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LEMELIN, Claude et Jean-Claude MARION, Le Canada français et le Tiers-Monde. Cahiers des Sciences Sociales de l’Université d’Ottawa, no 1, 1963. 81 p.[Notice]

  • Norbert Lacoste, ptre

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  • Norbert Lacoste, ptre
    Professeur agrégé, Département de Sociologie, Université de Montréal

C'est toujours avec plaisir que nous assistons à la naissance d'une nouvelle collection. U faut féliciter la faculté des Sciences sociales de l'Université d'Ottawa de son initiative. Cette brochure sans prétention nous fait part d'un travail imparfait mais qui a la franchise de se reconnaître comme tel. Néanmoins, il a l'avantage de porter à l'attention de nombreux lecteurs des observations qu'on laisse malheureusement ailleurs dormir dans les bibliothèques de faculté.

Le modèle est simple : sonder l'opinion des Canadiens français sur l'aide aux pays sous-développés. La méthode est bien conçue et le questionnaire est plein d'intérêt. Cependant on aurait aimé voir un nombre plus considérable de réponses, car 18.3% de réponses est insuffisant.

Ce qui frappe le lecteur en parcourant le résultat de cette enquête c'est la simplicité des opinions qui se fondent sur des attitudes d'ordre affectif et une grande ignorance des faits. Cette attitude intuitive est plus généralisée dans les domaines non immédiatement vérifiables comme celui-ci. On dit des Canadiens français: ils n'ont pas de pensée politique, ils n'ont que des sentiments. Ces sentiments, s'ils peuvent être bien orientés, ils sont encore fixés au stade pré-logique. L'enquête est donc révélatrice d'une situation de sous-développement de la conscience civique et particulièrement au niveau international. Le Canada français est un peu la banlieue du monde occidental avec tout ce que cela comporte à la fois de quiétude et d'isolement. Faut-il s'étonner dans cette perspective que Claude Lemelin et Jean-Claude Marion aient trouvé qu'un cinquième de la population urbaine et près du tiers de la population rurale n'aient pas pu nommer un seul pays sous-développé recevant l'aide du Canada. Il faut dire que le ministère des affaires extérieures canadien n'a pas su conserver autant qu'il aurait dû le faire des jeunes Canadiens d'expression française à cause, semble-t-il, du caractère presque exclusivement anglais de ce service fédéral. Or nous savons par les travaux psycho-sociologiques sur les problèmes d'opinion que c'est à travers les proches que l'opinion publique se forme. Si les Canadiens français n'ont avec le Tiers-Monde que les contacts via les missionnaires, on comprend que la connaissance soit généreuse mais incomplète.

Département de Sociologie, NORBERT LACOSTE, ptre,

Université de Montréal. Professeur agrégé