À propos de Quelques arpents d’Amérique de Gérard Bouchard[Notice]

  • Christian Dessureault,
  • Thomas Wien et
  • Gérard Bouchard

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  • Christian Dessureault
    Département d'histoire, Université de Montréal

  • Thomas Wien
    Département d'histoire, Université de Montréal

  • Gérard Bouchard
    IREP, Université du Québec à Chicoutimi

Le Comité de rédaction a souhaité ce débat et il en a fixé les règles. Christian Dessureault et Thomas Wien ont été invités à préparer une note critique d'environ une douzaine de pages et Gérard Bouchard a accepté de répondre à cette critique dans un texte de même longueur. Il était aussi convenu que les premiers avaient ensuite un droit de réplique de une ou deux pages, tandis que le dernier mot était laissé à l'auteur. Nous remercions sincèrement les trois historiens pour cette stimulante contribution.

Le Comité de rédaction

NOTE CRITIQUE

Gérard Bouchard, Quelques arpents d'Amérique

Population, économie, famille au Saguenay 1838-1971

Montréal, Boréal, 1996, 635 p.

CHRISTIAN DESSUREAULT THOMAS WIEN

Parmi les historiens québécois, Gérard Bouchard occupe une place à part. C'est celui qui s'adonne le plus aux plaisirs de la modélisation, celui qui affiche le goût le plus marqué pour l'hypothèse explicite, celui enfin qui fait voyager le plus loin son regard comparatif. Se distinguant aussi au chapitre de l'organisation du travail, il s'est lancé presque à corps perdu dans la recherche "industrielle", enchaînant les

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RHAF, vol. 50, n° 3, hiver 1997

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REVUE D'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE FRANÇAISE

projets et multipliant équipes et banques de données. Bref, G. Bouchard est l'historien du Québec qui, dans sa façon de penser comme dans celle de travailler, a intégré le plus résolument l'approche des sciences sociales. Et parmi les disciplines qu'il fréquente, c'est la sociologie qui, pour le meilleur ou pour le pire, joue le rôle de première confidente de l'histoire.

Intéressant à titre d'invitation au voyage aux confins de la discipline, le livre paru en mai dernier ne l'est pas moins en tant que rendez-vous différé. Multipliant les sujets d'enquête tout en répondant, sans doute, aux exigences particulières de la recherche subventionnée, G. Bouchard a émis, seul ou en collaboration, un véritable barrage de communications et d'articles, remettant à plus tard la synthèse. La voici. Même sans l'étude socioculturelle réservée pour un ouvrage ultérieur, Quelques arpents d'Amérique est un livre consistant, comme il s'en écrit - ou du moins, s'en publie - peu de nos jours. Permettant de faire le point sur vingt ans de recherches en dix-neuf chapitres, le livre est pourtant plus qu'un recueil de rapports d'étape. S'il reprend à peu près tels quels cinq articles publiés antérieurement, d'autres sont enrichis de données nouvelles et de nuances (c'est le cas, notamment, de ceux portant sur la reproduction familiale). Enfin, plusieurs chapitres sont inédits. C'est donc un ouvrage cohérent, à l'argumentation cumulative et, comme toujours, au style élégant, que présente G. Bouchard. En même temps, malgré les ajustements survenus au fil des ans au gré des découvertes et des commentaires de la critique, l'ouvrage reste fidèle aux postulats initiaux. Aussi cette histoire d'une colonisation fait-elle apparaître en filigrane l'histoire, tout aussi passionnante, d'une réflexion de longue haleine.

L'ouvrage comprend quatre grandes parties. La première passe en revue les étapes du peuplement à partir de 1838 avant de tracer les contours de l'économie saguenayenne et de ses rapports avec l'économie englobante. Suit l'étude de la reproduction sociale dans un contexte de peuplement, au coeur à la fois du livre et du propos de G. Bouchard. Dans la troisième partie, l'auteur prend du recul, cherchant des points de repère d'abord dans le comportement des familles ouvrières et ensuite dans l'historiographie française et nord-américaine. La dernière partie nous ramène au Saguenay ...