Résumés
Résumé
Les différences dans le découpage des champs historiographiques français et québécois autorisent des approches fructueuses, comme veut le montrer cette étude de cas au sujet de la guerre d’Espagne. L’objet de cet article n’est pas d’étudier une fois de plus le contenu des discours mais les usages d’une référence, en l’occurrence ceux que Le Devoir fait de la presse française à cette occasion. Plusieurs procédés d’emprunts et de sélection sont observables, ainsi que des silences et des non-dits ; la presse française d’extrême droite, de droite et catholique est utilisée dans un contexte d’énonciation local, car la guerre d’Espagne sert ici aussi de révélateur.
Abstract
Differences in the French and Quebec historiographic perspectives allow for fruitful approaches, as this case study about the Spanish Civil War intends to demonstrate. The purpose of this article is not to study the content of the discourses once more, but rather the various uses made of a reference — i.e. how Le Devoir used and referred to the French press at the time. It is possible to observe several borrowing and selection devices, as well as silences and unspoken comments ; the French press (from the far right, from the right, as well as Catholic papers) was used in a local context, for the Spanish Civil War was also instructive on this level.
Corps de l’article
Dans l’historiographie québécoise, le thème de la guerre d’Espagne occupe peu de place en tant que tel 1. Il est présent au sein de thématiques plus vastes comme l’histoire de la gauche, politique ou syndicale 2, des mesures prises contre elle 3, de ses principaux acteurs 4 ou l’histoire de la presse 5. J’ai à plusieurs occasions signalé cet « angle mort historiographique » dans lequel se situe, entre autres, le thème de la guerre d’Espagne et cette remarque est confirmée par une thèse récente où l’auteure diagnostique un « rendez-vous raté avec la mémoire collective ». Le sujet de la guerre d’Espagne est « recouvert du rideau mythique de la Grande Noirceur, donc destiné à l’oubli » selon Caroline Désy, qui signale aussi la quasi-absence de la guerre d’Espagne dans l’histoire politique québécoise, malgré l’existence d’ouvrages sur les années 1930 6.
L’historiographie contemporaine est en effet silencieuse ou gênée par ce sujet : même si les travaux récents ont montré que le clivage profranquiste/prorépublicain ne recouvre pas systématiquement le clivage francophone/anglophone 7, force est de constater que les élites intellectuelles nationalistes de l’époque et leur presse, qui ont parfois été rétroactivement érigées en référence, furent profranquistes. Cela est particulièrement bien illustré dans le cas du journal nationaliste Le Devoir. Dans les trois ouvrages qui lui ont été consacrés, l’épisode de la guerre d’Espagne est absent ou évité dans les chapitres traitant de « l’international 8 ». Dans ce cas, interviennent bien sûr des découpages thématiques propres à l’historiographie québécoise (impérialisme, défense de la nationalité canadienne-française, clivages linguistiques et religieux), mais aussi, je pense, un silence révélateur sur des épisodes et des personnages désormais peu glorieux à remémorer 9.
Henri Bourassa a fondé le quotidien en 1910, il en est le directeur jusqu’à sa démission en août 1932 et reste pour une petite dizaine d’années brouillé avec son journal, n’y republiant des articles qu’en 1938 après l’avoir qualifié de « feuille nationaliste 10 ». Après la crise de la condamnation de l’Action française de Maurras et de la Sentinelle 11, Le Devoir, sous la direction d’Héroux et de Pelletier, « entre sur les sentiers cahoteux de l’intolérance et du repli sur soi 12 ». Cette démission de Bourassa renforce en effet la tendance droitière au sein du journal, où s’exprime davantage désormais un nationalisme groulxiste 13. Les études de presse ont montré que ce journal fait partie durant la guerre d’Espagne des plus ardents partisans de Franco et de la « croisade » contre le communisme ; le traitement des principaux épisodes de la guerre est révélateur de cet engagement 14.
L’objet de cette étude n’est pas d’analyser des positions du Devoir, qui sont claires et connues, mais de préciser et d’affiner l’analyse par l’étude des références à la presse française. Charpentier, Gareau et Désy signalent à l’occasion que le journal emprunte des articles et des analyses à la presse française, et j’ai voulu porter mon attention sur ces emprunts et leur utilisation. Il s’agit ici d’étudier les aspects, les modalités et les usages d’une importation d’un champ culturel à l’autre, les procédés d’emprunt et de sélection 15. J’ai donc relevé les différents types de référence à la presse française afin de faire apparaître l’utilisation sélective, les chronologies des emprunts, mais aussi les retouches, les contrepoids et les silences. Il ne s’agit pas ici d’étudier le contenu des articles ni la rhétorique du discours sur la guerre d’Espagne, mais de mesurer les usages de la référence faite à la presse française. Cette importation de référence a en effet un sens, que ce soit pour capter le prestige établi d’un journal ou l’autorité d’un auteur, mais aussi taire certains faits ou répondre à d’autres arguments. J’ai choisi d’étudier de cette manière le cas du Devoir, car je savais pouvoir y trouver assez de matière mais il n’est pas seul dans le débat. La guerre d’Espagne a donné lieu au Québec également à une « bataille de papier » entre les différents journaux.
Dans un article paru en 1999, je m’étais intéressée au cas d’André Laurendeau, à son attitude durant la guerre d’Espagne, mais aussi indirectement à certaines caractéristiques de l’historiographie qui apparaissaient à ce propos : surinterprétation, téléologie et usage contemporain du passé 16. L’analyse du Devoir se situe dans la continuité de cette étude : Laurendeau faisait référence à son expérience française et à ses lectures, insérant la guerre d’Espagne dans des enjeux locaux. La guerre d’Espagne est ici aussi conçue comme un outil d’analyse, un révélateur d’attitudes. L’équipe du Devoir se sert de la presse française afin de conforter des positions et non de les élaborer. L’usage de la guerre d’Espagne est à des fins locales : il s’agit de répondre à la presse prorépublicaine, de défendre une idéologie que le choc espagnol risque de mettre à mal, de conforter le lectorat et de consolider sa position au sein du nationalisme.
La forme de la référence a son importance et le journal joue subtilement avec le différentiel de valeur entre un article et une dépêche, par exemple pour faire passer son message. Usage intensif, sélectif, valorisé, minoré, silences et absences permettent de cerner autrement que par l’analyse du contenu la position du journal et confirment l’orientation droitière du journal après le départ de Bourassa 17.
Les références fascisante et maurrassienne : de l’enthousiasme à la prudence
Le tableau détaillé montre que le premier article français sur la guerre d’Espagne repris par Le Devoir (8 août 1936) est tiré de Je suis partout ; c’est de plus le premier article analytique car, du 21 juillet au 7 août, Le Devoir ne rend compte du conflit que par des dépêches. Dans son ouvrage, Marc Charpentier signalait que Le Devoir publiait des « atrocity stories, most of which emanated from La Croix, Je suis partout and other Catholic-oriented French papers 18 » ; précisons que Je suis partout n’est pas un journal catholique, mais appartient à l’extrême droite maurrassienne et prend une orientation fasciste et antisémite à partir de 1936.
Ce premier article de plus de trois colonnes est de René Richard, qui reste longtemps le spécialiste du monde ibérique à Je suis partout, animé d’une véritable phobie du communisme dès le début des années 1930 19 ; il relate les origines du conflit. Les lecteurs du Devoir purent y lire que « la patrie était défigurée et trahie, ruinée et salie par une bande d’aventuriers à la solde de l’étranger ». René Richard se félicite qu’un « complot libérateur » ait été organisé et présente l’interprétation qui domina chez les putschistes 20 : l’assassinat de Calvo Sotelo le 12 juillet a suscité une telle indignation populaire que la révolte a éclaté spontanément. Selon lui, la république était déjà « dans la gueule du loup communiste » et une victoire du Frente popular sur les insurgés signifierait l’installation d’un régime soviétique 21.
Le deuxième article d’analyse, le samedi suivant, est aussi issu de Je suis partout.Le Devoir a retenu de l’original la description de la situation militaire, non les implications diplomatiques ou les réactions en France, l’utilisant ainsi comme une source d’information « objective ». René Richard — qui désigne les belligérants par les termes « blancs » et « rouges 22 » — insiste sur l’aspect spontané de la révolte : « puisqu’elle n’était pas un coup d’État militaire, mais une révolution nationale, l’insurrection d’Espagne devait révéler […] son véritable caractère : il s’agit bien d’une guerre civile ». Le Devoir a choisi d’arrêter la reprise de l’article par cette phrase : « C’est une course de vitesse entre le transport de l’armée d’Afrique et l’assistance étrangère aux troupes républicaines qui décidera de la victoire, du sort de l’Espagne et de la sécurité européenne en face du communisme de Moscou 23. »
Du troisième article de Richard, Le Devoir retient le paragraphe central, qui porte sur la transformation du Frente popular en gouvernement révolutionnaire soviétisé : il soumet à ses lecteurs la vision catastrophiste de la Catalogne « rouge de sang », des banques « pratiquement soviétisées », de Madrid où des demeures sont saisies, les industries et commerces nationalisés, les rentes diminuées et signale l’indignation de Miguel de Unamuno devant « l’orgie crapuleuse de la tyrannie révolutionnaire 24 ».
Le 26 août 1936, Le Devoir ne reprend que le début de l’article de René Richard, qui résume la situation militaire : passage sur le continent de l’armée du Maroc grâce aux avions allemands et italiens et supériorité militaire des nationaux (« Madrid [n’ayant] pu armer que la lie de ses faubourgs »), qui ont rétabli la situation en se préparant à faire leur jonction. Le Devoir a jugé inutile de reprendre la fin de l’article sur les « flots de sang » qui coulent dans le camp des « rouges », cela étant manifestement à cette date déjà établi pour ses lecteurs, mais surtout il évite les derniers paragraphes. Richard y met en avant l’unité de l’Espagne et condamne les concessions de Madrid à l’autonomie des provinces 25 ; Le Devoir trie soigneusement la référence et l’on comprend aisément pourquoi la « coupe » est faite sur ce sujet.
Enfin, dans la reprise du 3 septembre, le dernier paragraphe souligne les divergences entre les groupes combattants et rappelle les « précédents illustres. Les Jacobins ont anéanti les Girondins et Lénine n’a pas hésité un instant à faire fusiller tous ses anciens alliés anarchistes 26. » Le Devoir semble avoir en effet pioché dans Je suis partout cette assimilation Révolution française/bolchevisme, qui est de son point de vue particulièrement pertinente dans le contexte québécois des années 1930 27.
Cet usage de Je suis partout est particulièrement révélateur : le journal d’extrême droite fournit en effet les premières analyses sur la guerre d’Espagne, les responsables du Devoir n’utilisant pas un journal catholique ; très longs, les articles de Je suis partout ne sont pas reproduits in extenso, mais les extraits occupent la position de référence dans la partie gauche de la page. Ce réflexe d’utilisation signifie aussi que Je suis partout est une référence bien intégrée. Sept articles de Je suis partout représentent le tiers (sur 22) des articles repris de la presse française en 1936 ; ils se situent dans les premières semaines de la guerre (8 août-17 septembre) et constituent la moitié des articles de ces semaines. Héroux et Pelletier utilisent cette source pour s’opposer aux interprétations de la presse libérale, francophone ou anglophone, et pour soutenir la thèse du pronunciamiento préventif contre une révolution bolchevique programmée 28. Jusqu’à la mi-septembre, Je suis partout constitue la principale source d’analyse de la guerre en provenance de la France ; à cette date les sources se diversifient et la référence à Je suis partout disparaît (il n’est plus réutilisé que pour des témoignages). Le Devoir continue cependant de reproduire des articles de ses collaborateurs comme celui de Pierre Villette 29 dans le Journal de Rouen 30, de Marcel Chaminade 31 dans L’Éclair de Montpellier 32.
Le Devoir utilise à l’occasion des journaux fascisants pour étayer ses positions a contrario. En 1936, deux témoignages en provenance de Candide et Gringoire sont cités ; cette référence est utilisée avec des précautions 33, alors que ce type de remarque n’a pas été faite pour les articles de Je suis partout, présenté à la première occurrence comme « un journal de Paris » ; il est pourtant de même nature que Candide et Gringoire. Le témoignage de Candide a été retenu, car il fait un parallèle avec la Terreur révolutionnaire, présente le portrait d’un anarchiste « matacuras » (tueur de curés) et appréhende le triomphe des brutes anarchistes, « ce ne serait même pas “l’ordre” marxiste ». Celui de Gringoire a été retenu parce qu’il cite La Dépêche de Toulouse, journal radical anticlérical 34. Mais Le Devoir se sert aussi de cette presse pour conforter directement son opinion : le 22 septembre 1936, les collages d’extraits du conservateur Écho de Paris et de Gringoire dans « Choses d’Espagne » visent à présenter la Phalange sous un jour favorable aux lecteurs et font écho à des préoccupations locales (opposition au capitalisme qui engendre la misère, réconciliation de l’employé et de l’employeur dans un État corporatif, renforcement de la petite propriété etc.) 35.
Les responsables du Devoir n’ont pas hésité à publier un article de L’Action française de Maurras, mais la référence est prudemment tue, car le journal est à l’Index depuis la condamnation de 1926, et ils n’ont pas envie de donner prise à de nouvelles attaques 36. L’article reproduit est de Pierre Héricourt, correspondant de L’Action française à Perpignan depuis fin août 1936 ; il y présente la victoire des nationaux comme certaine, car c’est la lutte de la civilisation contre la barbarie, et fait référence à la célèbre distinction de Maurras sur le pays légal (les Fronts populaires) et le pays réel (les deux peuples français et espagnol) 37.
Le Devoir utilise aussi la maurrassienne Revue universelle qui publie une interview de Franco expliquant les raisons du movimiento. Le Devoir isole dans sa reprise le paragraphe où Franco nie toute aide matérielle des pays fascistes et souligne que les étrangers volontaires se sont intégrés dans la Légion (qui existait avant et n’est donc pas une création comme les Brigades internationales) 38. Cela vise à répondre aux arguments de la presse prorépublicaine, mais aussi à atténuer certaines affirmations contenues dans les articles d’Alcide Ebray (cf. infra), pourtant peu suspect de « gauchisme ».
Il faut aussi ajouter un article de René Johannet, une des grandes figures du nationalisme intégral maurrassien, qui clôt l’analyse de la guerre d’Espagne ; le vocabulaire de la Croisade est conservé (« reconquista ») et il s’efforce de démontrer que l’Espagne n’a rien cédé, « ni hypothèques territoriales, ni hypothèques économiques », en particulier à l’Allemagne 39.
Les articles se font un peu plus rares à partir de fin septembre 1936 (17 articles à cette date sur 22 de 1936 40), le socle des arguments et des topoi est déjà bien établi. Les suivants visent à apporter des précisions d’ordre historique : sur les débuts du Frente popular (régime pourri dès ses origines), sur le rôle de l’ambassadeur de Moscou à Madrid dans la formation du gouvernement Caballero 41 et sur le carlisme. Ce dernier article est intéressant par sa provenance : Le Nouvelliste de Lyon. Il a pour auteur Antoine Lestra 42, une vieille connaissance d’Omer Héroux (séjour à Paris à l’automne 1908) et de Lionel Groulx (séjour en France en 1921-1922). Héroux et Lestra sont restés en contact au moins jusqu’à la Première Guerre mondiale et le contact s’est rompu sans doute avec la crise de la condamnation de l’AF 43, car dans une lettre de 1934, Lestra, qui vient d’arriver à Lyon, souhaite reprendre la tradition d’échange des journaux : Héroux lui faisait parvenir Le Devoir. Dans ce même courrier, Lestra indique qu’il envoie des numéros du Nouvelliste 44 ; deux ans plus tard, le contact semble donc être maintenu avec l’équipe du Devoir.
L’article de Lestra retrace l’histoire des carlistes depuis 1830, propre à éveiller la sympathie des lecteurs du Devoir : ils ont survécu plus d’un siècle, « par l’attachement sans défaillance à la religion catholique ». « Maître chez lui, fort de ses libertés », le peuple carliste « n’a jamais connu l’école laïque, aucun des faux dogmes révolutionnaires n’a mordu ». Lestra fait de la guerre contre le communisme la troisième grande lutte des chevaliers espagnols, après les Sarrasins et les Turcs 45, ce qui correspond bien à la vision de la « Croisade » adoptée par Le Devoir. Le Nouvelliste de Lyon est utilisé une deuxième fois en mai 1938 pour reproduire un autre article de Lestra sur la destruction des oeuvres d’art : il s’agit à ce moment de trouver des arguments à opposer au bombardement des villes ouvertes par les franquistes et de rappeler la filiation idéologique du Frente popular avec la Révolution française 46.
La référence conservatrice et catholique : tri et omissions
Le Devoir utilise également la presse de droite, plus ou moins liée au catholicisme conservateur, principalement L’Écho de Paris et Le Figaro (cf. tableau 3-Synthèse).
Le Devoir reprend d’abord du Figaro les articles de Wladimir d’Ormesson (5 sur 6 en 1936 et 1937, cf. tableau 1-Détail). Ils servent à insister sur l’aspect « guerre de civilisation » contre le communisme 47 et sont repris au complet, même s’ils contiennent des assertions contrariant le schéma établi par Le Devoir : par exemple, lorsque d’Ormesson, en bon Français soucieux de l’Allemagne, affirme que « pas un instant nous ne discutons le fait que l’Allemagne et l’Italie ont envoyé des renforts importants au général Franco ; que, par là même, la cause nationale espagnole est en partie dans la main des Allemands et des Italiens 48. » Le Figaro est utilisé une deuxième fois en 1937 pour un article de Mauriac hostile à Malraux 49, il sert de caution prestigieuse pour discréditer Malraux, invité au Canada début avril pour plusieurs conférences 50. La référence au Figaro réapparaît en mai 1938, pour trois articles de son directeur Lucien Romier. Le Devoir cherche alors à montrer (l’année 1937 a vu le Vatican condamner le communisme, mais aussi le paganisme nazi) que l’Espagne franquiste, bien que nécessaire dictature, sera d’un autre type, à cause de son « tempérament », des traditions et des coutumes régionales et des nécessités de la reconstruction 51. Le peuple espagnol « sombre, solitaire, mystique, chevaleresque » n’imitera pas un modèle venu de l’étranger 52. La référence au Figaro est en revanche soigneusement évitée au printemps 1937 et début 1938 à cause de la question basque : Le Devoir évite la reprise directe des articles de Mauriac et évoque l’action des « catholiques de gauche » à travers des dépêches (cf. infra), garantissant pour son lectorat et pour lui-même une saine distance vis-à-vis de ces « rouges catholiques ».
L’Écho de Paris et La Croix sont surtout utilisés pour des témoignages (cf. tableau 3-Synthèse), dont presque tous datent de l’année 1936. La relation entre les massacres de religieux, les profanations (exposition des corps de religieuses) et le communisme est l’objectif des montages de témoignages ; il faut dire que le lectorat du Devoir est déjà acquis à l’anticommunisme et le journal est ici dans son rôle 53. Durant l’été 1936, comme dans beaucoup d’autres journaux, sont rapportés des témoignages évoquant le sadisme des rouges, destinés à frapper l’imagination et à susciter l’indignation. Le 26 août 1936, la page 6 est presque entièrement consacrée aux « Choses d’Espagne » (6 colonnes sur 8), avec un collage de quatre extraits ou reprises totales de La Croix pour les témoignages et un article de Je suis partout pour l’analyse. À la fin de septembre 1936, la prise d’Irún est relatée avec trois articles de Paul Thiriet de L’Écho de Paris décrivant les ruines, dénonçant les tueries et les exécutions d’otages. À ce moment, la position du Devoir est fixée plus clairement : on voit apparaître des articles montrant la supériorité militaire des nationaux (9 septembre) ou faisant l’éloge de Franco, de la Phalange et de l’Espagne nationale (9, 22 et 25 septembre). L’Écho de Paris, La Croix et Le Figaro sont aussi utilisés pour insister sur la faiblesse du gouvernement, otage des anarchistes et de la CNT, aux intentions crapuleuses et non politiques 54.
L’utilisation de ces journaux révèle un tri sélectif et des silences éloquents. Le Figaro du 18 août 1936 est utilisé (reprise du 31 août), mais l’article de Mauriac qui s’y trouve — « Badajoz », dénonçant l’extermination de l’adversaire par les nationalistes — est ignoré. Dans La Croix, Le Devoir choisit ses références : le journal catholique sert aux témoignages des horreurs subies par les catholiques 55, non à analyser la situation sur le fond. Le Devoir choisit de reproduire le 12 septembre l’article de l’ancien rédacteur en chef remplacé par Pie XI (Jean Guiraud, « La révolution par le fer, le feu, le sang 56 ») et ignore une référence pourtant prestigieuse comme François Veuillot qui a publié dans La Croix du 27 août « Le règne de la violence et la loi d’amour 57 ».
Parmi les journaux catholiques, outre La Croix, on ne trouve que deux références mineures 58 à La vie catholique, journal d’inspiration silloniste, fondé par Francisque Gay en 1924 et devenu après 1926 un organe de lutte contre l’influence de l’AF. Organe de la FNC, La France catholique n’est utilisée qu’une fois pour un article anticommuniste du général de Castelnau 59. Sept n’est cité qu’à trois reprises durant tout le conflit, uniquement en 1936 (deux témoignages et un article). Cette référence est en effet beaucoup trop « à gauche » pour les nationalistes du Devoir 60. L’apparition de cette référence le 4 septembre 1936 provient, je pense, d’André Laurendeau. Il est à Paris depuis septembre 1935 et dans les lettres qu’il envoie à son père ou à Lionel Groulx, il mentionne Sept comme le journal reflétant le mieux sa position (en particulier les numéros des 7 et 21 août 1936). Le numéro du 21 août comprend sur l’Espagne, 1) l’éditorial sur « Le droit à l’insurrection » — qui conclut à l’illégitimité pratique de ce droit —, 2) un témoignage d’A. de Montabert, 3) un article d’un professeur d’une université catholique et 4) la publication intégrale du fameux article de Mauriac du Figaro du 18 août : « Badajoz 61 ». Selon toute apparence, ces numéros ont été joints à un courrier à son père et ont circulé dans le réseau nationaliste ; mais Le Devoir du 4 septembre 1936 ne reprend que ce qui le conforte le plus, c’est-à-dire le témoignage de Montabert sur la dérive anarchiste, taisant le brûlot de Mauriac et les analyses de fond plus nuancées de l’hebdomadaire catholique.
Gareau signalait dans sa maîtrise, en 1992, la présence continuelle d’Alcide Ebray dans Le Devoir des années 1920 aux années 1940 : une place importante est accordée à ses articles, qui sont toujours publiés en première page. Alcide Ebray est un ancien diplomate, il a été consul général de France à New York, puis à La Paz. Un article de Charles Maurras dans L’Action française laisse penser qu’il a démissionné en 1907 après le traité d’Algésiras, qu’il a jugé être une humiliation de la France face à l’Allemagne 62. Auteur, en 1910, d’un ouvrage intitulé La France qui meurt, il collabore à la revue maurrassienne Revue critique des idées et des livres, fondée en 1908. C’est une vieille connaissance d’Henri Bourassa, qui recommande à Georges Pelletier en 1930 de continuer à publier ses lettres dans Le Devoir ; dans les années 1930, il est installé à Genève, où Pelletier lui rend visite lors de son séjour en Europe à l’automne 1937 63. Pendant la durée de la guerre d’Espagne, Ebray rédige huit articles d’analyse (cf. tableau 1-Détail et tableau 3-Synthèse).
Le premier article est publié le 19 août 1936 ; après ceux de Je suis partout, la position exprimée est plus nuancée et contient des analyses moins univoques. Il signale en effet que la guerre « a été déclenchée par des éléments en partie étrangers à la nation » et se livre à une intéressante typologie des appellations des belligérants : « gouvernementaux et rebelles » au début du soulèvement, « nationaux » dans la presse française modérée et de droite et couramment désormais « rouges et blancs », terminologie qu’il emploie lui-même. Il rend compte enfin des premières réactions internationales et des violences anticléricales qui ont débuté dès juillet 64.
Bien que représentant de la droite traditionaliste, il présente des analyses assez équilibrées, sur un ton explicatif, pour un public qui est éloigné des pays d’Europe ; ses articles sont publiés dans le sens d’un « avis d’expert ». Dans sa deuxième « Lettre d’Europe » il signale la destruction du tiers de Madrid par les bombardements blancs, selon un rapport parlementaire britannique, et évoque l’intervention des Italiens et des Allemands. Il oppose les deux gouvernements, dont l’un est régulier, exerce les fonctions régaliennes, et l’autre entraîné toujours plus à gauche ; il est donc peu probable que même si la guerre se termine, ce dernier puisse faire marche arrière. Il faut donc selon lui souhaiter la victoire de Franco, même si un doute subsiste sur la nature du futur régime, monarchie ou dictature militaire 65. Il aborde de nouveau le thème de la nature du futur régime dans sa troisième lettre : l’Espagne franquiste pourrait être une monarchie, mais pas parlementaire, une monarchie à l’italienne, avec Franco dans le rôle de Mussolini. Il dénonce le risque de séparatisme catalan du côté des rouges, Companys s’étant récemment proclamé « président de la République de Catalogne 66 ». La lettre du 21 juin 1937 explique rapidement le paradoxe basque à cause de l’attachement à l’autonomie, mais ne prend pas parti ; elle insiste sur la présence d’étrangers en affirmant que les Italiens sont les plus nombreux et présente le nouveau gouvernement du socialiste Negrín : il ne semble pas songer à limiter l’anticléricalisme 67. Les lettres suivantes reprennent cette inquiétude géopolitique : les rouges ont raison de dénoncer la présence allemande et surtout italienne, le risque est grand pour la France, qui se retrouve à la fin de la guerre lorsque la victoire est manifeste, à devoir faire une cour de dernière minute à Franco 68. Enfin, Ebray confirme aux lecteurs du Devoir les doutes sur l’assouplissement du gouvernement Negrín envers l’Église, surtout après la Lettre collective de l’épiscopat et présente le pouvoir franquiste comme un pouvoir de type fasciste (pas de partis ni de Parlement, un Conseil national, un « Caudillo ») 69.
En provenance d’un analyste de droite, soucieux des intérêts géopolitiques de la France, ces lettres nuancent la ligne adoptée par Le Devoir, mais comme, selon le journal, la menace de guerre vient des rouges et que le Front populaire refuse l’entente avec Franco, cet argumentaire d’Ebray s’insère dans sa ligne directrice.
Les documents et les dépêches : autorité et minoration
J’ai classé dans cette rubrique la reproduction de prises de position sur le conflit espagnol, de quelque provenance et de quelque forme que ce soit (article de journal, discours à la radio, lettre pastorale etc.), partielle ou intégrale (cf. tableau 2-Documents). Conformément à ses habitudes et à son lectorat, Le Devoir se réfère à la presse catholique pour les questions de religion : la plupart des documents publiés dans leur intégralité sont des prises de position de l’Église, provenant de Rome ou d’Espagne. Viennent ensuite des documents exposant les positions franquistes 70 et des décrets officiels concernant l’Église ; une troisième catégorie peut être identifiée : les dépêches-extraits, forme sous laquelle Le Devoir publie les positions critiques de Mauriac et des « catholiques de gauche » à propos des Basques.
Au début de la guerre, l’Église ne condamne pas le gouvernement légal : malgré l’insuffisance puis l’absence de réponses aux protestations du Saint-Siège (été 1936), la nonciature demeure ouverte et a une existence officieuse jusqu’au début de 1938. En outre, à cette date ont lieu des négociations entre le gouvernement Negrín et le Vatican par l’intermédiaire du ministre basque Irujo et d’un responsable de l’Union démocratique de Catalogne (Josep Maria Trias). Ces négociations sont suspendues en février 1938, au moment de la percée des franquistes à Vinaroz. La période qui suit le pronunciamiento s’inscrit par ailleurs dans une chronologie plus longue, marquée par le régalisme de l’État, que les franquistes reprennent à leur compte 71. Le Devoir prend clairement parti pour les franquistes dès le début de la guerre, comme on l’a vu avec l’utilisation des articles de Je suis partout, adoptant une position beaucoup moins nuancée que celle de la hiérarchie catholique.
Les documents reflètent dans ce domaine une stratégie discursive du Devoir depuis sa fondation : le recours à l’argument d’autorité, en particulier avec le procédé de la reproduction intégrale. Dans ce cas, la lettre des évêques de Vitoria et Pampelune est particulièrement utile dans le contexte québécois 72. La deuxième reproduction intégrale est celle du discours de Pie XI aux réfugiés espagnols du 14 septembre 1936, de portée plus vaste que la seule guerre d’Espagne, mais les paragraphes sur la situation espagnole ne peuvent que confirmer ce que Le Devoir a déjà présenté à ses lecteurs depuis des semaines : le pape y évoque les massacres et les destructions « comme dans une grande vision apocalyptique » et, même si c’est au conditionnel, évoque une « satanique préparation », cautionnant ainsi pour les lecteurs du Devoir la thèse du movimiento contre celle du pronunciamiento 73. Cinq jours plus tard, la lettre pastorale de l’archevêque de Montréal publiée par le journal fait la preuve par l’Espagne de la nocivité du communisme, à laquelle la province n’échappe pas car le ver est dans le fruit 74.
La séquence qui comprend la présentation de la Lettre collective de l’épiscopat espagnol du 1er juillet 1937 est particulièrement révélatrice de cette attitude de cautionnement par l’autorité. Le Devoir en publie des extraits commentés en août, elle fait l’objet d’un éditorial le 19 août, elle est publiée sur des pleines pages dans son intégralité les 28, 30 et 31 août, avant que les services de librairie du journal ne l’éditent en brochure en septembre. On peut constater à cette occasion que Le Devoir fait partie des journaux les plus radicaux puisqu’au Vatican, L’Osservatore romano n’en publie qu’un résumé et que cette Lettre collective ne paraît pas dans les Acta Apostolicae Sedis 75.
Cette séquence est complétée par les lettres de Mgr Gomá y Tomás, cardinal archevêque de Tolède 76 : Le Devoir publie plusieurs textes et déclarations, dont la lettre du 23 novembre 1936 qui appelle à reconnaître l’esprit de croisade et précède une tournée en Europe 77 ; il reproduit in extenso la lettre ouverte de Gomá au président basque Aguirre 78. Suivent une lettre au cardinal Villeneuve 79, à Paul Claudel 80 et surtout deux lettres adressées à Mgr Gomá y Tomás. Elles sont reprises de La Croix : l’une est du cardinal Verdier et l’autre de l’archevêque de Westminster Mgr Hinsley. Ici l’argument d’autorité se combine avec la captation de la référence anglicane pour l’usage local. Les deux lettres commencent en effet par des mentions classiques sur le service rendu aux nations et la lutte de civilisation, mais la lettre de l’archevêque anglican précise que « malheureusement, notre presse a accepté avec trop d’empressement la propagande bien payée des rouges » et que la lettre collective « désillera [sic] les yeux de quelques écrivains qui, dans certaines publications catholiques, se sont montrés aveugles envers les intérêts sacrés qui sont en jeu 81 ». On comprend dès lors tout l’intérêt qu’a Le Devoir à reproduire ce document.
Jusqu’aux derniers mois de la guerre, Le Devoir publie les lettres pastorales du cardinal Gomá, notamment celle où, devenu délégué pontifical à l’armée nationaliste, il approuve la célébration du « Jour de la Croisade » lors de la fête de l’Immaculée-Conception (le 8 décembre), car « le “Jour de la croisade” est le jour de ceux qui, les armes à la main, combattent en Espagne et dans l’univers tout entier contre le communisme athée 82 ». En revanche, Le Devoir ne publie plus rien de Mgr Gomá lorsque celui-ci manifeste son inquiétude, qui est celle de la papauté, envers le régime franquiste début 1939, dans un contexte de relations tendues 83. La Croix du 14 mars 1939 publie un résumé de la lettre pastorale de février 1939 Catolicismo y patria, malgré une actualité chargée ; Le Devoir, qui continue à publier de temps en temps des articles sur l’Espagne, n’y fait pas écho : peut-être la réprobation du « nationalisme exagéré » par le cardinal lui rappelle-t-elle de mauvais souvenirs…
Le Devoir publie en revanche la déclaration de l’évêque de Gérone affirmant que l’Église n’a eu aucune participation au soulèvement, mais qu’elle a été attaquée et calomniée. « Entre l’Église et le gouvernement du général Franco, à part la gratitude qu’une victime innocente éprouve envers son généreux défenseur, il n’existe aucune autre relation 84. » L’Église soutient Franco pour la défense de sa liberté et la grandeur du pays, en tout état de cause, elle défendrait ses droits contre un État totalitaire 85. Le Devoir cherche ainsi à désamorcer les critiques, au moment où les problèmes s’accumulent en Allemagne et en ex-Autriche, le régime de Franco ne pouvant être assimilé à une dictature païenne dénoncée par Mit brennender Sorge.
Après la référence à l’autorité catholique, Le Devoir, à travers les documents comme précédemment à travers les articles, se fait l’écho des franquistes : à partir d’avril 1938, il utilise une publication franquiste pour diffuser les propos rassurants de Franco 86. Le journal publie même un document envoyé par les services de propagande franquiste, qui se flattent de célébrer la messe à la radio pour les habitants pratiquants des « zones rouges 87 » ainsi que deux décrets de Burgos 88. Les publications franquistes parisiennes sont utilisées en 1938 pour livrer les propos de Franco et apporter des démentis sur la marche de la guerre. Les articles reproduits par Le Devoir les 9 août et 23 décembre 1938 en sont de bons exemples : Franco y insiste sur la légitimité du movimiento, sa popularité, son attachement à l’histoire et aux morts, et souhaite le faire savoir aux Américains.
Le traitement différentiel de l’information peut également se mesurer lors des événements de Guernica et de la réaction qui s’ensuit. Le seul article de Mauriac publié par Le Devoir est celui du 11 février 1937 (dans Le Figaro, hostile à Malraux) ; ensuite, lorsque Mauriac prend position sur la question basque, il n’est évoqué que par dépêches interposées (4 en 1937 et 1938) — ce qui vise bien sûr à minorer la référence à Mauriac, qui peut difficilement être évitée. Le manifeste de début mai 1937, « Pour le peuple basque », n’est donc pas publié, mais évoqué dans des dépêches. De la même manière, sont annoncées sous forme de dépêches les initiatives des catholiques français (cf. tableau 1-Détail) : le Comité pour la paix civile et religieuse et sa revue (juin 1937 et janvier 1938), la dénonciation du bombardement des villes ouvertes de Catalogne (mars 1938) et l’engagement de La Croix pour une paix de médiation (novembre 1938). Toutes ces informations ne sont pas suivies d’articles d’analyse les commentant, encore moins les approuvant ; elles sont présentées de manière « brute » au lecteur : comme je l’ai déjà signalé à propos d’André Laurendeau, le journal est à ce moment « coincé » et ne peut pas éviter d’évoquer ces références catholiques, alors que la gauche québécoise le fait 89.
Essais, critiques et conférences : caution et discrédit (cf. tableau 4-Essais & Conférences)
Sur les onze essais référencés par Le Devoir, neuf sont profranquistes, deux sont critiques ou modérés. L’ouvrage de Victor Montserrat, préfacé par Mauriac, sur le drame basque n’a droit qu’à une dépêche-extrait, non au moment de sa sortie, mais lors de sa réédition un an après. La mention des Grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos se fait attendre jusqu’en septembre 1938 et, peu de temps après, une conférence de Bernard Faÿ le discrédite. Cette économie contraste bien sûr avec la publicité qui est faite aux oeuvres profranquistes qui sont presque toutes mentionnées (rapidement après leur parution) « disponible au service librairie », bénéficient au moins d’une mention dans un encart et d’une critique (frères Tharaud, Estelrich, de Poncins) ou de nombreux encarts sans critique (Bardoux, Gal Duval). Les auteurs de ces ouvrages appartiennent à la droite nationaliste, ou en sont sympathisants, comme les frères Tharaud 90 (qui s’étaient rendus en Espagne sous Primo de Rivera), Pierre Héricourt, Jacques Bardoux 91, Léon de Poncins 92. Leurs essais visent à justifier les franquistes par le rappel de la persécution religieuse de l’été 1936 et la dénonciation du « complot communiste » dans l’Espagne républicaine, toutes choses dont le lecteur du Devoir est déjà convaincu. En règle générale, le journal reproduit les textes de présentation des éditeurs ou de courtes critiques parues dans les journaux français déjà utilisés. Mais à l’occasion, ces critiques d’ouvrages peuvent servir de langage indirect, de contre-feu aux critiques qui ont pu émerger : la critique de l’ouvrage d’Estelrich insiste sur les erreurs des catholiques français qui ont « jeté le trouble dans les consciences 93 ». L’ouvrage de Léon de Poncins bénéficie d’une longue critique reprise du Jour, où Marcel Espiau félicite l’auteur d’avoir analysé le complot rouge, « des gens ont pu en France […] par probité du coeur — s’indigner de certaines sévérités de la guerre franquiste », à la lecture de l’ouvrage, ils « comprendront alors cette atmosphère de croisade 94 ».
L’ouvrage de Pierre Héricourt — présenté comme « un écrivain français […] ancien officier […] qui a fait un assez long séjour en Espagne » — se voit réserver un traitement de faveur : Le Devoir reproduit l’avant-propos au complet sous un titre objectivant (« Vue générale de la guerre d’Espagne ») et un commentaire (« on lira, avec grand intérêt »). Il s’agit du deuxième ouvrage d’Héricourt sur l’Espagne, après Pourquoi Franco vaincra ?, publié chez le même éditeur en 1936 95. Le Devoir a jugé cette publication utile car Héricourt insiste sur l’héroïsme des nationaux, qui ont selon lui lutté contre un camp rouge surarmé par Moscou, alors qu’il minimise l’aide italienne et surtout allemande : « Les divisions de soldats allemands, ça n’a jamais existé que dans l’imagination. » L’intérêt de cette reprise, outre la proximité idéologique, est de montrer le réemploi d’arguments de nationalistes d’extrême droite français antigermaniques dans le contexte local québécois : insister sur le danger allemand redevient cohérent après Mit brennender Sorge, d’autant plus que c’est l’irresponsable gouvernement du Front populaire qui risque de pousser Franco dans les bras d’Hitler, et de le détourner de « sa soeur d’épreuve en terre marocaine […] la nation latine, la patrie de saint Louis ». On retrouve ici des thèmes récurrents, aisément transposables et utilisables, chers aux dirigeants du Devoir, celui de la latinité, déjà évoqué 96, mais aussi celui de la prééminence du « pays réel » (la France éternelle) sur le « pays légal » (le gouvernement de Front populaire) 97.
La critique des Grands cimetières sous la lune est faite par Julia Richer le 24 septembre 1938 : elle s’y montre très prudente et déplore le ton, les exagérations et les longueurs ; la portée de l’ouvrage (trahison de l’idéal et perversion de l’Église) est minimisée et généralisée, réduite à « il montre du doigt les mensonges et les illusions de la civilisation contemporaine ». De tout l’ouvrage, c’est la citation du « charnier » au début de la deuxième partie qui est reproduite 98, qui renvoie tous les combattants dos à dos. Julia Richer associe enfin à cette critique de Bernanos la citation d’un article de Mauriac 99, mais le contexte d’énonciation est trop prudent pour faire de cet usage de Mauriac une position affirmée.
Enfin, les conférenciers venus au Québec fournissent aussi des éléments de démonstration : qu’ils soient désapprouvés comme la délégation des républicains en octobre 1936 ou Malraux en avril 1937 — déjà étudiés — ou approuvés comme les conférenciers profranquistes. Le Devoir oppose en effet ses propres cautions à celles de la presse prorépublicaine ; on trouve ainsi des comptes rendus de plusieurs personnalités : Louis Bertrand (juillet 1937), une Américaine (Jane Anderson, octobre 1937), Bernard Faÿ (novembre 1937 et octobre 1938), un Espagnol (José de Pedroso, février-mars 1938), le père Gustave Sauvé o.m.i. (conférence et film, janvier-février 1939) et le juge Édouard Fabre-Surveyer (février 1939).
Le premier Français, l’académicien Louis Bertrand 100, ne fait pas à proprement parler une conférence sur l’Espagne, mais l’article d’Alfred Ayotte, relatant une aimable conversation sur la route de Trois-Rivières à Montréal, met en valeur son jugement sur l’Espagne. Il n’occupe qu’un paragraphe, mais Le Devoir en fait un titre, renforcé par un sous-titre 101.
Le second intellectuel français vient d’une autre institution réputée dans l’entre-deux-guerres (le Collège de France 102) et Le Devoir reproduit ses deux conférences. Gareau avait évoqué dans sa maîtrise (page 122 dans la note 70) « un conférencier qui insiste sur la juiverie » : Bernard Faÿ est en effet un intellectuel d’AF, antisémite et acharné antimaçon 103. Le Devoir donne un grand écho à ses propos en en faisant un compte rendu sur deux colonnes, et en annonçant le lendemain ses conférences à Québec (cf. tableau 4-Essais & Conférences). Le Devoir indique que Bernard Faÿ a parlé « devant trois cents convives » (dont Mgr Olivier Maurault p.s.s., le consul général de France et Jean Bruchési), donnant « ses impressions d’un récent voyage en Espagne ». Outre le calme, Faÿ insiste sur le retour à la vie religieuse dans l’Espagne nationaliste, la « terrible explosion espagnole » pouvant fournir les bases d’une « renaissance européenne ». Après quelques anecdotes, Faÿ trace le portrait d’un Franco débonnaire, pieux et modeste, entouré de sa famille ; « ni chef politique, ni dictateur », seul le destin, en faisant mourir les autres leaders potentiels, l’a choisi 104. Le 27 octobre 1938, Le Devoir annonce une nouvelle conférence de Faÿ devant les « Amis de l’Espagne nationale » : il est présenté désormais comme « un ami intime du général Franco ». Sa conférence est résumée le lendemain : là encore, titre et sous-titre — particulièrement détaillés — sont révélateurs et l’ouvrage de Bernanos a droit à une mention spéciale, qui discrédite la critique déjà tiède de Julia Richer 105. Le lectorat du Devoir est confirmé dans ses schémas de pensée : « la maçonnerie est la cause ultime de la guerre d’Espagne », la maçonnerie « c’est-à-dire la juiverie » ; Franco « supérieur à Salazar », fait naître « un nouvel État chrétien espagnol » et « ne s’en va pas vers le totalitarisme mais vers un État fort, normal ». La caution de Faÿ est aussi utilisée pour réfuter la presse anglo-saxonne, car le conférencier déplore qu’elle soit mal informée ou en retard, et pour glorifier la magnanimité de Franco à l’égard de la France. À l’occasion des questions après la conférence, Faÿ « déplume » Bernanos : il a failli causer la faillite du Figaro, il manque d’équilibre intellectuel et Les grands cimetières sous la lune sont « un livre d’infamie » contre lequel les évêques espagnols ont protesté.
Dans son étude, Caroline Désy avait mis en valeur un certain nombre de procédés rhétoriques du « discours dominant ». On pourrait encore en faire apparaître : dramatisation ou « neutralisation », insertion de sous-titres, mise en scène et découpages… Ici, « l’argumentation, extrêmement saturée, repose sur des évidences, des lieux communs, des notions socialement admises 106 » pour ce qui est du discours exprimé, car les silences, les omissions, les délais et les types de références sont ici encore une fois très signifiants. En tant que grille de lecture, la guerre d’Espagne permet de confirmer l’évidence de l’anticommunisme, qui conditionne une bonne part des analyses du Devoir, mais au-delà, l’usage qui est fait de la presse française fait apparaître d’autres analyses. Le Devoir utilise sélectivement la référence à la presse spécifiquement catholique, qui sert aux témoignages, et se réfère dans un premier temps aux analyses de la presse de droite et de l’extrême droite fascisante. De même, l’argument d’autorité est étayé avec les publications mais, Le Devoir prenant dès le début une position plus radicale que celle de l’Église, tout se passe comme si le journal ajustait ses prises de position ou faisait parfois marche arrière.
Cette sélection porte aussi sur l’utilisation différentielle très subtile qui est faite des journaux : peu d’analyses issues de La Croix, D’Ormesson sélectionné dans Le Figaro, articles de Je suis partout mis en exergue, « presse de Pie XI » quasiment ignorée… Le Devoir utilise la référence française pour conforter sa ligne directrice : Mauriac est utilisé contre Malraux, mais cette référence est minorée après Guernica, les auteurs de la droite et de l’extrême droite fournissent les arguments anticommunistes dans un contexte de radicalisation des années 1930.
À la différence de Laurendeau, troublé durant son séjour en France sur cette question d’Espagne 107, les positions des responsables du Devoir restent radicalement profranquistes, elles se situent du côté de la « Croisade » ; les analyses affinées avec l’usage de la référence française confirment clairement le tournant droitier du Devoir des années 1930. Héroux et Pelletier n’ont pas les états d’âmes de Laurendeau ou de La Relève, pour laquelle la guerre d’Espagne est « un cas de conscience, pas un engagement politique 108 ». Ces positions font partie des plus dures et se classent sans ambiguïté à l’extrême droite. La guerre d’Espagne y est manichéenne, parfaitement incluse dans le schéma de la grande lutte contre le communisme athée, qui s’insère dans le contexte local (loi du cadenas, action de la hiérarchie, formation d’un « Front populaire » canadien…). S’opère ici, je pense, le même type de transmutation et de détournement qu’évoque Pierre Laborie pour la France, la guerre d’Espagne servant de miroir des dissensions internes. Dans le cas analysé ici, elle remplit une fonction probatoire, une fonction de légitimation, voire d’anticipation fantasmée 109.
Il serait peu prudent d’extrapoler des analyses plus globales à propos d’un exemple si ténu de microstoria : Le Devoir n’est qu’un des acteurs de ce débat espagnol et il utilise la presse française, sans s’inscrire entièrement dans le même cadre. Le contexte d’énonciation des arguments, des tris sélectifs opérés, des retards et des silences est ici local. L’usage de la référence à la presse française doit à mon avis se comprendre ainsi, par une approche qui vise à « étudier l’emprunteur plutôt que le fournisseur de doctrine 110 ». Par cet angle d’analyse, j’ai souhaité suggérer une méthode différente pour aborder les débats de l’entre-deux-guerres. L’outil « guerre d’Espagne » permet de préciser certains points (anticommunisme, usage polémique, réaffirmation de thèmes fondamentaux du nationalisme), mais aussi de faire apparaître la fascination que continue d’exercer — dans un contexte plus favorable que lors de la condamnation de 1926 — la droite nationaliste française, qui offre un stock d’arguments dans lequel piocher. En 1928, Bourassa avait en quelque sorte « gagné » la lutte d’influence qui l’opposait au groupe de l’Action française 111, mais en ce milieu des années 1930, la résurgence s’est faite avec la fondation de la Ligue d’action nationale et de la revue du même nom, le lien avec les Jeune Canada, etc. Le contexte des années 1930 est favorable, car le thème dominant de l’anticommunisme est cette fois conforté par l’encyclique de 1937, le nationalisme condamné en 1926 peut être réhabilité. Le cas de la guerre d’Espagne montre que pour l’équipe du Devoir en place à ce moment, une page a en quelque sorte été tournée, et — en ce qui concerne la référence française — elle revient à ses premières amours.
Tableau 1
La guerre d’Espagne, Le Devoir et la presse française (Sauf indication, reprise totale par Le Devoir)
Tableau 2
Documents publiés par Le Devoir
Tableau 3
Articles des journaux français repris par Le Devoir
Tableau 4
Essais et conférences pro-franquistes référencés par Le Devoir
(en gras : essais ou ouvrages modérés ou anti-franquistes; exception)
Pour des renseignements sur ces ouvrages, voir Bertrand De Munoz, La guerre civile espagnole et la littérature française (Paris, Didier, 1972) ; M. Hanrez, Les écrivains et la guerre d’Espagne (Paris, Pantheon Press, 1975) ; D. W. Pike, Les Français et la guerre d’Espagne (Paris, Presses universitaires de France, 1975).
Parties annexes
Notes
L’histoire du bataillon Mackenzie-Papineau (XVe Brigade Internationale « Lincoln ») a été faite par les Canadiens anglophones. R. Erwin, Men of the Mackenzie-Papineau Battalion : A Case Study of the Involvment of the International Communist Movement in the Spanish Civil War, mémoire de maîtrise, Université Carleton, 1972 ; V. Howard, M. Reynolds, The Mackenzie-Papineau Battalion. The Canadian Contingent in the Spanish Civil War (Ottawa, Carleton University Press, 1986) ; M. Zuehlke, The Gallant Cause : Canadians in the Spanish Civil War, 1936-1939 (Vancouver, Whitecap Books, 1996).
Retour au texteRichard Martin, « Le Congrès des métiers et du travail et la guerre civile espagnole », Revue d’histoire de l’Amérique française, 33,4 (mars 1980) : 575-581 ; Andrée Lévesque, Virage à gauche interdit. Communistes, socialistes et leurs ennemis au Québec 1929-1939 (Montréal, Boréal Express, 1984) ; Robert Comeau et Bernard Dionne, Le droit de se taire. Histoire des communistes au Québec de la Première Guerre mondiale à la Révolution tranquille (Montréal, VLB, 1989).
Retour au texteM. Fournier, Communisme et anticommunisme au Québec, 1920-1950 (Montréal, Éditions coopératives Albert Saint-Martin, 1979) ; B. Gauvin, Les communistes et la question nationale au Québec : sur le Parti communiste du Canada, de 1921 à 1938 (Montréal, Presses de l’Unité, 1981).
Retour au texteD. Sheppard et Andrée Lévesque, Norman Béthune, son message et son époque (Montréal, Association canadienne d’hygiène publique, 1982) ; Robert Comeau et Robert Tremblay, Stanley Bréhaut Ryerson, un intellectuel de combat (Hull, Éditions Vent d’Ouest, 1996).
Retour au texteM. Charpentier, Columns on the March : Montreal Newspapers interpret the Spanish Civil War, 1936-1939, mémoire de maîtrise, Université McGill, 1992 ; P. Gareau, L’attitude des nationalistes traditionnels du Devoir face aux fascismes européens et américains (1929-1940), mémoire de maîtrise, Université de Montréal, 1992.
Retour au texteCaroline Désy, Discours hégémonique et contre-discours sur la guerre d’Espagne dans le Québec des années trente, thèse de doctorat (sociologie), Université du Québec à Montréal, 1999, avant-propos et page 20 ; résumé de la thèse paru sous forme d’article : « Fascisme et anti-fascisme autour de la guerre civile espagnole dans le Québec des années trente », Bulletin d’histoire politique, 9,2 (hiver 2000) : 30-39. La guerre d’Espagne est absente de l’ouvrage de Claude Beauregard, Robert Comeau, Jean-Pierre Gagnon, dir., Le Canada français et les conflits contemporains (Ottawa, Société historique du Canada, 1996), actes du colloque tenu à l’Université du Québec à Montréal, août 1995).
Retour au texteM. Charpentier, op. cit.
Retour au texteP.-Ph. Gingras, Le Devoir (Montréal, Libre Expression, 1985) (chronique hagiographique) ; Robert Lahaise, Le Devoir, reflet du Québec au XXe siècle (Montréal, Hurtubise HMH, 1994) ; Robert Comeau, Luc Desrochers, dir., Le Devoir. Un journal indépendant (1910-1995) (Montréal, Presses de l’Université du Québec à Montréal, 1996).
Retour au texteEsther Delisle, Mythes, mémoire et mensonges. L’intelligentsia du Québec devant la tentation fasciste (Montréal, Robert Davies, 1998) et Catherine Pomeyrols, « Les intellectuels nationalistes québécois, la condamnation de l’Action française et les silences de l’historiographie », Vingtième siècle, 73 (janvier-mars 2002) : 83-98.
Retour au texteP.-Ph. Gingras, op. cit., 103.
Retour au texteCatherine Pomeyrols, loc. cit., 83-98. François Weil, Les Franco-Américains, 1860-1980 (Paris, Belin, 1989) ; Yves Roby, Les Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre 1776-1930 (Sillery, Septentrion, 1990) ; Damien-Claude Bélanger, « L’abbé Groulx et la crise sentinelliste », Mens, I,1 (2000).
Retour au textePierre Anctil, Le Devoir, les Juifs et l’immigration (Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1988), 71.
Retour au texteM. Olivier, The Passionate Debate. The Social and Political Ideas of Quebec Nationalism, 1920-1945 (Montréal, Vehicule Press, 1991), thèse de 1957 ; Esther Delisle, Le Traître et le Juif (Montréal, L’Étincelle, 1992) ; Jack Jedwab, « Notre maître le passé ? Nationalisme et antisémitisme au Devoir, 1932-1947 », dans Robert Comeau, Luc Desrochers, dir., op. cit., 199-210.
Retour au texteM. Charpentier et Caroline Désy, op. cit. Durant la période de la guerre d’Espagne, il a un tirage d’environ 18 000 exemplaires, moyenne proposée par C. Désy, « Fascisme et anti- fascisme… », op. cit. Désy cherchait à montrer dans sa thèse l’apparition, à la faveur de la guerre d’Espagne, d’un « contre-discours » et d’une « hétérodoxie relative » face au « discours hégémonique » incarné entre autres par Le Devoir ; elle a retenu 46 articles qui lui ont servi à analyser les formes du discours de presse et les « points nodaux du discours hégémonique » ainsi que plusieurs temps forts et polémiques (le scandale Turcotte, l’affaire du père Sarasola o.f.m., la venue d’André Malraux, le retour de Norman Bethune) ; C. Désy, op. cit., 100 et ss et chapitre III.
Retour au texteCatherine Pomeyrols et Claude Hauser, L’Action française et l’étranger. Usages, réseaux et représentations de la droite nationaliste française (Paris, L’Harmattan, 2001).
Retour au texte« Une histoire en chantier : intellectuels québécois et guerre d’Espagne. Autour d’André Laurendeau », dans Histoires d’Europe et d’Amérique. Le monde atlantique contemporain (Nantes, Ouest-Éditions, 1999), 411-424.
Retour au texteJ’ai établi plusieurs tableaux à partir des références à la presse française (p. 372 et suivntes). Le premier tableau présente le détail de ces reprises et références ; y figurent les articles d’analyse, les témoignages (directs ou indirects), les critiques d’ouvrages et quelques dépêches. Le deuxième regroupe les documents (déclarations, textes publics, etc.) publiés par Le Devoir, y compris ceux qui ne sont pas repris de la presse française. Le troisième est une synthèse des deux premiers, faisant apparaître les titres les plus repris, la chronologie des reprises et le type de référence. En complément de la référence à la presse, le quatrième tableau récapitule les essais, les conférenciers ainsi que la mention des encarts publicitaires. NB : statut spécial des articles d’Alcide Ebray, non publiés dans la presse française et envoyés directement au Devoir. Dans les notes qui suivent, seule la référence du Devoir est indiquée. Se reporter au tableau 1 pour la référence française.
Retour au texteM. Chapentier, op. cit., 24.
Retour au texteP.-M. Dioudonnat, Je Suis Partout. Les maurrassiens devant la tentation fasciste (Paris, La table ronde, 1973) et Les 700 rédacteurs de « Je suis partout », 1930-1944 (Paris, Sedopols, 1993).
Retour au texteP. Vilar, La guerre d’Espagne (Paris, Presses universitaires de France/QSJ, 1997), 33-34, quatrième édition. Voir aussi le classique de H. Thomas, La guerre civile espagnole (Paris, Laffont, 1985).
Retour au texteLe Devoir, 8 août 1936, « À travers la presse dans le monde. La crise espagnole », 6.
Retour au texteCette terminologie est rapidement adoptée par Le Devoir, car en plus de l’aspect international, elle permet de ressortir l’épouvantail du rougisme ; C. Désy, op. cit.
Retour au texteLe Devoir, 15 août 1936, « À travers la presse dans le monde. La guerre civile en Espagne. Les conditions de la lutte et son cours probable », 9.
Retour au texteLe Devoir, 21 août 1936, « Vue générale de la situation », 2. La référence à Unamuno, prestigieux républicain dénonçant l’influence du communisme, est réutilisée par Le Devoir les 12 et 19 septembre 1936 [Éditorial d’Héroux et Document]. Le Devoir n’évoque plus Unamuno par la suite : ni ses déclarations fracassantes face au général Millan Astray le 12 octobre 1936 (« Vous vaincrez […] mais vous ne convaincrez pas ») ni sa révocation.
Retour au texteLe Devoir, 26 août 1936, « Choses d’Espagne. La situation militaire. L’histoire d’une décade », 6.
Retour au texteLe Devoir, 3 septembre 1936, « Regardons la carte. Nettoyage. La junte nationaliste et ses adversaires », 2.
Retour au texteLe Devoir, 11 septembre 1936, « Le pourquoi de certaines manoeuvres », 6 et Le Devoir, 17 septembre 1936, « La situation militaire », 6.
Retour au texteD. W. Pike, Les Français et la guerre d’Espagne (Paris, Presses universitaires de France, 1975).
Retour au textePierre Villette (1883-1966) collabore au Journal de Rouen de 1901 à 1944 (vie politique) ainsi qu’au Figaro et à Candide ; vétéran de l’équipe de Je suis partout, donne presque sans interruption une chronique politique sous le pseudonyme de « Dorsay » de 1931 à 1944. P.-M. Dioudonnat, Les 700 rédacteurs…, op. cit.
Retour au texteLe Devoir, 12 septembre 1936, « En marge des événements extérieurs », 6. NB : le contact entre Le Devoir et Le Journal de Rouen s’est fait par son rédacteur en chef R.-C. Nobécourt, venu au Canada avec la Mission Champlain en août 1934 et qui a rencontré Georges Pelletier au congrès de la presse organisé par ce dernier à Montréal (Centre de recherche Lionel-Groulx, Fonds Pelletier P5/A, Correspondance générale).
Retour au texteUn des plus prolifiques rédacteurs de Je suis partout, il y signe, du 9 avril 1932 au 11 février 1938 plus d’une centaine d’articles et d’enquêtes portant sur des questions économiques et financières (surtout dans les pays anglo-saxons) et les questions internationales. P.-M. Dioudonnat, Les 700 rédacteurs…, op. cit.
Retour au texteLe Devoir, 3 juillet 1937, « Sur le volcan espagnol », 6. Marcel Chaminade s’inquiète de l’absence de représentants français à Salamanque et déplore que le gouvernement Blum se soit aliéné l’Espagne nationale sans contrepartie puisque le gouvernement de Valence s’est allié aux Soviets.
Retour au texteJournaux « qui [n’ont] certes rien de clérical ».
Retour au texteLe Devoir, 1er septembre 1936, « Echappé de l’enfer madrilène », 6. Le Devoir, 4 septembre 1936, « Atrocités rouges », 6.
Retour au texteLe Devoir, 22 septembre 1936, « Un soir à Cordoue » et « La “Phalange espagnole” », 6.
Retour au texteC. Pomeyrols, « Les échos de la condamnation de l’Action française au Québec », dans Catherine Pomeyrols et Claude Hauser, L’Action française et l’étranger…, op. cit., 77-93 et loc. cit., Vingtième siècle, 73 (janvier-mars 2002) : 83-98.
Retour au texteLe Devoir, 23 septembre 1936, « Témoignage d’un journaliste français », 6.
Retour au texteLe Devoir, 10 avril 1937, « L’Espagne nationaliste et les étrangers », 6 [cf. tableau 2-Documents].
Retour au texteLe Devoir, 1er avril 1939, « Un organisateur de la “reconquista” espagnole. Andrès Amado », 6.
Retour au texteLes articles d’Alcide Ebray seront traités à part, infra.
Retour au texteLe Devoir, 21 octobre 1936, « Les débuts du front populaire », 7. Le Devoir, 7 ovembre 1936, « Rappelons l’URSS à la pudeur ! », 2.
Retour au texteMembre de l’équipe de l’AF, professeur de philosophie aux Facultés catholiques de Paris puis avocat à la cour d’appel de Lyon. C’est lui qui dans L’AF du 21 décembre 1913 avait repris un article de Bourassa à propos de la réédition de l’Histoire du Canada de Garneau où le directeur du Devoir valorisait les oeuvres de la France d’avant 1789 et s’en prenait à Michelet et Voltaire, les maîtres de Garneau.
Retour au textePar convention, AF en majuscule désigne le groupe de Paris.
Retour au texteVoir Susan Mann-Trofimenkoff, Action française. French Canadian Nationalism in the Twenties (Toronto, University of Toronto Press, 1975) ; CRLG, Fonds Imprimerie populaire Ltée P56/B,1, lettre de Lestra à Héroux, 21 août 1934.
Retour au texteLe Devoir, 13 novembre 1936, « De l’épopée carliste à la guerre de libération espagnole », 2.
Retour au texteLe Devoir, 26 mai 1938, « Le martyr des oeuvres d’art en Espagne », 6. La correspondance archivée de Pelletier ne contient aucune mention de la guerre d’Espagne, mais, à l’occasion d’une conférence sur « Dictateurs et dictatures d’Europe », Pelletier loue Salazar « dictateur d’un ordre chrétien », et félicite la « dictature franquiste, en train d’arracher l’Espagne aux excès, aux cruautés, à la sauvagerie quasi-orientale d’une fausse république aux dehors hypocrites de démocraties qui masquent mal les menées bolchevisantes et destructrices » ; « Dictateurs et dictatures d’Europe », 31 mai 1938, conférence au collège de Rimouski, 5 juin 1938, CRLG, Fonds Georges Pelletier, P5/C,26.
Retour au texteLe Devoir, 7 novembre et 9 décembre 1936, « Rappelons l’URSS à la pudeur ! » et « À Madrid, les anarchistes en sont à fusiller les communistes… », 2.
Retour au texteLe Devoir, 31 décembre 1936, « Réponse à M. Alvarez del Vayo », 7.
Retour au texteLe Devoir, 2 avril 1937, « Pour lire en attendant André Malraux à Montréal. Témoignage de Mauriac sur Malraux », 3.
Retour au texteM. Charpentier, op. cit. et C. Désy, Discours hégémonique…, op. cit.
Retour au texteLe Devoir, 28 mai 1938, « L’avenir de l’Espagne », 6.
Retour au texteLe Devoir, 25 février et 4 mars 1939, « Catalogne », 6-8, et « Difficulté de l’Espagne », 6.
Retour au texteLe Devoir s’intéresse en effet périodiquement au sort des catholiques dans le monde (Mexique, Espagne, Allemagne) ; C. Désy, Discours hégémonique…, op. cit., 30.
Retour au texteLe Devoir, 31 août 1936, « Choses d’Espagne. Dans Madrid la rouge on pille et on tue sous les yeux d’un gouvernement fantôme » et « Le bourreau du “Col de la Tossa” nous raconte », 6.
Retour au texteLe 21 janvier 1939, un article rebaptisé « Martyrs d’Espagne » vient rappeler la légitimité de la proche victoire franquiste par l’évocation des massacres de 1936.
Retour au texteArticle anticommuniste, accusant les soviets de préparer une « orgie sanguinaire » en Espagne, les révolutions dévorant leurs enfants et conduisant à la ruine des pays.
Retour au texteÀ propos de Badajoz, « on ne saurait approuver certaines façons de défendre l’Église. […] Non ! Non ! croyez-moi, chers catholiques espagnols, ce n’est pas ainsi que l’on fait triompher la religion » ; R. Rémond, Les crises du catholicisme en France dans les années trente (Paris, Seuil-Point, 1996), réédition.
Retour au texteUn témoignage le 15 octobre 1936 et un document le 9 janvier 1937.
Retour au texteLe 24 décembre 1937, La France catholique, 29 novembre, général de Castelnau « L’Espagne, plaque tournante du bolchevisme » ; « le Komintern […] entend substituer à la souveraineté de chaque nation la dictature universelle de ses barbares conceptions […]. Il ne faut donc pas s’étonner si les nations civilisées […] s’enrôlent dans une Croisade antibolcheviste ».
Retour au texteLionel Groulx, principal inspirateur du Devoir à l’époque, écrit à Laurendeau en septembre 1936 que « Les gens de Sept me paraissent souvent d’une naïveté pitoyable. Or je ne sache point que la naïveté soit une vertu chrétienne », Lettre de Groulx à Laurendeau, 2 septembre 1936, CRLG, Correspondance, Fonds Lionel-Groulx, P1. Claude Hurtubise écrit à Laurendeau début 1937 : « Que Le Devoir ait pris parti pour Franco, cela se comprend et s’excuse. Ces gens-là sont trop vieux et sont trop pourris (Héroux de Maurras) de libéralisme (involontairement) et d’une conception réaliste de la politique. » Lettre du 14 février 1937, CRLG, Correspondance générale, Fonds André-Laurendeau, P2/A36.
Retour au texteC. Pomeyrols, Les intellectuels québécois…, op. cit. et loc. cit., Histoires d’Europe et d’Amérique. Le monde atlantique contemporain (Nantes, Ouest-Éditions, 1999), 411-424. L’article de Mauriac est « fameux » dans le sens où il marque un changement d’orientation : il avait commencé par désavouer violemment « L’Internationale de la haine », dans Le Figaro du 25 juillet 1936 ; D. W. Pike, op. cit. et R. Rémond, op. cit.
Retour au texteL’Action française, 19 mai 1910, Charles Maurras, « M. Alcide Ebray », 1.
Retour au texteCRLG, Fonds Imprimerie populaire Ltée, P56/B, 88, Correspondance Pelletier.
Retour au texteLe Devoir, 19 août 1936, Alcide Ebray « Lettre d’Europe. La guerre civile en Espagne », 2.
Retour au texteLe Devoir, 12 décembre 1936, Alcide Ebray, « Lettre d’Europe. L’imbroglio hispano- européen », 1 et 2.
Retour au texteLe Devoir, 22 mars 1937, Alcide Ebray, « Lettre d’Europe. La guerre d’Espagne », 1 et 2.
Retour au texteLe Devoir, 21 juin 1937, Alcide Ebray, « Lettre d’Europe. La guerre civile d’Espagne et le drame “Deutschland” - Almeria », 1-3.
Retour au texteLe Devoir, 10 septembre 1937, Alcide Ebray, « Lettre d’Europe. Guerre d’Europe et guerre d’Asie. De l’Espagne à la Chine », 2 et Le Devoir, 23 mars 1939, Alcide Ebray, « Lettre d’Europe. D’une Espagne à l’autre », 1 et 2.
Retour au texteLe Devoir, 10 septembre 1937, Alcide Ebray, « Lettre d’Europe. Guerre d’Europe et guerre d’Asie. De l’Espagne à la Chine », 2 et Le Devoir, 15 novembre 1937, Alcide Ebray, « Lettre d’Europe. L’Espagne et la Chine devant la Société des nations », 1-2.
Retour au texteLe Bulletin d’information espagnole et Occident sont des publications franquistes franco-espagnoles.
Retour au texteG. Hermet, « Pie XI, la république espagnole et la guerre d’Espagne », dans Achille Ratti, pape Pie XI (Rome, EFR, 1996), 499-527 ; W. J. Callahan, « Regalism, Liberalism, and General Franco », The Catholic Historical Review, 83,2 (april 1997) : 201-216.
Retour au texteLe Devoir, 18 septembre 1936. La lettre des deux évêques basques condamne les catholiques « qui ont fait cause commune avec les ennemis acharnés et déclarés de l’Église » et insiste sur la conservation des vieilles croyances et de la foi.
Retour au texteLe Devoir, 23 septembre 1936, « Sa sainteté et les événements d’Espagne », 6.
Retour au texteLe Devoir, 28 septembre 1936, « Lettre pastorale de Mgr Gauthier sur le communisme », 2.
Retour au texteG. Hermet, op. cit.
Retour au textePrimat d’Espagne depuis le 12 avril 1933, devenu cardinal en 1935 et chef de l’Action catholique espagnole depuis avril 1936, Isidoro Gomá y Tomás est observateur du Vatican en zone nationaliste dès l’été 1936, puis intermédiaire officieux (décembre 1936-) ; dès le début août 1936, il justifie le soulèvement en parlant de « croisade ».
Retour au texteLe Devoir, 6 février 1937, 7-8, Gomá y Tomás y parle d’une guerre de principe, de système ou de civilisation, une croisade qui a vivifié pendant des siècles l’histoire de l’Espagne ; le Christ et l’antéchrist livrent bataille sur le sol d’Espagne.
Retour au texteLe Devoir, 13 et 14 avril 1937, « Le cas basque dans le drame espagnol », 6. En réponse à un discours d’Aguirre, Gomá sermonne ce dernier. Il assure que la hiérarchie ne s’est pas tue devant le massacre des prêtres basques et lui reproche son silence et celui de ses amis à propos de l’hécatombe de religieux ; il condamne enfin la mauvaise route suivie par les catholiques basques, qui ont pactisé avec les rouges, et invite Aguirre en tant que leader à faire rebrousser chemin à son peuple.
Retour au texteLe Devoir, 30 juillet 1937, 10. Il y insiste sur les destructions méthodiques commises par les marxistes et envisage après la paix de faire appel à la charité des fidèles du monde entier pour « reconstruire les ruines causées par la diabolique préméditation » des marxistes.
Retour au texteLe Devoir, 9 octobre 1937, 3. Il remercie Claudel d’avoir chanté les gloires et l’immense ruine de l’Espagne et d’avoir par l’autorité de sa plume « contribué à la diffusion de la doctrine exposée dans la Lettre collective ».
Retour au texteLe Devoir, 18 octobre 1937, « Lettres du cardinal Verdier et de l’archevêque de Westminster », 8.
Retour au texteLe Devoir, 4 janvier 1939, « L’Espagne une, grande et libre », 6.
Retour au texteG. Hermet et W. J. Callahan, op. cit.
Retour au texteLe Devoir, 28 janvier 1939, « En Espagne », 6.
Retour au texteLe Devoir, 8 février 1939, « L’Église d’Espagne est avec le général Franco », 10.
Retour au texteLe Devoir, 9 avril 1938, « Nouvelles déclarations du généralissime Franco », 6, l’équilibre méditerranéen ne sera pas modifié, l’Espagne ne laissera pas entamer son intégrité territoriale et le nombre de volontaires étrangers a beaucoup diminué.
Retour au texteLe Devoir, 16 avril 1938, « Burgos écrit au “Devoir” », 2.
Retour au texteLe Devoir, 27 mai 1938, 12 sur le rétablissement de la Compagnie de Jésus et 21 janvier 1939, 6, sur les cimetières.
Retour au texteC. Pomeyrols, loc. cit., Histoires d’Europe et d’Amérique. Le monde atlantique contemporain (Nantes, Ouest-Éditions, 1999), 411-424.
Retour au texteOn disposera prochainement de la thèse de M. Leymarie à leur sujet.
Retour au texteD. W. Pike, op. cit., chapitre XVIII ; M. Bertrand de Munoz, La guerre civile espagnole et la littérature française (Paris, Didier, 1972) ; M. Hanrez, Les écrivains et la guerre d’Espagne (Paris, Pantheon Press, 1975).
Retour au texteLe Devoir a publié un encart publicitaire le 19 décembre 1936 pour ses oeuvres aux titres parlants : Société des Nations. Super-État maçonnique ; La franc-maçonnerie d’après ses documents secrets ; La guerre occulte. Juifs et Francs-Maçons à la conquête du monde ; La mystérieuse internationale juive ; tous disponibles au service librairie, « au comptoir ou par la poste ».
Retour au texteLe Devoir, 27 septembre 1937, 6.
Retour au texteLe Devoir, 28 mai 1938, 8.
Retour au texteIl en publia deux autres, Les Soviets et la France fournisseurs de la révolution espagnole (1938) et Pourquoi Franco a vaincu (1939). Il fut par la suite représentant du gouvernement de Vichy, puis consul à Barcelone en avril 1943, contre le consul de Madrid, jugé trop « mou ». M. Bertrand de Munoz, op. cit., et M. Catala, Les relations franco-espagnoles pendant la Deuxième Guerre mondiale (Paris, L’Harmattan, 1997).
Retour au texteC. Pomeyrols, Les intellectuels québécois…, op. cit., chapitre V.
Retour au texteC. Pomeyrols et C. Hauser, L’Action française et l’étranger…, op. cit.
Retour au texteLe Devoir, 24 septembre 1938, Julia Richer, « Les livres et leurs auteurs. Les grands cimetières sous la lune », 8 ; « La guerre d’Espagne est un charnier. C’est le charnier des principes vrais et faux, des bonnes intentions et des mauvaises. Lorsqu’elles auront cuit ensemble dans le sang et la boue, vous verrez ce qu’elles seront devenues, vous verrez quelle soupe vous avez trempée. S’il est un spectacle digne de compassion, c’est bien celui de ces malheureux accroupis depuis des mois autour de la marmite à sorcière et piquant de la fourchette, chacun vantant son morceau — républicains, démocrates, fascistes ou antifascistes, cléricaux et anticléricaux, pauvres gens, pauvres diables. »
Retour au texteCelui du Figaro du 30 juin 1938 : « À propos des massacres d’Espagne : mise au point », dans lequel il fait la distinction entre les massacres par une « foule armée et furieuse » et ceux des Maures, des aviateurs étrangers au service d’un chef catholique.
Retour au texteLouis Bertrand 1866-1941 : agrégé et docteur ès Lettres, a enseigné à Alger, publie des romans et des récits de voyages, avant un Saint Augustin en 1913, qui le classe parmi les maîtres de l’hagiographie ; a été élu à l’Académie française en 1925 en remplacement de Maurice Barrès.
Retour au texteLe Devoir, 5 juillet 1937, 3 : « “Ces Espagnols ne s’entendront jamais entre eux” (Louis Bertrand) — La situation politique intérieure de l’Espagne ne pourra jamais s’arranger autrement que par l’intervention de quelqu’un du dehors, nous dit le délégué de l’Académie française ».
Retour au texteC. Charle, « Le Collège de France », dans P. Nora, dir., Les lieux de mémoire. La Nation (Paris, Gallimard, 1986), 389-424.
Retour au texteBernard Faÿ 1893-1978 : agrégé et docteur ès Lettres, chargé de cours dans des universités américaines (1920-1923), puis devient professeur de civilisation américaine au Collège de France (1932-1944) ; effectue de nombreux voyages aux États-Unis de 1919 à 1939, publie des ouvrages sur l’Amérique contemporaine et la franc-maçonnerie au xviiie siècle. Collaborateur au Figaro, à Candide, Je suis partout, au Courrier royal (fondé en 1934, proche de l’AF) ; membre du mouvement pour l’attribution du Nobel de la paix à Maurras (janvier 1938). Administrateur de 1940 à 1944 de la Bibliothèque nationale, il mena une croisade antimaçonnique ; suspendu puis révoqué de son poste à la Libération, il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité, puis amnistié. J.-F. Sirinelli, dir., Histoire des droites en France (Paris, Gallimard, 1992), 2 : Cultures, et C. Charle et E. Tekles, Les professeurs du Collège de France. Dictionnaire biographique (1901-1939) (Paris, INRP/CNRS, 1988).
Retour au texteLe Devoir, 8 novembre 1937, 10, titre « Ce qui a frappé M. Bernard Faÿ, en Espagne, c’est le calme » ; sous-titre « Profond retour à la vie religieuse — Le sourire de Franco — Général qui s’est trouvé chef parce que le destin l’a exigé — Guidé par la force du peuple paysan ».
Retour au texteLe Devoir, 28 octobre 1938, 10, titre « La Maçonnerie est la cause ultime de la guerre d’Espagne » ; sous-titre « La plupart des armes reçues à Barcelone venaient de Prague et passaient en territoire français — Le communisme — La juiverie — Froideur de plus en plus marquée d’Hitler à l’égard de l’Espagne nationale de Franco — Le “Devoir” et l’information sur l’Espagne — Le dernier livre de Bernanos est un livre d’infamie — Ce que dit M. Bernard Faÿ ».
Retour au texteC. Désy, Discours hégémonique…, op. cit., 240.
Retour au texteC. Pomeyrols, loc. cit., Histoires d’Europe et d’Amérique. Le monde atlantique contemporain (Nantes, Ouest-Éditions, 1999), 411-424.
Retour au texteC. Désy, Discours hégémonique…, op. cit., 240.
Retour au texteP. Laborie, « Espagnes imaginaires et dérives prévichystes de l’opinion française », dans Les Français des années troubles (Paris, Seuil, 2003), 105-117, nouvelle édition.
Retour au texteC. Pomeyrols et C. Hauser, L’Action française et l’étranger…, op. cit., Introduction.
Retour au texteC. Pomeyrols, loc. cit., Vingtième siècle, 73 (janvier-mars 2002) : 83-98.
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Liste des tableaux
Tableau 1
La guerre d’Espagne, Le Devoir et la presse française (Sauf indication, reprise totale par Le Devoir)
Tableau 2
Documents publiés par Le Devoir
Tableau 3
Articles des journaux français repris par Le Devoir
Tableau 4
Essais et conférences pro-franquistes référencés par Le Devoir
(en gras : essais ou ouvrages modérés ou anti-franquistes; exception)
Pour des renseignements sur ces ouvrages, voir Bertrand De Munoz, La guerre civile espagnole et la littérature française (Paris, Didier, 1972) ; M. Hanrez, Les écrivains et la guerre d’Espagne (Paris, Pantheon Press, 1975) ; D. W. Pike, Les Français et la guerre d’Espagne (Paris, Presses universitaires de France, 1975).





