Présentation. L’histoire et son double

  • Julien Goyette et
  • Louise Bienvenue

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  • Julien Goyette
    UQAR

  • Louise Bienvenue
    Université de Sherbrooke

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Couverture de Bilan et perspectives en historiographie de l’Amérique française, Volume 74, numéro 1-2, été–automne 2020, p. 7-270, Revue d’histoire de l’Amérique française

N’est-ce pas paradoxal d’évoquer, dans le cadre du présent dossier, un « moment » historiographique ? L’histoire de l’histoire ne suit-elle pas la pratique comme son double ? Ne fait-elle pas office, pour cette dernière, de fidèle compagnon réflexif ? On se demandera, d’ailleurs, s’il n’y a jamais eu, depuis que l’histoire est l’histoire, de pratique historienne qui ne s’accompagne d’une réflexion de second degré. Pierre-François-Xavier de Charlevoix, un de nos premiers historiens, avait pleinement conscience de son lectorat quand il réclamait que ses propres oeuvres soient critiquées avec justice. En se faisant le fils de l’« école historique moderne », François-Xavier Garneau mesurait les progrès du savoir, en même temps qu’il souhaitait s’inscrire dans l’esprit de son époque. Les exemples sont multipliables à l’infini. Dans leur querelle sur les régimes de vérité historique, Joseph-Charles Tâché et Benjamin Sulte révélaient – bien malgré eux – les multiples regards que l’on peut poser sur le passé. En reprochant à Thomas Chapais ses lourds silences concernant des aspects douloureux des Rébellions de 1837-1838, Éva Circé-Côté rappelait, dans son Papineau, que les rapports de force sociaux et idéologiques sont toujours enchâssés dans les interprétations historiques dominantes. Au gré de ses efforts pour intégrer les femmes dans le récit national, sa consoeur Marie-Claire Daveluy, première femme admise à la Société historique de Montréal, développait l’idée d’une histoire nationale cumulative, mais sans cesse à corriger. « [A]ucune [génération] ne doit la transmettre telle qu’elle l’a reçue. Mais toutes ont le devoir d’y ajouter quelque chose en certitude et en clarté. » Pressé, pour sa part, de déplorer l’amateurisme des historiens canadiens-français, Gustave Lanctôt mettait en évidence l’évolution des méthodes et de l’épistémologie. Jusqu’au débat, à coups de plaquettes, des abbés Arthur Maheux et Lionel Groulx sur les leçons à tirer de l’histoire qui se révèle comme la démonstration par quatre des jugements moraux fort divergents que l’histoire sécrète. Si l’historiographie est une permanence, une étoile fixe dans le ciel de la production historique, pour quelle raison, alors, s’attacher à l’idée d’un « moment » ? C’est sans naïveté que nous coiffons cette présentation d’un tel intitulé, conscients que la forme interrogative ne suffit pas à camoufler son caractère performatif. Poser l’existence d’un courant intellectuel, même de manière hypothétique, n’est-ce pas en quelque sorte participer à le créer ? Et pourtant, il nous semble que quelque chose de nouveau est apparu sous le soleil… Dans l’appel à textes du présent dossier, nous évoquions la publication, depuis quelques années, de nombreuses études consacrées à des figures et à des mouvances historiographiques. Avec l’essoufflement de la question nationale, l’apaisement des débats autour de l’interprétation « révisionniste » de l’histoire du Québec, la diversité des travaux générés par une histoire sociale revigorée par le paradigme de l’histoire culturelle, le recul pris par rapport à la « nouvelle sensibilité historique », l’émergence ou l’exacerbation de certains enjeux sociaux, l’intégration de nouveaux acteurs, de nouvelles actrices et expériences du passé, cette effervescence de la recherche justifiait, jugions-nous, un nouvel examen des pratiques historiographiques au Québec, au Canada et dans le reste l’Amérique française. Les contributions réunies dans ce copieux dossier permettent de confirmer ce qui n’était alors que des intuitions, tout en enrichissant notre connaissance des figures, des thématiques, des institutions, des interprétations, des tendances et des interrogations reliées à l’historiographie de l’Amérique française. Le distinguo théorique entre l’« historiographie de combat » et le « combat pour l’historiographie » proposé par Patrick Noël montre que l’historiographie fonde deux rapports complémentaires au passé disciplinaire, l’un dicté par le présentisme, l’autre par l’historicisme. Ne se contentant pas de repérer cette rupture …

Parties annexes