La restriction d’accès aux articles les plus récents des revues sous abonnement a été rétablie le 12 janvier 2021. Pour consulter ces articles, vous pouvez notamment passer par le portail de ressources numériques de l’une des 1 200 institutions partenaires ou abonnées d’Érudit. Plus d'informations

Présentation du numéro

Les Amériques à l’heure de l’intégration[Notice]

  • Sylvain F. Turcotte et
  • Christian Deblock

…plus d’informations

  • Sylvain F. Turcotte
    Université du Québec à Montréal

  • Christian Deblock
    Université du Québec à Montréal

L’annonce de la création d’une vaste zone de coopération économique et politique s’étendant de l’Alaska à la Terre de Feu, faite la première fois par George Bush père au début des années 1990, constitue un moment clé en ce qui concerne les enjeux interaméricains. Si, pendant plus d’un siècle, et ce autant au Nord qu’au Sud, on refusait ce que la géographie semble proposer de manière naturelle, il est aujourd’hui évident qu’une nouvelle ère de coopération s’est installée dans les Amériques. Autant les sommets hémisphériques qui rassemblent les chefs d’État et de gouvernement que le développement de nouveaux espaces transnationaux par les mouvements sociaux de la région sont le produit de cette nouvelle découverte des Amériques qui reconfigure lentement l’espace politique continental. Sur le plan économique, le processus se trouve encore plus avancé compte tenu de l’importante croissance des flux de marchandises, de services et de capitaux qui s’observe dans les différentes sous-régions du continent. Un demi-siècle après l’Allemagne, la France et leurs partenaires européens, les États-Unis prennent la voie de l’intégration et cherchent à construire de nouveaux espaces de coopération hémisphérique. Toutefois, il importe de rappeler qu’il ne s’agit pas d’une idée neuve dans la région. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de pays américains choisissent la voie de la coopération régionale et suivent les traces laissées par l’Europe qui, en Amérique latine, jouit d’ailleurs de plus de crédibilité que les États-Unis. Dans les Amériques, les pays centraméricains sont les premiers à suivre cette piste. Pour accélérer le développement de la région, les cinq gouvernements d’Amérique centrale s’entendent sur la création de nouveaux espaces politiques qui ont pour objectif de faciliter l’intégration régionale. Pendant les années 1960, ce sont alors les pays andins qui choisissent une solution semblable pour venir à bout de problèmes similaires et, à la fin des années 1980, le Brésil et les pays du cône Sud forment lentement ce qui deviendra le MERCOSUR, dernière pièce de cette grande « mosaïque des Amériques », soit un ensemble d’accords de coopération sous-régionaux qui couvrent aujourd’hui la quasi-totalité des pays latino-américains. L’appel lancé par George Bush père aux 33 voisins du continent au début des années 1990 ne s’adressait pas à des néophytes à qui on allait donner l’exemple. Au contraire, depuis 1820, du Rio Grande jusqu’à la Terre de Feu, la coopération régionale est à l’ordre du jour. Bien que son importance ait beaucoup varié en fonction de la conjoncture, le fameux projet bolivarien n’a jamais vraiment disparu du programme politique latino-américain. Mais la nouveauté radicale en ce qui concerne le vaste projet d’intégration hémisphérique proposé par les États-Unis au début des années 1990 consiste en une rencontre prochaine de deux Amériques, depuis toujours séparées par un petit cours d’eau. Le projet d’intégration des Amériques par la voie du libre-échange est donc une vieille idée qui n’a toutefois jamais été mise en application, et ce, pour de multiples raisons. On en retiendra trois en particulier : 1) le désintérêt des États-Unis à l’époque de la guerre froide pour une région traditionnellement instable et, d’une façon générale, considérée comme de peu d’importance, autant sur le plan économique que stratégique ; 2) le repli économique des pays d’Amérique latine à l’époque de la substitution des importations et du développement autocentré ainsi que les discours nationalistes produits par les grandes capitales de la région jusqu’au milieu des années 1980 ; 3) la méfiance des pays de l’hémisphère, au sud mais également au nord, envers une puissance surdimensionnée qui n’a jamais caché ses ambitions dominatrices, pour ne pas dire impériales, dans une région qu’elle considère comme son arrière-cour. …

Parties annexes