Numéro 95, 2025 Fabrique, usages et effets des catégories migratoires internationales Sous la direction de Ahmed Hamila et Juliette Dupont
Sommaire (17 articles)
Introduction
Section 1 – Penser l’émergence et l’ambivalence de « nouvelles » catégories migratoires
-
« Scholars at Risk » : généalogie et usages d’une catégorie migratoire en contexte de mondialisation universitaire
Pascale Laborier
p. 29–49
RésuméFR :
La catégorie de « scholars at risk » émerge formellement à la fin des années 1990, comme un dispositif de protection des universitaires menacés dans le contexte de la mondialisation universitaire. Cette catégorisation, fruit des mobilisations d’acteurs divers, s’inscrit dans une histoire plus longue des migrations intellectuelles et de la protection des savants persécutés. L’article analyse comment cette catégorie se standardise progressivement à l’échelle internationale, produisant des effets ambivalents sur les parcours et les identités des personnes qu’elle désigne. L’étude des usages sociaux de cette catégorie révèle les stratégies déployées par les universitaires en exil pour négocier leurs statuts et maximiser leurs chances de reclassement, tout en mettant en lumière les tensions entre logiques humanitaires et impératifs universitaires.
EN :
The “scholars at risk” category formally emerged in the late 1990s as a protection mechanism for threatened academics in the context of academic globalization. This categorization, resulting from the mobilization of multiple actors (international organizations, philanthropic foundations, university networks), is part of a longer history of intellectual migration and protection of persecuted scholars. The article analyzes how this category gradually standardizes at the international level, producing ambivalent effects on the trajectories and identities of those it designates. The study of the social uses of this category reveals the strategies deployed by academics in exile to negotiate their status and maximize their chances of reclassification, while highlighting the tensions between humanitarian logic and academic imperatives.
-
Catégories administratives et politiques d’asile : une analyse critique de la fabrique des « réfugié·es LGBTI » en France
Ahmed Hamila
p. 50–78
RésuméFR :
Les politiques migratoires reposent sur des catégories administratives complexes qui structurent, hiérarchisent et contrôlent les populations mobiles. Cet article explore la fabrique de la catégorie des « réfugié·es LGBTI » en France, en analysant ses fondements juridiques, ses dynamiques institutionnelles et ses implications sociales. Mobilisant l’approche sociohistorique de l’action publique et les études migratoires queers, il met en lumière les tensions entre protection et contrôle, ainsi qu’inclusion et exclusion, dans un contexte de pressions internationales. L’analyse s’appuie sur une enquête qualitative combinant entretiens, analyse documentaire et observations, révélant comment cette catégorie est le produit de négociations continues entre acteurs judiciaires, administratifs et associatifs. Cet article questionne les logiques performatives de cette catégorisation et ses effets sur les trajectoires des requérant·es invoquant des persécutions du fait de leur orientation sexuelle ou identité de genre, tout en proposant une réflexion critique sur les limites des dispositifs actuels.
EN :
Migration policies rely on complex administrative categories that structure, prioritize, and control mobile populations. This article examines the construction of the “LGBTI refugees” category in France by analyzing its legal foundations, institutional dynamics, and social implications. Drawing on a socio-historical approach to public policy and queer migration studies, it highlights the tensions between protection and control, inclusion and exclusion, within an international framework. Based on qualitative research combining interviews, document analysis, and observations, the study reveals how this category results from continuous negotiations between legal, administrative and associative actors. The article questions the performative logic of this categorization and its effects on the trajectories of LGBTI refugee status claimants while offering a critical reflection on the limitations of current frameworks.
-
Les personnes déplacées internes, « parents pauvres de l’aide humanitaire » ?
Élisabeth Arsenault
p. 79–105
RésuméFR :
Partant du constat empirique que les statuts migratoires ne sont figés ni dans le temps ni dans l’espace et que l’intervention humanitaire autant que la recherche demeurent centrées sur la figure du réfugié, cet article s’intéresse aux divers processus de catégorisation des personnes en situation de migration forcée, en particulier celles dites « déplacées internes », dans les espaces humanitaires où elles se retrouvent pêle-mêle avec des réfugiés. À partir d’un terrain ethnographique réalisé dans trois régions du Cameroun, pays d’Afrique centrale affecté par des crises internes et transfrontalières ayant provoqué des déplacements forcés massifs, je propose de cerner comment différents acteurs définissent, identifient et étiquettent ces deux groupes. Des nombreux effets qui ressortent autant pour ces personnes que pour le régime humanitaire se dégage une marginalisation systématique des personnes déplacées internes, principalement en raison de la faible valeur juridique et humanitaire de leur catégorie.
EN :
Based on the empirical observation that migration statuses are not fixed in time or space and that humanitarian intervention and research remain focused on the figure of the refugee, this article examines the various categorization processes of people in situations of forced migration, particularly those referred to as “internally displaced persons” and “refugees”, in the humanitarian spaces where they find themselves mixed in with refugees. Based on ethnographic fieldwork carried out in three regions of Cameroon, a Central African country affected by internal and cross-border crises that have caused massive forced displacement, I propose to identify how different actors define, identify and label these two groups. From the many effects that emerge, both for these people and for the humanitarian regime, a systematic marginalization of internally displaced people emerges, mainly because of the low legal and humanitarian value of their category.
-
Relocalisations climatiques et catégories terminologiques : au-delà des questions lexicales, quels enjeux pour les personnes concernées ?
Zoé Briard
p. 106–122
RésuméFR :
À l’instar des autres formes de mobilités climatiques ou environnementales, les relocalisations planifiées font l’objet de débats terminologiques. Il n’existe pas de consensus quant à la manière de les nommer. Cet article s’intéresse aux différents termes utilisés pour les désigner ainsi qu’à certaines de leurs implications, et tente de répondre aux questions suivantes : pourquoi l’un ou l’autre terme est-il préféré et dans quel(s) cas? Quelles sont les implications de ces différentes catégories? D’après les chercheur·euses sur le sujet, ce sont les termes « réinstallation », « relocalisation », « réalignement » et « retraite », souvent jumelés aux adjectifs « planifié·e », « organisé·e » et « stratégique », qui prédominent pour décrire ces processus. Sur la base d’une analyse de 20 documents issus de la littérature scientifique ou grise, cet article montre que s’ils sont parfois différenciés les uns des autres, ces termes sont à d’autres moments utilisés comme des synonymes. Au-delà des débats terminologiques, cette diversité de termes pour référer aux relocalisations planifiées rend la recherche par mots clés moins aisée et mène à une difficulté de s’accorder sur des caractéristiques communes. Elle remet aussi en question l’adéquation des cadres légaux et des politiques publiques les entourant, ce qui est inquiétant dans un contexte où leur nombre est appelé à augmenter dans les années à venir. Cette situation est d’autant plus complexe qu’elle nécessite de trouver un équilibre entre la résolution de ces débats terminologiques et la reconnaissance de la spécificité de chaque processus de relocalisation.
EN :
As other forms of climate or environmental mobilities, planned relocations are subject to terminological debates. There is no consensus on how to name these processes. This article examines the different terms used to designate them as well as some of their implications, and seeks to answer the following questions: Why is one term or another preferred, and in which cases? What are the implications of these different categories? According to scholars on this subject, the notions of “resettlement”, “relocation”, “realignment” and “retreat”, frequently associated with adjectives such as “planned”, “organized” and “strategic”, predominate to describe these processes. Based on an analysis of 20 documents from scientific and grey literature, this article demonstrates that, if they are sometimes distinguished from one another, at other times these terms are used interchangeably. Beyond terminological debate, this diversity in terminology to refer to planned relocations makes keyword-based research more difficult and contributes to challenges in reaching agreement on common characteristics. It also questions the adequacy of related-legal frameworks and public policies surrounding them, which is concerning given the expected rise in planned relocations in the coming years. This situation is further complicated by the need to strike a balance between resolving terminological debates and acknowledging the specificities of each relocation process.
-
La (re)définition des mobilités privilégiées par l’administration : la catégorisation des familles immigrées comme « utiles »
Carla Mascia
p. 123–141
RésuméFR :
Cet article examine la manière dont l’administration belge redéfinit, au quotidien, les mobilités migratoires dites « privilégiées » à travers la mise en oeuvre de la politique de regroupement familial. En s’appuyant sur une ethnographie menée au sein de l’Office des étrangers, administration fédérale chargée de l’application de cette politique, cette étude met en lumière le rôle central des fonctionnaires dans la construction de catégories de mobilités « désirables ». Ces dernières sont définies à travers des critères nationaux et socioéconomiques ainsi que des récits administratifs typifiés racialisant la figure du travailleur qualifié. Ces catégorisations induisent de la confiance chez les agents administratifs, ce qui se traduit par un traitement accéléré et un allégement des contrôles. Ce traitement contraste fortement avec la logique de soupçon généralement associée aux pratiques des fonctionnaires responsables du contrôle migratoire. Ainsi, cet article met en évidence le rôle structurant de l’administration dans la construction des mobilités désirables, et plus largement, dans la production de hiérarchies migratoires.
EN :
This article investigates how the Belgian Administration redefines so-called “privileged” mobilities through the everyday implementation of family reunification policy. Based on ethnographic fieldwork conducted within the Foreign Office (Office des étrangers), the federal agency implementing the Belgian migration policy, this study highlights the central role of street-level bureaucrats in constructing categories of “desirable” mobility. These categories are shaped by national and socio-economic criterias, as well as by administrative narratives that racialize the definition of the skilled worker. The analysis reveals that such categorizations foster trust among administrative agents, leading to faster processing and reduced scrutiny. This logic of trust stands in stark contrast to the suspicion that shapes migration control practices. By focusing on street-level implementation, this article highlights the crucial role of Administration in the construction of privileged mobilities, showing how migration hierarchies are produced from below.
Section 2 – Usages et usager·ères des catégories migratoires : dispositions, appropriations et résistances
-
Des mobilités privilégiées dans le volontariat agricole : frontières matérielles et sociales du woofing en France et au Canada
Agathe Lelièvre
p. 142–163
RésuméFR :
Cet article porte sur les pratiques spatiales issues du bénévolat au sein du réseau associatif World Wild Opportunities on Organic Farms (WWOOF) en France et au Canada. Au sein de ce réseau, des woofeur·euses prêtent main-forte à des « hôtes » en échange du gîte et du couvert dans leurs fermes au cours de séjours d’une durée variable. En s’appuyant sur la littérature critique sur les mobilités, l’article montre en quoi les pratiques spatiales de woofing relèvent de mobilités privilégiées. Il repose sur une enquête ethnographique (2019-2021) qui rassemble une analyse documentaire, des entretiens (n = 56) et des observations participantes dans quatre fermes membres du réseau. Dans un premier temps, l’analyse donne à voir un « régime du woofing » conditionné par un marché hôte/bénévole qui favorise les acteurs disposant de ressources pécuniaires et d’un passeport puissant dans le cas des mobilités internationales. Dans un second temps, les usages contrastés des expériences montrent que les séjours sont un moyen pour les bénévoles de se distinguer des autres touristes et d’accumuler différents types de capitaux utiles à leurs carrières.
EN :
This article examines the spatial practices of volunteering within the World Wild Opportunities on Organic Farms (WWOOF) network in France and Canada. Through this network, woofers lend a hand to “hosts” in exchange for room and board on their farms during stays of varying duration. Drawing on the critical literature on mobilities, this article shows how the spatial practices of woofing are part of privileged mobilities. It is based on an ethnographic survey (2019-2021) that brings together a documentary analysis, interviews (n = 56) and participant observations on four network member farms. Initially, the analysis reveals a “woofing regime” conditioned by a host/volunteer market that favors actors with financial resources and a powerful passport in the case of international mobilities. Secondly, the contrasting uses of these experiences show that such stays serve as a means for volunteers to distinguish themselves from other tourists and accumulating various types of capitals useful to their careers.
-
Contester l’ordre migratoire « par le bas » : une histoire du statut de saisonnier·ère en Suisse sous l’angle des résistances infrapolitiques
Victor Santos Rodriguez
p. 164–185
RésuméFR :
Le présent article pense la résistance aux catégories forgées par le pouvoir pour gouverner la migration. Il se concentre sur une catégorie qui a fortement marqué le paysage migratoire européen de la seconde moitié du xxe siècle : le statut de saisonnier·ère tel que conçu par l’État suisse. Ce statut a été la pierre angulaire du régime migratoire helvétique durant les décennies consécutives à la Seconde Guerre mondiale. Pour les autorités suisses soucieuses de combattre la « surpopulation étrangère » (« Überfremdung »), cette construction juridique singulièrement coercitive avait ceci de fonctionnel qu’elle facilitait l’admission et la mise au travail d’étranger·ères dont l’intégration à la société suisse était cependant entravée. Le statut de saisonnier·ère rendait leur migration précaire, profitable et réversible. Si cette catégorie migratoire exerçait un puissant contrôle disciplinaire sur les catégorisé·es, l’article se penche sur les expressions d’un agir contestataire. En s’appuyant sur les résultats préliminaires d’une recherche fondée notamment sur l’histoire orale, l’article plonge dans les coulisses de la migration des saisonnier·ères et met au jour la manière dont la résistance au statut a pris avant tout une forme « infrapolitique » au sens entendu par James Scott. L’article montre comment les saisonnier·ères et leurs familles sont parvenu·es à ouvrir des espaces de contestation souterraine où les deux fondations du statut – saisonnalité du séjour et absence de famille – ont été efficacement sapées. L’étude de ces résistances invisibles à l’ordre migratoire révèle une (autre) histoire politique de la Suisse contemporaine dont les saisonnier·ères sont des acteur·trices incontournables.
EN :
This article approaches the issue of resistance to categories of migration government. It focuses on a category that strongly marked the European migratory landscape in the second half of the 20th century: the seasonal worker status as conceived by the Swiss state. This status was the cornerstone of the Swiss migration regime in the decades following WWII. For Swiss authorities concerned with combatting “foreign overpopulation” (“Überfremdung”), this particularly coercive legal construct was functional in that it facilitated the admission and exploitation of foreigners whose integration into Swiss society was nevertheless hampered. The seasonal status made their migration precarious, profitable and reversible. While this migration category exerted strong disciplinary control over the categorized, the article examines the expressions of contestation. Drawing on the preliminary results of research grounded in oral history, the article delves behind the scenes of seasonal workers’ migration, revealing how resistance to their status took primarily an “infrapolitical” form in the sense understood by James Scott. The article shows how seasonal workers and their families managed to open up spaces of underground dissent where the two foundations of the status—seasonality of stay and absence of family—were effectively undermined. The study of these invisible resistances to the migration order reveals (another) political history of contemporary Switzerland, in which seasonal workers are central actors.
-
Textes et marchés cachés du visa Schengen : rapports politiques et ordinaires à la mobilité internationale en Algérie et en Chine
Juliette Dupont
p. 186–207
RésuméFR :
Cet article compare les pratiques, discours et expériences des demandeur∙euses de visa court séjour à destination de l’Europe de nationalités chinoise et algérienne. Les ressortissant·es de ces deux pays ont en commun d’être soumis·es à l’obligation d’un visa, délivré par les consulats européens, pour voyager dans l’espace Schengen. Or, près d’une demande sur deux est refusée en Algérie, tandis que les visiteur·euses chinois·es sont ciblé·es par des dispositifs de mobilité privilégiée (peu de refus, procédures accélérées, etc.). Collectées à partir d’une enquête ethnographique multi-située à Beijing et Alger, les expériences dont les demandeur·euses de visa font le récit montrent des pratiques similaires d’appropriation des procédures de visa, que celles-ci soient répressives dans le cas d’Algérie ou incitatives dans le cas de la Chine. L’article permet également d’identifier les dispositions et ressources qui sont accumulées et mobilisées par les demandeur·euses pour mener à bien leurs projets de mobilité, et parfois contourner les obstacles administratifs liés à l’obtention d’un visa. Par exemple, il existe dans les deux contextes des marchés parallèles des visas, industries locales et informelles qui fournissent un ensemble de services de facilitation, parfois dans l’illégalité. Enfin, l’article compare les paroles de ces usager∙ères et les rapports (dé)politisés à la mobilité que les procédures de visa façonnent chez eux et elles. Ancré dans la sociologie des publics, cet article montre ce que les individus font de la discrimination qui les vise, et documente leurs marges de manoeuvre face à des procédures souvent perçues comme arbitraires.
EN :
This article examines the practices, discourses, and experiences of short-stay visa applicants from China and Algeria seeking short-term stay in Europe. Nationals from both countries are subject to the Schengen visa requirement, issued by European consulates, to travel within the Schengen Area. However, while nearly half of visa applications are rejected in Algeria, Chinese nationals benefit from privileged mobility schemes characterized by low rejection rates and expedited procedures. Drawing on multi-sited ethnographic research conducted in Beijing and Algiers, this study reveals that applicants in both contexts adopt similar strategies to navigate visa procedures. The article also identifies the resources that applicants mobilize to pursue their mobility projects, including strategies to circumvent administrative barriers. For instance, both contexts exhibit parallel visa markets—local, informal industries offering facilitation services, often operating outside legal frameworks. Finally, the study compares applicants’ narratives and their (de)politicized engagements with mobility, shaped by the constraints and opportunities inherent in visa procedures. Engaging with the sociology of publics, this article explores how individuals navigate and resist discriminatory systems.
-
Du statut imposé à la narration autonome : le design d’exposition comme espace de désidentification queer en contexte migratoire
Alaeddine Maamer
p. 208–232
RésuméFR :
Cet article explore la manière dont les personnes queer en migration, aux prises avec des régimes migratoires, identitaires et narratifs contraignants, peuvent reconfigurer leurs récits à travers le design d’exposition. En s’appuyant sur une méthodologie située mêlant théories queer et décoloniales, archives vivantes et analyse du discours, l’étude se centre sur l’exposition Le chemin des fous (2020), réalisée avec des migrant·es queer à Marseille. L’exposition y est conçue comme un espace de co-création, où les participant·es deviennent acteur·trices de leur propre narration, en refusant les normes esthétiques dominantes et en mobilisant des stratégies de désidentification. En analysant comment les récits personnels et les performances artistiques permettent aux personnes migrantes de subvertir les catégories telles que « demandeur·euse d’asile » ou « migrant·e illégal·e », l’article met en lumière le potentiel du statut d’artiste et des dispositifs d’exposition comme leviers de réappropriation identitaire. Loin d’être des victimes passives, les personnes queer en migration redéfinissent leur place dans la société d’accueil, affirmant leur autonomie et leur pouvoir d’agir. Cette analyse s’appuie notamment sur les théories de l’« autonomie de la migration » (De Genova, 2017) et du « capital mobilitaire » (Ceriani-Sebregondi, 2003), pour montrer que l’exposition devient un espace central de négociation des identités minorisées. Ce travail plaide pour des pratiques curatoriales décoloniales et participatives, qui prennent en compte les expériences vécues des communautés queer en mouvement. L’exposition y devient non seulement un outil méthodologique et politique, mais aussi un espace transnational de résistance, où peuvent s’inventer de nouvelles formes de visibilité, de récit et de solidarité.
EN :
This article explores how queer individuals in migration, confronted with restrictive migratory, identity-based, and narrative regimes, can reconfigure their stories through exhibition design. Drawing on a situated methodology that combines queer and decolonial theories, living archives, and discourse analysis, the study focuses on the exhibition Le chemin des fous (2020), developed in collaboration with queer migrants in Marseille. The exhibition is conceived as a space of co-creation, where participants become active agents of their own storytelling, rejecting dominant aesthetic norms and mobilizing strategies of disidentification. By analyzing how personal narratives and artistic performances enable migrants to subvert categories such as “asylum seeker” or “illegal migrant,” the article highlights the potential of the artist status and exhibition formats as tools for identity reappropriation. Far from being passive victims, queer migrants redefine their place within host societies by asserting autonomy and agency. This analysis builds on the concepts of “autonomy of migration” (De Genova, 2017) and “mobility capital” (Ceriani-Sebregondi, 2003) to show how the exhibition becomes a central space for negotiating minoritized identities. This work advocates for decolonial and participatory curatorial practices that engage with the lived experiences of queer communities in motion. The exhibition thus emerges not only as a methodological and political tool, but also as a transnational site of resistance where new forms of visibility, narrative, and solidarity can be invented.
-
Actions d’appropriation et dynamiques de pouvoir : expériences et pratiques des femmes dans le cadre de la procédure de détermination du statut de réfugié
Charlotte Dahin
p. 233–261
RésuméFR :
Ce texte explore l’usage stratégique par les femmes, dans le cadre de leur demande d’asile, de certains éléments ou de comportements associés aux critères de la catégorie de « réfugié » d’un point de vue juridique et procédural. Par le prisme de l’approche de l’autonomie de la migration et dans une perspective féministe intersectionnelle, ce texte s’intéresse non seulement aux différentes formes que cet usage peut prendre en termes de pratiques concrètes dans ce cadre spécifique, mais aussi aux relations de pouvoir dans lesquelles ces pratiques s’inscrivent. Nuançant certaines représentations stéréotypées des femmes et de leurs expériences perçues comme semblables et subies, les résultats – issus de l’analyse thématique d’entrevues semi-structurées avec des réfugiées et des avocat·es, ainsi que de plusieurs observations – montrent la multiplicité et la spécificité des pratiques mises en place par les femmes. Ils révèlent également le rôle de certaines dispositions, notamment sur le plan de l’éducation et des expériences personnelles antérieures, dans l’accès à la conscience des critères à atteindre et la mise en oeuvre avec succès de ceux-ci.
EN :
This text examines the strategic use by women, within the framework of their asylum claims, of certain elements or behaviors associated with the criteria of the “refugee” category from a legal and procedural perspective. Using the autonomy of migration approach and an intersectional feminist perspective, the text focuses not only on the various forms this strategic use may take in terms of concrete practices within this specific context, but also on the power dynamics surrounding these practices. Challenging certain stereotypical representations of women and their experiences as uniform and passive, the findings—based on thematic analysis of semi-structured interviews with refugee women and lawyers, as well as several observations—reveal the multiplicity and specificity of the practices implemented by women. The results also highlight the role of certain dispositions, particularly in terms of education and prior personal experiences, in enabling awareness of the criteria to meet and successfully fulfilling them.
Section 3 – Éprouver la mobilité et ses obstacles : les effets des catégories sur les trajectoires migratoires
-
Enjeux de reconnaissance et d’incorporation dans le marché du travail : la carrière administrative d’un migrant de Yougoslavie en Turquie (1954-1963)
Elif Becan
p. 262–283
RésuméFR :
Cette recherche examine l’expérience de H. M., un immigrant yougoslave ayant quitté Skopje pour Istanbul en 1954, à travers ses archives personnelles conservées par sa famille. Elle met en lumière la manière dont il vit la procédure d’accueil en Turquie sur une décennie, en analysant le rôle des concepts administratifs dans son parcours et les stratégies individuelles qu’il mobilise pour s’intégrer au marché du travail. Les archives de H. M., exclusivement composées de documents administratifs, révèlent les démarches qu’il entreprend pour s’adapter à un système d’accueil. Bien qu’il bénéficie d’un accord bilatéral facilitant son entrée en Turquie, H. M. rencontre divers obstacles nécessitant une reconversion professionnelle. Cette étude met en évidence la manière dont les procédures administratives influencent les trajectoires des migrants, révélant des tensions entre stabilité et mobilité. H. M. incarne le cas d’un immigrant qui puise dans ses origines pour naviguer au sein d’un système administratif complexe, tout en se conformant aux attentes normatives de son pays d’accueil. Placé dans un état d’« entre-deux », il doit à la fois dissimuler son origine migrante et exploiter ses compétences liées à son passé pour accéder à un poste dans la fonction publique. Analysées en parallèle avec les archives d’État, les archives personnelles de H. M. illustrent le rôle des catégorisations administratives dans la construction de parcours migratoires.
EN :
This research examines the experience of H. M., a Yugoslav immigrant who left Skopje for Istanbul in 1954, through his personal archives preserved by his family. It highlights how he experienced the integration process in Turkey over the course of a decade, analyzing the role of administrative concepts in his trajectory and the individual strategies he employed to integrate into the labor market. H. M.’s archives, consisting exclusively of administrative documents, reveal the steps he took to adapt to the welcoming policy. Although he benefited from a bilateral agreement facilitating his entry into Turkey, H. M. faced various obstacles, necessitating a career change. This study emphasizes how administrative procedures influence migrants’ trajectories, revealing tensions between stability and mobility. H. M. represents the case of an immigrant who draws on his origins to navigate a demanding administrative system, while conforming to the normative expectations of his host country. Placed in a state of “in-betweenness,” he both conceals his migrant origin and also leverages his skills related to his past in order to secure a position in the public service. Analyzed in parallel with state archives, H. M.’s personal archives illustrate the role of administrative categorizations in the construction of migration pathways.
-
Nommer le transit, fabriquer l’impasse
Adriana Costa Santos
p. 284–302
RésuméFR :
Depuis 2017, le durcissement des politiques migratoires européennes a favorisé l’émergence à Bruxelles de la catégorie des « transmigrant·es » : une population hétérogène, vulnérabilisée par l’errance et exclue des dispositifs institutionnels d’accueil. Fondé sur une enquête ethnographique menée sur le terrain bruxellois, cet article examine la manière dont les politiques migratoires façonnent la notion de transit, imposant aux individus des formes de mobilité contrainte. Nous retraçons l’émergence de cette catégorie migratoire en Belgique, ainsi que les parcours qu’elle englobe en Europe. Cette analyse interroge la catégorie en dévoilant les tensions qui traversent les discours qui la construisent : d’une part l’agentivité perçue comme abusive, et d’autre part, les contraintes étatiques, qui imposent le blocage tout comme le déplacement forcé. Plus qu’une exception logée dans les interstices des politiques migratoires, le transit devient à la fois un produit et un outil de dissuasion et un élément structurant de la réaffirmation de son système de frontières. Loin d’être une problématique exclusive à Bruxelles, elle invite à porter un regard sur la circulation de catégories de migration entre politiques européennes et contextes locaux, où s’imbriquent répression et hospitalité.
EN :
Since 2017, the tightening of European migration policies has fostered the emergence in Brussels of the category of “transmigrants”: a heterogeneous population made vulnerable by displacement and excluded from institutional reception systems. Based on ethnographic fieldwork conducted in Brussels, this article examines how migration policies shape the notion of transit, imposing constrained forms of mobility on individuals. We trace the emergence of this migratory category in Belgium, as well as the trajectories it encompasses across Europe. This analysis critically engages with the category by revealing the tensions underlying the discourses that construct it: on the one hand, an allegedly excessive agency; on the other, state-imposed constraints that enforce both immobilisation and coerced movement. More than an exception lodged in migration policy interstices, transit becomes both a product, a contentious mechanism and a structuring element in the reaffirmation of its border regime. Far from being an issue exclusive to Brussels, this study calls for reflection on the circulation of migration categories between European policies and local contexts, where repression and hospitality intersect.
-
Contre les frontières de la régularisation : stratégies migrantes et luttes collectives en Belgique
Youri Lou Vertongen
p. 303–324
RésuméFR :
Cet article explore la fabrique des catégories dans les luttes de sans-papiers en Belgique, à partir d’une enquête ethnographique menée au sein de la Coordination des sans-papiers de Belgique (2014-2020). En croisant sociologie des mobilisations et analyse des catégories publiques, il montre comment des collectifs de migrants sans titre de séjour tour à tour se réapproprient, détournent ou redéfinissent les catégories étatiques pour structurer leurs revendications. L’article examine comment ces cadrages, fréquemment source de division au sein du mouvement en faveur de la régularisation des personnes sans titre de séjour, sont, dans le cas de la Coordination, articulés au sein d’un front commun, sans pour autant gommer les spécificités catégorielles de ses membres. Ce cas permet d’actualiser la notion d’« effet de frontière » (Deleixhe et Vertongen, 2016) en montrant comment une organisation peut articuler, plutôt qu’opposer, les différenciations statutaires. Cette articulation stratégique permet aux collectifs de transformer les logiques de catégorisation en ressources politiques. En cela, l’article éclaire les conditions sociales et politiques permettant à des collectifs vulnérables de contourner les logiques fragmentantes des politiques migratoires, et d’inventer des formes de convergence tactique. L’article contribue ainsi à une sociologie des luttes en contexte de précarité extrême, en montrant comment l’usage performatif des catégories devient un levier d’unification et de légitimation face aux disqualifications institutionnelles.
EN :
This article explores the construction of categories within undocumented migrants’ struggles in Belgium, based on an ethnographic study of the Coordination des sans-papiers de Belgique (2014-2020). Combining social movement theory and the analysis of public categorization, it shows how migrant collectives without legal residence status alternately reclaim, subvert, or redefine state-imposed categories to structure their claims. The article examines how these framings – often sources of division within the broader movement for regularization – are, in the case of the Coordination, strategically articulated within a common front, without erasing the categorical specificities of its members. This case updates the notion of a “bordering effect” (Deleixhe and Vertongen, 2016) by showing how an organization can articulate, rather than oppose, statutory differences. Such strategic articulation enables collectives to turn state logics of categorization into political resources. The article thus sheds light on the social and political conditions under which vulnerable groups can circumvent the fragmenting logic of migration policies and invent forms of tactical convergence. It contributes to a sociology of contention under extreme precarity, showing how the performative use of categories becomes a lever for both unification and legitimation in the face of institutional disqualification.
-
Les multiplicateurs, autre visage des étudiants internationaux ? Morphologie et trajectoires sociales à l’entrée d’un programme international de stages du Parlement allemand
Guillaume Placide-Breitenbucher
p. 325–344
RésuméFR :
Élites étrangères, étudiants internationaux… Les mobilités étudiantes internationales ont fait l’objet de nombreuses catégorisations savantes et praticiennes. S’éloignant des catégories portées par les politiques d’enseignement transnational, déjà bien étudiées, cet article s’intéresse à une catégorie de la diplomatie culturelle, celle de multiplicateurs. Derrière ce terme, les acteurs de la diplomatie culturelle identifient des étudiants appelés à devenir des élites dans leurs pays d’origine et à occuper des positions propices à diffuser une image positive du pays dans lequel ils ont séjourné. Si les multiplicateurs ont attiré l’attention des historiens et spécialistes des relations internationales, la réalité sociologique derrière cette catégorie a très peu été étudiée. En s’appuyant sur les évolutions récentes de l’enseignement supérieur transnational, cet article se demande si la catégorie de multiplicateurs représente un apport pour l’étude sociologique des migrations étudiantes contemporaines. Pour cela, il identifie trois présupposés sous-jacents à la catégorie de multiplicateurs et les confronte empiriquement aux trajectoires des étudiants internationaux d’un dispositif de la diplomatie culturelle allemande. Les données présentées proviennent d’une enquête par questionnaires distribués aux participants d’un programme international de stages organisé par le Parlement allemand. Elles apportent des preuves supplémentaires de la diversité sociale derrière les mobilités étudiantes, plutôt que de mettre au jour un nouveau profil d’étudiants. L’une des spécificités de ces étudiants internationaux semble être la réalisation antérieure d’expériences professionnelles dans des domaines définis comme stratégiques par les professionnels de la diplomatie culturelle.
EN :
Foreign elites, international students… International student mobility has been the subject of various scholarly and practitioner categorizations. Moving away from the well-studied categories driven by transnational education policies, this article focuses on the category of so-called multipliers, used in cultural diplomacy. Behind this term, cultural diplomacy actors identify foreign students destined to become elites in their countries, and to occupy influent positions conducive to disseminating a positive image of the country they visited. While multipliers have attracted the attention of transnational history and International Relations, the sociological reality behind this category has received very little attention. Drawing on the recent developments of transnational higher education, this article asks whether the category of multipliers represents a contribution to the sociological study of contemporary student migration. To do so, it identifies three assumptions underlying the category of multipliers and confronts them empirically with the trajectories of international students from a German cultural diplomacy exchange. The data presented comes from a survey of questionnaires distributed to participants in an international internship program organized by the German Parliament. It provides renewed evidence of the social heterogeneity of international students, rather than leading to the identification of a new type of mobile students. One specific feature of these international students seems to be the past professional experience in fields defined as strategic by cultural diplomacy professionals.
-
Migrations LGBT+ vers la France : appropriations et négociations des catégories migratoires
Cyriac Bouchet-Mayer, Nancy Nzeyimana-Cyizere et Cai Chen
p. 345–367
RésuméFR :
Cet article se distingue par son intérêt pour les effets des catégories migratoires sur les personnes LGBT+, sans se limiter au seul cas de l’asile. Il croise pour ce faire les terrains des trois auteur·trices en France hexagonale portant sur les expériences et trajectoires de vie d’(anciens) étudiants gays chinois, de personnes racisées comme noires et d’hommes originaires d’Afrique de l’Ouest demandant l’asile au motif de l’orientation sexuelle. Tout en rappelant que les personnes LGBT+ en mouvement se répartissent entre différents statuts régulant la présence sur le territoire français et circulent de l’un à l’autre, l’article souligne que certaines catégories sont davantage recherchées et que la distribution est socialement déterminée. Cette inégale répartition entre les catégories migratoires n’est pas tant due à une différence de niveaux d’agentivité que de ressources scolaires, économiques et sociales, qui contribue à définir le champ des catégorisations possibles. Enfin, l’analyse des implications de ces catégorisations sur les conditions de subsistance, les interactions sociales, les expressions identitaires, ou encore les risques psychosociaux invite à penser la construction systémique d’une politique de découragement renforcée à l’égard des personnes socialement moins dotées. En montrant les effets de classement des politiques de régulation des migrations et les traitements différenciés induits par les catégories migratoires, cette contribution permet de questionner les approximations auxquelles sont susceptibles de conduire les catégories d’action publique.
EN :
This article stands out for its focus on the effects of migration categories on LGBT+ individuals, going beyond the sole case of asylum. It draws on the field research of the three authors in metropolitan France, focusing on the life experiences and trajectories of Chinese gay (ex-)students, people racialized as Black, and men from West Africa seeking asylum on the grounds of sexual orientation. While recalling that LGBT+ people on the move fall under different statuses regulating their presence in French territory—as well as circulations between them—,the article first emphasizes that certain categories are more sought after than others and that their distribution is socially determined. This unequal distribution among migration categories is less related to differing levels of agency than to unequal educational, economic, and social resources, which help define the range of possible categorizations. Finally, analyzing the implications of these migration categorizations on livelihood conditions, social interactions, identity expressions, and psychosocial risks invites reflection on the systemic construction of a reinforced policy of discouragement targeting socially less advantaged individuals. By showing the classificatory effects of migration regulation policies and the differentiated treatments induced by migration categories, this contribution allows for a critical examination of the approximations that public policy categories are likely to produce.
-
Catégorisations migratoires et expériences de « mineurs non accompagnés » à la majorité : enjeux et ambivalences autour de la catégorie « MNA » à Genève (Suisse)
Mohamed-Walid Benyezzar, Sylvia Garcia Delahaye et Théogène-Octave Gakuba
p. 368–386
RésuméFR :
Les catégories administratives et juridiques appliquées aux jeunes migrantisés jouent un rôle déterminant dans la définition de leurs droits et la structuration de leurs parcours. Cet article analyse les effets de ces catégories, en particulier celle de « mineur non accompagné » (« MNA »), dans le contexte suisse, et plus spécifiquement dans le canton de Genève. Il montre comment les processus de catégorisation, articulés à des dynamiques de précarisation, d’illégalisation et d’exclusion, influencent l’accès aux ressources, façonnent les parcours de vie et génèrent des formes ambivalentes et provisoires d’inclusion au sein des dispositifs d’accueil. L’analyse repose sur une enquête ethnographique conduite entre 2021 et 2024, combinant observations de terrain, entretiens avec des jeunes d’origine maghrébine et étude de documents juridiques et administratifs. Elle se focalise sur la distinction opérée localement entre les jeunes enregistrés comme « RMNA » (requérants d’asile mineurs non accompagnés) et ceux reconnus comme « MNA » (mineurs non accompagnés sans statut légal). Cette différenciation, loin d’être anodine, conditionne l’accès aux droits, à l’hébergement, à l’éducation et au soutien sociosanitaire, produisant ainsi des parcours marqués par de fortes inégalités. En examinant les logiques institutionnelles à l’oeuvre, les usages différenciés des catégories et les stratégies mises en oeuvre par les jeunes pour s’y conformer, les détourner ou les contester, l’article met en lumière les tensions inhérentes aux politiques migratoires genevoises. Celles-ci, tout en se réclamant d’une visée protectrice à l’égard des mineurs, participent d’un dispositif plus large de contrôle, de tri et de gestion différenciée des mobilités juvéniles. L’article interroge enfin les effets subjectivants de ces catégorisations et les formes d’agentivité développées par les jeunes dans les interstices des institutions. Il plaide pour une relecture critique des cadres normatifs en vigueur et pour l’adoption de politiques plus inclusives, sensibles à la diversité des expériences migratoires et aux vulnérabilités produites par le système lui-même.
EN :
The administrative and legal categories applied to young migrants play a decisive role in defining their rights and shaping their life trajectories. This article examines the effects of such categorizations, particularly that of “unaccompanied minor” (“UAM”), within the Swiss context, with a specific focus on the canton of Geneva. It highlights how categorization processes – entangled with dynamics of precaritization, illegalization, and exclusion – influence access to resources, structure life paths, and generate ambivalent and provisional forms of inclusion within reception and support systems. The analysis draws on ethnographic fieldwork conducted between 2021 and 2024, combining participant observation, interviews with young people of Maghrebi origin, and the examination of legal and administrative documents. It focuses in particular on the local distinction made between “RMNA” (asylum-seeking unaccompanied minors) and “MNA” (unaccompanied minors without legal status). Far from neutral, this differentiation determines access to rights, housing, education, and socio-health support, and results in deeply unequal trajectories. By analysing the institutional logics at play, the differentiated uses of categories, and the strategies developed by young people to comply with, circumvent, or contest them, the article reveals the tensions embedded in Geneva’s migration policies. While these policies are presented as protective of minors, they are part of a broader apparatus of control, filtering, and differential governance of youth mobilities. Finally, the article explores the subjectifying effects of such categorizations and the forms of agency young people develop within the interstices of institutional structures. It calls for a critical reassessment of existing normative frameworks and advocates for more inclusive policies that are attentive to the diversity of migratory experiences and to the vulnerabilities produced by the system itself.