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Recensions

Republicanism, de Maurizio Viroli, New York, Hill and Wang, 2002, 124 p.[Notice]

  • Jean-François Caron

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  • Jean-François Caron
    Université d’Ottawa

Auteur de nombreux livres sur Machiavel et le républicanisme, Maurizio Viroli nous livre, dans Republicanism, une approche normative dont l’ambition avouée est de renforcer la conscience civique des politiciens et politiciennes et des citoyens et citoyennes de l’Italie à la suite de l’élection de Silvio Berlusconi au poste de premier ministre en 2001. Il n’en reste pas moins que l’ouvrage de Viroli a une portée beaucoup plus universelle, dans la mesure où il considère que le déclin de la conscience civique est un phénomène qui affecte également les autres États développés et qui pave la voie à une domination de la part de démagogues qui tentent de s’élever au-dessus de la loi. Dans cette perspective, la tradition républicaine inspirée par Machiavel lui semble être une solution de rechange à la situation actuelle. Reprenant les idées avancées par d’autres auteurs néo-républicains, tels Philip Pettit (Republicanism : A Theory of Freedom and Government, Oxford, Clarendon Press, 1997) et Quentin Skinner (Liberty Before Liberalism, Cambridge, Cambridge University Press, 1998), M. Viroli est d’avis que la tradition républicaine remonte aux républiques italiennes du seizième siècle et a été pensée par des hommes comme Francesco Guicciardini ou Donato Giannotti. Il n’en reste pas moins que Machiavel lui semble être le premier véritable théoricien du républicanisme à s’être penché à la fois sur les questions de la liberté, de la vertu civique et de la division des pouvoirs de l’État, des thèmes qui demeurent essentiels à la pensée républicaine contemporaine et d’une pertinence centrale pour nos États, qui font face à un désengagement populaire grandissant. Mais comment le républicanisme peut-il se situer par rapport au libéralisme et au communautarisme ? Dans le cas de la tradition libérale, M. Viroli note que celle-ci a tiré beaucoup de ses idées de certains traits avancés par Machiavel et ses compatriotes italiens. À cet égard, notons le rejet de l’absolutisme ou la recherche de la liberté individuelle. Cependant, la grande différence se situe sur le plan du fondement de la liberté. En effet, la liberté libérale repose essentiellement sur l’idée de la liberté négative, qui a été théorisée par Benjamin Constant au tournant du dix-neuvième siècle et par le philosophe américain Isaiah Berlin au vingtième siècle. Selon le premier, cette liberté s’entend comme étant le droit de chacun d’exprimer son opinion, de choisir une profession, de disposer d’un droit à la propriété, et même d’en abuser, d’aller et venir sans avoir à demander la permission ; alors que le second l’évalue en fonction du degré avec lequel un homme ou un groupe d’hommes est en mesure d’interférer avec les activités de chacun (p. 39). Toutefois, M. Viroli est d’avis qu’en plaçant un tel accent sur la liberté sous la forme de la non-interférence, le libéralisme n’a pas été en mesure de considérer l’absence de dépendance ou de domination comme une vertu importante de la liberté politique (p. 41). Car, pour le libéralisme, il n’existerait pas de problème relatif à la liberté dans le fait qu’un dirigeant ou une dirigeante ait la possibilité théorique d’opprimer ses concitoyens et ses concitoyennes ou qu’un homme puisse abuser de sa femme sans que celle-ci ne soit en mesure de lui résister. Or, c’est justement en ce qui concerne cette possibilité de domination théorique que le républicanisme se distingue du libéralisme. Inspirée des travaux de Machiavel, cette tradition ne voit pas de limite à la liberté individuelle dans les lois qui ne sont pas arbitraires, mais plutôt dans la dépendance de un ou plusieurs individus envers la volonté arbitraire d’un autre individu, homme ou femme. Ainsi, dans ses Discours sur la première …