mbembe, it aims to show how the novel depicts not only a historical rupture, but also a profound transformation of modes of perception, spirituality, and subjectivation. Through the analysis of the narration of characters such as Bouissi and Awaya, the text reveals the gradual erasure of a relational ontology of the world, based on continuity between humans, non-humans, the living and the dead, in favor of a colonial order based on binary oppositions, domination, and exploitation. Finally, this study examines the contemporary impasses resulting from this rupture, while highlighting the ambiguities and potentialities of a postcolonial subjectivity marked by hybridity.
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Les romans de Yamen Manai : du désenchantement politique et culturel à la crise écologique
Afef Arous-Brahim
p. 55–63
RésuméFR :
Cet article se propose d’étudier les romans de Yamen Manai en soulignant la manière dont ces récits articulent crise écologique et désenchantement politique et socioculturel de la Tunisie post-révolution. L’auteur tunisien montre que la dégradation de la nature reflète les échecs institutionnels et les traumatismes individuels et collectifs. Manai dénonce les violences politiques et sociales et propose un imaginaire littéraire qui panse le lien entre humains et non-humains et le réenchante : la nature et les animaux y incarnent un rapport empathique avec l’humain fondé sur l’éthique du care et sur la réciprocité.
EN :
This article aims to study Yamen Manai's novels by emphasizing the way that these narratives articulate the global ecological crisis with the political and socioeconomic disenchantment of post-revolutionary Tunisia. The Tunisian author shows how the degradation of nature reflects institutional failures and individual and collective traumatisms. Manai denounces political and social violence and proposes a literary vision that dresses and treats the wounded link between humans and non-humans, thereby reenchanting the connection: here, nature and animals incarnate an empathic relationship with the human, one founded in the ethics of care and in reciprocity.
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Biocentrisme et lisibilité sémiotique du roman africain francophone. Une analyse éco-sémiotique de l’Amas ardent de Yamen Manai
Paul Kana Nguetse
p. 65–75
RésuméFR :
L’Amas ardent de Yamen Manaï se donne à lire comme une réfutation du chauvinisme humain, un plaidoyer pour l’égalité biologique et une propédeutique à l’éthique biocentriste. Ce roman met en lumière l’harmonie homme-abeille et montre que cet insecte pollinisateur, comme l’ensemble des êtres vivants, mérite une considération morale directe. C’est ainsi que son personnage apiculteur, en véritable ascète, traite avec dignité ses abeilles et promeut, in fine, l’égalité biologique entre les composantes de la nature. À l’aune des approches écocritique et sémiotique, l’actuelle réflexion montre que, par cette poétique modelée par le biocentrisme, le romancier sensibilise l’homme sur l’anthropocentrisme excessif et l’invite à traiter d’autres êtres vivants en tant que des centres de vie téléologique.
EN :
Yaman Manaï's novel L'amas ardent may be read as a refutation of human chauvinism, a plea for biological equality and the propaedeutics for an ethical biocentrism. This work brings to light human-bee harmony and shows that the pollenizing instinct, like all living beings, deserves direct moral consideration. This is how Manaï's beekeeper character, like a true ascete, works with his bees and promotes, in fine, biological equality amongst nature's component parts. In the light of ecocritical and semiological approaches, this reflection shows that, through his poetics shaped by biocentrism, the novelist makes the human being sensitive to excessive anthropomorphism and invites humanity to treat other living beings as teleological centres of life.
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Représentation de la nature et écoféminisme dans Femme Forêt d’Anaïs Barbeau-Lavalette
Gina Abi Karam
p. 77–83
RésuméFR :
Cet article analyse la représentation de la nature et les fondements de la pensée écoféministe dans Femme Forêt (2021) d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Il montre comment la nature y dépasse le statut de simple décor pour devenir un véritable protagoniste du récit, structurant à la fois l’expérience intime de la narratrice et sa réflexion sur le vivant. L’autrice célèbre la beauté de la nature tout en mettant en lumière sa violence inhérente, inscrite dans le cycle de la vie et de la mort. L’étude s’attarde également sur la notion d’enracinement, comprise comme une quête identitaire et existentielle, nourrie par l’appartenance au territoire, à la mémoire et au vivant. En s’appuyant sur les théories écoféministes, l’article met en évidence le lien étroit entre le corps féminin, la maternité et la nature, ainsi que la remise en question de l’anthropocentrisme et du rapport de domination de l’humain sur son environnement. Femme Forêt propose ainsi une vision subversive de la nature, conçue comme espace de refuge, de liberté et de reconnexion à soi et au monde.
EN :
This article examines the representation of nature and the ecofeminist dimension in Anaïs Barbeau-Lavalette’s Femme Forêt (2021). It argues that nature is no longer a mere setting but becomes a central protagonist that shapes both the narrator’s intimate experience and her worldview. The novel celebrates the beauty of the natural world while also exposing its inherent violence, closely linked to the cycles of life and death. The study further explores the concept of rootedness as an existential and identity-driven quest grounded in place, memory, and belonging to the living world. Drawing on ecofeminist theories the article highlights the deep connections between the female body, motherhood, and nature, while challenging anthropocentric perspectives and humanity’s desire to dominate the environment. Ultimately, Femme Forêt offers a subversive vision of nature as a space of refuge, freedom, and self-reconnection, calling for a renewed and ethical relationship between humans and the living world.
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« Si on veut survivre, il faut changer d’espèce » : chant d’humain à une baleine égarée que nous n’entendons plus
Enzo Giacomazzi
p. 85–94
RésuméFR :
Montréal, mai 2020. Alors que le monde est confiné et que le Québec devient l’épicentre canadien de la pandémie, Montréal connaît une hausse des contaminations. À cette crise sanitaire s’ajoute l’apparition d’un mammifère dans les eaux du Saint-Laurent, qui suscite fascination et inquiétude. Ce contexte constitue le point de départ de L’amoure looks something like you d’Éric Noël (2022). Une voix s’adresse à la baleine, nommée James, et retrace son parcours, tandis que les paroles de Kate Bush traversent la pièce comme un chant destiné à retenir son attention. « Les baleines entendent nos cris comme on entend les leurs. Elles entendent nos chants aussi. Est-ce qu’on entend encore les leurs ? », interroge la voix Cette question est explorée à travers une langue qui décentre le regard et fait de l’animal un symbole de notre époque. Si l’adresse semble destinée à la baleine, elle exprime également une urgence climatique, politique et sociale. De Greta Thunberg au mouvement Black Lives Matter, la voix solitaire formule un appel à l’amour·e et à la consolation. À partir de la dramaturgie de la pièce, nous analyserons les enjeux de cette (nouvelle ?) langue, portée par la nécessité de se faire entendre et par le désir d’exister hors des cadres.
EN :
Montreal, May 2020. As the world goes into lockdown and Quebec becomes the Canadian epicentre of the pandemic, Montreal sees a rise in infections. To this health crisis is added the appearance of a mammal in the waters of the St. Lawrence River, which sparks both fascination and concern. This context forms the starting point of Éric Noël’s L’amoure looks something like you (2022). A voice addresses the whale, named James, and retraces its journey, while Kate Bush’s lyrics run through the play like a song meant to hold its attention. “Whales hear our cries the way we hear theirs. They hear our songs too. Do we still hear theirs?” the voice asks. This question is explored through a language that shifts perspective and turns the animal into a symbol of our time. While the address seems directed at the whale, it also expresses a climatic, political, and social urgency. From Greta Thunberg to the Black Lives Matter movement, the solitary voice calls for love and consolation. Drawing on the play’s dramaturgy, we will analyse the stakes of this (new?) language, driven by the need to be heard and by the desire to exist outside established frameworks.
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Futurité Queer entre l’humain et le non-humain dans L’avenir de Catherine Leroux
Christina Brassard
p. 95–105
RésuméFR :
Cet article propose une lecture de L’avenir (2020) de Catherine Leroux à travers le prisme de la futurité queer et de l’écologie queer. En s’appuyant sur les travaux de José Esteban Muñoz, Nicole Seymour et Malcom Ferdinand, l’analyse met en lumière la manière dont Leroux repense les rapports entre humain et non-humain, entre communauté et environnement, dans un monde marqué par le déclin urbain et la crise écologique. Par le biais d’une poétique de la porosité et du vivant, le roman brouille les frontières entre nature et culture, enfance et humanité, réalisme et surnaturel. Il explore la possibilité d’un vivre-ensemble fondé sur la cohabitation plutôt que sur la filiation, où la réparation du monde passe par des alliances inattendues entre les êtres humains et non humains. Sans s’y inscrire pleinement, L’avenir entretient des affinités avec les fictions spéculatives queers au Québec : il ouvre un espace d’imagination critique où la littérature devient un lieu d’expérimentation éthique et relationnelle.
EN :
This article examines Catherine Leroux’s L’avenir (2020) through the lens of queer futurity and queer ecology. Drawing on the works of José Esteban Muñoz, Nicole Seymour, and Malcom Ferdinand, it highlights how Leroux reimagines the relationships between humans and non-humans, community and environment, within a world shaped by urban decline and ecological crisis. Through a poetics of porosity and vitality, the novel blurs the boundaries between nature and culture, childhood and humanity, realism and the supernatural. It explores the possibility of coexistence rather than filiation, where the repair of the world emerges through unexpected alliances between human and non-human life. While not fully belonging to this corpus, L’avenir resonates with the broader field of queer speculative fiction in Quebec, opening a space of critical imagination where literature becomes a site of ethical and relational experimentation.
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La rencontre d’une femme et d’un ours : autour du « baiser » de Croire aux fauves
Joëlle Papillon
p. 107–116
RésuméFR :
Dans Croire aux fauves (2019), le récit qu’elle fait d’un face-à-face violent avec un ours brun en Sibérie, Nastassja Martin considère à quel point cette expérience a transformé son sens de soi. Cet article identifie des points de convergence et de divergence avec d’autres histoires de rencontres avec des ours, souvent présentées sous un angle sexuel ou romantique lorsqu’il était question de femmes, ou sous l’angle d’un combat héroïque et meurtrier dans le cas des hommes. Ne trouvant pas sa place dans une organisation binaire du monde, la narratrice de Martin s’aventure hors des attentes de genre et se réinvente au contact de l’ours qui l’a « embrassée », suscitant un questionnement sur la traversée des frontières corporelles et psychiques – mais aussi des frontières entre les espèces.
EN :
In her personal account of a violent face-to-face with a brown bear in Siberia, Nastassja Martin reflects on how this experience has transformed her sense of self. This analysis of Croire aux fauves (2019) explores how it connects to stories of encounters between humans and bears that have often been framed either as sexual or romantic when it came to women, or as heroic and deadly battles when it came to men. The article stresses that Martin’s narrator goes off-script when it comes to gendered expectations, and reinvents herself as a consequence of the shattering of her bodily and psychological boundaries – as well as of the boundaries between species.
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Nanabozo, initiation et métamorphose dans Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné
Sophie Beaulé
p. 117–125
RésuméFR :
Le lièvre d’Amérique (2020) de Mireille Gagné connaît dès sa sortie un succès important des deux côtés de l’Atlantique. La richesse de cette fable animalière repose en partie sur une affinité avec la figure du lièvre Nanabozo, le trickster que l’on retrouve sous diverses formes dans les mythologies autochtones et de nombreuses cultures. Cet être surnaturel polymorphe et transgresseur de l’ordre se manifeste aux humains afin, entre autres, de leur enseigner des principes et de leur indiquer leurs erreurs. Nanabozo convie l’héroïne du récit à entrer dans un devenir-animal libérateur. D’abord déguisé en adolescent, il appelle la communauté à changer sa vision du monde environnant ; puis, sous la forme d’une thérapie génique, il incite la protagoniste à délaisser le discours capitaliste et anthropocentriste. Voilà la morale de la fable : il faut écouter le trickster pour que « les frontières tombent » entre les êtres vivants et que « le temps se répare » en retrouvant un équilibre en soi et avec le monde.
EN :
Le lièvre d’Amérique (The Snowshoe Hare) (2020) by Mireille Gagné received important recognition on both sides of the Atlantic soon after its release. The richness of this animal fable has partly to do with its affinity to the Nanabozo figure, the trickster found in the mythologies of numerous cultures. Polymorphous and a transgressor of the rules, the trickster presents itself to humans to teach them lessons or to show them their faults. In the novel, Nanabozo invites the protagonist to enter a liberating becoming-animal state. First disguised as a teenager, Nanabozo calls on the community to change its vision of the environment. Then, through a genetic treatment, he incites the protagonist to abandon capitalistic and anthropocentric ideology. Here is the fable’s moral: one must listen to the trickster so that, by finding a balance within ourselves and between us and the surrounding world, the “borders fall” between living beings and one can find peace.
Varia
Comptes rendus / Book Reviews
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Dumas, Alexandre. Correspondance générale. Tome VIII. Édition de Claude Schopp
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Côté. Sébastien (dir.). La Nouvelle-France sur les planches parisiennes. Anthologie (1720-1786)
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Leclair, Yves. Le parchemin enluminé
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Roberge, Martine et Catherine Lemay. Fred Pellerin : Un artiste entre conte et humour
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Bradette, Marie-Ève. Langue(s) en portage – Résurgence littéraire et langagière dans les littératures autochtones féminines
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Valazza, Nicolas. Le Livre enflammé. Fictions et poétique de l’autodafé
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Brassard, Denise. Avec ou sans kiki
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Bazgan, Nicoleta. Parisiennes: City Women in French Cinema
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Monnier, Jean-Jacques. Histoire de la centralisation française. Tome 1 Un millénaire de pouvoir vertical ; Tome 2 : Le jacobinisme : une addiction française 1815-2025
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Alyn, Marc. Forêts domaniales de la mémoire