Volume 51, numéro 1, printemps 2026 Études de cas – Kèzes riportes Sous la direction de Emmanuel Stip et Jean-Marie Bioteau
Sommaire (26 articles)
Éditorial
Présentation
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Le serment du kèze riporte
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Quand les symptômes psychiatriques masquent une cause neurologique : un case report d’épilepsie temporale en gérontopsychiatrie
Patrycja Mysak, Mylène Soucy et Sarah Brunelle
p. 27–38
RésuméFR :
Les présentations neuropsychiatriques atypiques chez la personne âgée représentent un défi diagnostique important, surtout lorsque les symptômes psychiatriques dominent initialement le tableau clinique. Nous rapportons le cas d’une femme de 68 ans référée en gérontopsychiatrie pour des symptômes dépressifs associés à des plaintes cognitives fluctuantes, des épisodes paroxystiques brefs avec confusion et altération du langage, ainsi que des manifestations somatiques et motrices atypiques. Les investigations initiales, incluant imagerie cérébrale et bilans biologiques, étaient non contributives, orientant d’abord vers des hypothèses psychiatriques primaires ou fonctionnelles. Toutefois, l’évolution longitudinale, la nature stéréotypée des épisodes et certains éléments cliniques ont motivé une évaluation neurologique approfondie. Un enregistrement vidéo-EEG a finalement mis en évidence une activité épileptique compatible avec une épilepsie temporale, expliquant l’ensemble des manifestations. L’introduction d’un traitement anticonvulsivant a entraîné une amélioration marquée de l’humeur, de l’anxiété, des symptômes somatiques et moteurs, soutenant l’hypothèse d’une origine neurologique sous-jacente.
Ce cas illustre la complexité diagnostique des tableaux à l’interface de la psychiatrie et de la neurologie et le risque d’attribution prématurée à une étiologie psychique lorsque les examens usuels sont normaux. Il souligne l’importance d’un raisonnement longitudinal, d’une attention aux signes atypiques et d’une collaboration interdisciplinaire étroite afin de réduire les retards diagnostiques, d’éviter les traitements inappropriés et d’optimiser les trajectoires de soins ainsi que les résultats cliniques.
EN :
Atypical neuropsychiatric presentations in older adults pose significant diagnostic challenges, particularly when psychiatric symptoms predominate early in the clinical course. We report the case of a 68-year-old woman referred to geriatric psychiatry for depressive symptoms associated with fluctuating cognitive complaints, brief paroxysmal episodes of confusion and language disturbance, and atypical somatic and motor manifestations. Initial investigations, including brain imaging and laboratory testing, were unremarkable, leading to preliminary consideration of primary psychiatric or functional etiologies. However, the longitudinal evolution, stereotyped episodic phenomena, and some clinical findings prompted further neurological assessment. Video-EEG monitoring ultimately documented epileptic activity consistent with temporal lobe seizure, providing a unifying explanation for the patient’s symptoms. Introduction of anticonvulsant therapy resulted in marked improvement in mood, anxiety, somatic complaints, and motor manifestations, supporting an underlying neurological cause.
This case highlights the diagnostic complexity of conditions at the interface of psychiatry and neurology and illustrates the risk of premature psychogenic attribution when standard investigations are normal. It underscores the importance of longitudinal diagnostic reasoning, vigilance for atypical features, and close interdisciplinary collaboration to minimize diagnostic delay and inappropriate treatment. Improved characterization of diagnostic trajectories in complex neuropsychiatric presentations among older adults may enhance diagnostic accuracy, optimize care pathways, and ultimately improve clinical outcomes.
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Antibiomanie : présentation inédite d’un cas de neurotoxicité due au métronidazole
Marie Vincent-Tremblay, Isabelle Paquette et David Caron
p. 39–52
RésuméFR :
Le métronidazole est connu pour pouvoir induire une encéphalopathie caractéristique, marquée par des manifestations neurologiques et des anomalies typiques à l’IRM, tandis que les présentations psychiatriques demeurent rarement décrites. À ce jour, aucune description d’une symptomatologie maniaque franche concomitante à une encéphalopathie induite par le métronidazole n’a été rapportée dans la littérature. L’antibiomanie est un effet indésirable rare défini par l’apparition d’un épisode maniaque ou hypomaniaque en relation temporelle avec une antibiothérapie.
Nous rapportons le cas d’un homme de 67 ans hospitalisé pour des complications hépatobiliaires complexes et exposé de façon intermittente et prolongée au métronidazole et à la ciprofloxacine. Il développe un changement comportemental aigu marqué par une désinhibition, une agitation psychomotrice, une logorrhée avec pression du discours, une irritabilité, des phénomènes hallucinatoires, ainsi que de la dysarthrie et des chutes.
L’IRM révèle des hyperintensités T2 des noyaux dentelés, des noyaux rouges, de la plaque tectale et du splénium du corps calleux, compatibles avec une encéphalopathie induite par le métronidazole. L’arrêt des antibiotiques est suivi d’une amélioration clinique rapide, sans récidive lors de la réintroduction de la ciprofloxacine seule.
Ce cas met en évidence une présentation clinique inédite associant une encéphalopathie typique au métronidazole et une symptomatologie maniaque franche, jamais rapportée auparavant. Il souligne l’importance d’inclure l’antibiomanie dans le diagnostic différentiel d’un premier épisode maniaque aigu afin de permettre l’arrêt précoce de l’antibiotique causal.
EN :
Metronidazole is known to induce a characteristic encephalopathy, marked by neurological manifestations and typical MRI abnormalities, whereas psychiatric presentations remain rarely described. To date, no description of a frank manic symptomatology occurring concomitantly with metronidazole-induced encephalopathy has been reported in the literature. Antibiomania is a rare adverse effect defined by the onset of a manic or hypomanic episode in close temporal association with antibiotic exposure.
We report the case of a 67-year-old man hospitalized for complex hepatobiliary complications and intermittently and cumulatively exposed to metronidazole and ciprofloxacin. He developed an acute behavioral change characterized by disinhibition, psychomotor agitation, logorrhea with pressured speech, irritability, hallucinatory phenomena, as well as dysarthria and falls.
Brain MRI revealed T2 hyperintensities involving the dentate nuclei, red nuclei, tectal plate, and splenium of the corpus callosum, findings consistent with metronidazole-induced encephalopathy. Discontinuation of antibiotics was followed by rapid clinical improvement, with no recurrence after reintroduction of ciprofloxacin alone.
This case highlights a previously undescribed clinical presentation combining typical metronidazole-induced encephalopathy with a frank manic syndrome. It underscores the importance of considering antibiomania in the differential diagnosis of a first acute manic episode in order to enable early discontinuation of the causative antibiotic.
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Probable Serotonin Syndrome Precipitated by the Addition of Trazodone to Lurasidone and Valproic Acid: A Case Report
André Do, Raffi Kachichian et Philippe Vincent
p. 53–61
RésuméEN :
Serotonin syndrome (SS) is a serious medical condition characterized by altered mental status, autonomic instability and neuromuscular abnormalities. It is caused by the use of one or multiple serotoninergic medication(s), which results in excessive activation of serotoninergic receptors. Here, we present a case of probable SS following the addition of trazodone to treat insomnia. Besides trazodone, the patient was prescribed valproic acid, lurasidone, estradiol, dexlansoprazole and spironolactone. A few hours after taking trazodone 100 mg, the patient developed several physical symptoms, including chills, nausea, sweating, dizziness, generalized muscle stiffness and tremor. The symptoms were associated with significant functional impairment and gradually subsided over the next 48 hours. No physical examination or laboratory test were performed when the patient was symptomatic. However, the patient meets the diagnostic criteria for SS using the Sternbach criteria. Although most cases of SS associated with trazodone involve selective serotonin reuptake inhibitor antidepressants, this case report suggests that the combination of trazodone, lurasidone and valproic acid can lead to excessive serotoninergic activity via serotonin reuptake inhibition, 5-HT1A partial agonism and increased central serotoninergic neurotransmission. Therefore, clinicians should exercise caution when trazodone is combined with a second-generation antipsychotic and valproic acid.
FR :
Le syndrome sérotoninergique (SS) est une condition médicale grave caractérisée par une altération de l’état mental, une dysautonomie et des anomalies neuromusculaires. Il est causé par l’utilisation d’un ou de plusieurs médicaments sérotoninergiques, entraînant une activation excessive des récepteurs sérotoninergiques. Nous présentons ici un cas de SS probable survenu après l’ajout de la trazodone pour traiter l’insomnie. En plus de la trazodone, la patiente prenait de l’acide valproïque, la lurasidone, l’estradiol, le dexlansoprazole et la spironolactone. Quelques heures après la prise de 100 mg de trazodone, la patiente a développé plusieurs symptômes physiques, notamment des frissons, des nausées, des sueurs, des étourdissements, une rigidité musculaire généralisée et des tremblements. Les symptômes étaient associés à une altération fonctionnelle significative et se sont progressivement résorbés dans les 48 heures suivantes. Aucun examen physique ni test de laboratoire n’a été effectué lorsque la patiente était symptomatique. Toutefois, la patiente remplit les critères diagnostiques du SS selon les critères de Sternbach. Bien que la plupart des cas de SS associés à la trazodone impliquent des antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, cette étude de cas suggère que la combinaison de la trazodone, la lurasidone et l’acide valproïque peut entraîner une activité sérotoninergique excessive via l’inhibition de la recapture de la sérotonine, l’agonisme partiel des récepteurs 5-HT1A et l’augmentation de la neurotransmission sérotoninergique centrale. Ainsi, les cliniciens devraient faire preuve de prudence lorsque la trazodone est combinée à un antipsychotique de 2e génération et à l’acide valproïque.
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Clozapine-Associated Myocarditis with Ventricular Fibrillation Revealing Brugada Syndrome: A Case Report
Shanya Maheu, Violaine Masson, Rafik Tadros et Arash Bahremand
p. 63–78
RésuméEN :
Clozapine is the gold-standard treatment for refractory psychotic disorders but is associated with rare, potentially fatal cardiovascular complications. We report the case of a 72-year-old man with schizoaffective disorder and complex multimorbidity who developed acute cardiac decompensation compatible with Clozapine-associated myocarditis. Despite prompt Clozapine discontinuation and supportive management, he experienced ventricular fibrillation leading to cardiac arrest. Subsequent investigations revealed a spontaneous Type I Brugada electrocardiogram (ECG) pattern compatible with Brugada syndrome (BrS), a rare inherited cardiac channelopathy associated with sudden cardiac death. After full medical stabilization and recovery of cardiac function, antipsychotic treatment was cautiously reintroduced with Quetiapine, resulting in good psychiatric response without recurrence of cardiac abnormalities to date. This case highlights the diagnostic challenges at the intersection of psychopharmacology and inherited arrhythmogenic disorders in older psychiatric patients. Moreover, it underscores the importance of considering Brugada syndrome in unexplained cardiac arrest and malignant arrhythmias during Clozapine treatment, even when myocarditis is initially suspected.
FR :
La clozapine constitue le traitement de référence des troubles psychotiques réfractaires, mais elle est associée à des complications cardiovasculaires rares et potentiellement fatales. Nous rapportons le cas d’un homme de 72 ans atteint de trouble schizoaffectif et présentant une multimorbidité complexe, ayant développé une décompensation cardiaque aiguë compatible avec une myocardite associée à la clozapine. Malgré l’arrêt rapide de la clozapine et une prise en charge de soutien appropriée, le patient a présenté une fibrillation ventriculaire conduisant à un arrêt cardiaque. Les investigations ultérieures ont mis en évidence un tracé électrocardiographique spontané de type I compatible avec un syndrome de Brugada (BrS), une canalopathie cardiaque héréditaire rare associée à la mort subite d’origine cardiaque. Après stabilisation médicale complète et récupération de la fonction cardiaque, un traitement antipsychotique a été réintroduit avec prudence par Quétiapine, permettant une bonne réponse psychiatrique sans récidive d’anomalies cardiaques à ce jour. Ce cas met en lumière les défis diagnostiques à l’interface entre la psychopharmacologie et les troubles arythmogènes héréditaires chez les patients psychiatriques âgés. Il souligne également l’importance d’évoquer un syndrome de Brugada en présence d’un arrêt cardiaque inexpliqué ou d’arythmies malignes au cours d’un traitement par clozapine, même lorsqu’une myocardite est initialement suspectée.
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Managing Severe Post-Stroke Catatonia in a Medically Complex Patient: Electroconvulsive Therapy During Thromboembolic Disease and Intracerebral Hemorrhage
Daniel-Jiajun Yu, Violaine Masson et Bruno Riverin-Deschênes
p. 79–93
RésuméEN :
Catatonia is a neuropsychiatric syndrome with diverse etiologies and substantial morbidity in older adults, particularly when thromboembolic complications occur. While affective disorders are frequent precipitants, catatonia following cerebrovascular events remains under‑recognized.
A 71‑year‑old woman with recent multifocal ischemic stroke, vascular neurocognitive disorder and prior depression presented with a subacute syndrome of immobility and mutism. At initial outpatient evaluation, she exhibited marked catatonic signs (Bush-Francis Catatonia Rating Scale [BFCRS] 31/69). Lorazepam produced only partial improvement and was limited by sedation and dysarthria.
Given pharmacological resistance and tolerability issues, electroconvulsive therapy (ECT) was initiated, with clinical improvement after 2 sessions. ECT was interrupted due to COVID-19 infection, accompanied by proximal deep vein thrombosis and pulmonary embolism managed with apixaban. Within 1 month of ECT interruption, catatonia symptoms reemerged. After multidisciplinary consultations, ECT was cautiously restarted. Eleven consecutive ECT sessions were then performed, with varying frequency due to confusional states emerging at 3 sessions per week. A subsequent mechanical fall, along with neuroimaging findings consistent with a subacute intracerebral hemorrhage, prompted early discontinuation of ECT. Catatonia relapsed 2 months after discontinuation. Repetitive transcranial magnetic stimulation (rTMS) was tried without effect, and ECT was restarted with success and maintained. Adjunctive memantine and mirtazapine were trialed without clear benefit, while suspected underlying post-stroke depression was treated with high‑dose venlafaxine, which was continued throughout the entire clinical follow-up.
This case highlights the challenges of managing severe, post‑stroke catatonia in the context of venous thromboembolism, intracerebral hematoma as well as the benefits of a multidisciplinary approach.
FR :
La catatonie est un syndrome neuropsychiatrique aux étiologies diverses, associé à une morbidité importante chez les personnes âgées, particulièrement en présence de complications thromboemboliques. Bien que les troubles affectifs constituent des facteurs déclenchants fréquents, la catatonie survenant à la suite d’événements cérébrovasculaires demeure sous-reconnue.
Une femme de 71 ans avec un antécédent d’accident vasculaire cérébral ischémique multifocal récent, un trouble neurocognitif d’origine vasculaire et des symptômes anxio-dépressifs s’est présentée avec un syndrome subaigu d’immobilité et de mutisme. Lors de l’évaluation initiale en clinique externe, elle présentait des signes catatoniques marqués (Bush-Francis Catatonia Rating Scale [BFCRS] 31/69). Le lorazépam n’a entraîné qu’une amélioration partielle et son utilisation a été limitée par la sédation et la dysarthrie.
En raison d’une résistance aux traitements pharmacologiques et de problèmes de tolérance, une électroconvulsivothérapie (ECT) a été initiée, avec une amélioration clinique après 2 séances. L’ECT a été interrompue en raison d’une infection à la COVID-19, compliquée d’une thrombose veineuse profonde proximale et d’une embolie pulmonaire traitées par apixaban. Dans le mois suivant l’interruption de l’ECT, les symptômes de catatonie ont réapparu. Après des consultations multidisciplinaires, l’ECT a été reprise avec prudence. Onze séances consécutives d’ECT ont ensuite été réalisées, avec une fréquence variable en raison d’états confusionnels survenant à une fréquence de 3 séances d’ECT par semaine. Une chute mécanique subséquente, associée à des résultats de neuroimagerie compatibles avec une hémorragie intracérébrale subaiguë, a conduit à l’arrêt précoce de l’ECT. La catatonie a récidivé 2 mois après l’arrêt. Une stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) a été tentée sans effet, et l’ECT a été reprise avec succès et maintenue. Des traitements adjuvants (mémantine et mirtazapine), ont été essayés sans bénéfice clair, tandis qu’une dépression post-AVC suspectée a été traitée par venlafaxine à dose élevée, maintenue tout au long du suivi clinique.
Ce cas illustre les défis liés à la prise en charge d’une catatonie sévère post-AVC dans un contexte de thromboembolie veineuse et d’hémorragie intracérébrale, ainsi que les bénéfices d’une approche multidisciplinaire.
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Catatonie, délirium et trouble neurocognitif majeur en cooccurrence chez une femme âgée : étude de cas
Maude Cossette-Lefebvre et Nicolas Bergeron
p. 95–104
RésuméFR :
La catatonie est un syndrome neuropsychiatrique grave, mais sous-diagnostiqué chez la personne âgée, souvent confondu avec un délirium ou un trouble neurocognitif majeur, ce qui entraine un retard de prise en charge appropriée.
Une femme de 79 ans est admise pour un déclin cognitif rapide, une perte pondérale significative et un retrait social. Les premières évaluations évoquent un trouble dépressif caractérisé ou un trouble neurocognitif majeur. Les investigations neurologiques sont non concluantes. Après l’introduction d’un traitement psychotrope, l’évaluation psychiatrique met en évidence un mutisme, une prise de posture et un ralentissement psychomoteur marqué, répondant aux critères diagnostiques du DSM-5 pour la catatonie. Un test au lorazépam confirme le diagnostic. Les psychotropes sont interrompus et le lorazépam est titré jusqu’à 2 mg quatre fois par jour, avec amélioration clinique significative.
Une tomographie par émission de positons (TEP) cérébrale ultérieure associée à des observations cliniques suggère une maladie d’Alzheimer sous-jacente. Toutefois, la survenue d’un délirium cooccurrent impose une diminution progressive de la benzodiazépine. L’introduction de la mémantine permet le sevrage du lorazépam et une rémission symptomatique complète. La patiente obtient son congé hospitalier. Lors du suivi ambulatoire, la réapparition partielle de symptômes conduit à envisager des options thérapeutiques alternatives.
Ce cas illustre l’importance de reconnaître la catatonie chez les patients âgés présentant un déclin neurocognitif. Il met en évidence les défis diagnostiques et thérapeutiques liés à la coexistence d’une catatonie, d’un délirium et d’un trouble neurocognitif majeur, et souligne la nécessité d’une reconnaissance précoce et d’une approche multidisciplinaire afin d’optimiser le pronostic.
EN :
Catatonia is a severe but underrecognized neuropsychiatric syndrome that is frequently misdiagnosed as delirium or dementia in older adults, resulting in delayed and potentially inappropriate treatment.
A 79-year-old woman was admitted for rapid cognitive decline, significant weight loss, and social withdrawal. Initial evaluations suggested major depressive disorder or dementia. Neurological investigations were inconclusive. Following the initiation of psychotropic medication, psychiatric assessment revealed mutism, posturing, and marked psychomotor retardation, fulfilling DSM-5 criteria for catatonia. A lorazepam challenge test confirmed the diagnosis. Psychotropic medications were discontinued, and lorazepam was titrated to 2 mg 4 times daily, resulting in significant clinical improvement.
Subsequent brain positron emission tomography (PET) imaging along with clinical evidence supported the presence of an underlying Alzheimer’s disease. However, the emergence of superimposed delirium required gradual benzodiazepine tapering. Memantine was subsequently introduced, allowing lorazepam withdrawal and full symptomatic remission. The patient was discharged home. During outpatient follow-up, recurrence of partial symptoms prompted consideration of alternative therapeutic strategies.
This case underscores the importance of recognizing catatonia in older adults presenting with cognitive impairment. It highlights the diagnostic and therapeutic challenges posed by the coexistence of catatonia, delirium, and neurodegenerative disease, and emphasizes the need for early identification and a multidisciplinary approach to optimize outcomes.
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Schizo-obsessive disorder in a South Asian context: A case report highlighting religious obsessions and psychosis
Rahemeen Yusuf, Rabia Munir, Asad Tamizuddin Nizami, Ifrah Javed Malik, Mahadd Asad Nizami et Syed Fahad Javaid
p. 105–117
RésuméEN :
Background The co-occurrence of schizophrenia and obsessive-compulsive disorder has attracted increasing clinical and research attention, yet it is not recognised as a distinct diagnostic entity in current psychiatric classification systems. This overlap is associated with greater symptom severity, increased suicide risk, and poorer treatment outcomes. Despite its clinical relevance, reports from South Asia remain scarce. This case contributes regional data and supports the conceptualisation of a schizo-obsessive subtype, challenging existing nosological boundaries.
Case Presentation We report the case of a 29-year-old man with progressive social withdrawal, persecutory beliefs, and second-person auditory hallucinations. Symptoms emerged insidiously following a relational stressor and included religious-themed command hallucinations leading to a suicide attempt. Concurrently, he experienced intrusive, ego-dystonic religious images during prayer, accompanied by compulsive hand-washing and mental neutralising rituals related to blasphemous fears. There was no history of prior psychiatric treatment, substance use, or neurological illness. Mental state examination and structured assessments supported a diagnosis of schizophrenia with co-morbid moderate obsessive-compulsive symptoms. Treatment with olanzapine, followed by escitalopram, resulted in symptomatic improvement. Exposure and response prevention therapy showed sustained benefit in follow-up.
Conclusions This case highlights the clinical importance of recognising co-occurring schizophrenia and obsessive-compulsive symptoms, regardless of medication or neurological issues. Prominent religious themes suggest considering cultural and religious contexts, especially in highly religious societies. As a rare detailed report from Pakistan, it provides valuable regional data and indicates schizo-obsessive presentations may be under-recognised in South Asia. Recognising this profile can improve diagnosis, foster culturally sensitive treatments, and encourage further research.
FR :
Contexte La cooccurrence de la schizophrénie et du trouble obsessionnel-compulsif suscite un intérêt croissant chez les cliniciens et les chercheurs, mais elle n’est pas reconnue comme une entité diagnostique distincte dans les systèmes actuels de classification psychiatrique. Ce chevauchement est associé à une plus grande gravité des symptômes, à un risque accru de suicide et à de moins bons résultats thérapeutiques. Malgré son importance clinique, les rapports provenant d’Asie du Sud restent rares. Ce cas apporte des données régionales et soutient la conceptualisation d’un sous-type schizo-obsessionnel, remettant en question les frontières nosologiques existantes.
Présentation du cas Nous rapportons le cas d’un homme de 29 ans présentant un retrait social progressif, des croyances persécutrices et des hallucinations auditives à la deuxième personne. Les symptômes sont apparus insidieusement à la suite d’un facteur de stress relationnel et comprenaient des hallucinations de commandement à caractère religieux conduisant à une tentative de suicide. Parallèlement, il a fait l’expérience d’images religieuses intrusives et égodystoniques pendant la prière, accompagnée d’un lavage compulsif des mains et de rituels mentaux de neutralisation liés à des craintes blasphématoires. Il n’y avait pas d’antécédents de traitement psychiatrique, de consommation de substances ou de maladie neurologique. L’examen de l’état mental et les évaluations structurées ont confirmé un diagnostic de schizophrénie avec des symptômes obsessionnels-compulsifs modérés en comorbidité. Un traitement à l’olanzapine, suivi d’un traitement à l’escitalopram, a entraîné une amélioration des symptômes. La thérapie d’exposition et de prévention de la réponse a montré un bénéfice durable lors du suivi.
Conclusion Ce cas souligne l’importance clinique de reconnaître la cooccurrence de la schizophrénie et des symptômes obsessionnels-compulsifs, indépendamment du traitement médicamenteux ou des troubles neurologiques. Les thèmes religieux prédominants suggèrent de prendre en compte le contexte culturel et religieux, en particulier dans les sociétés très religieuses. En tant que rapport détaillé rare provenant du Pakistan, il fournit des données régionales précieuses et indique que les manifestations schizo-obsessionnelles pourraient être sous-diagnostiquées en Asie du Sud. La reconnaissance de ce profil peut améliorer le diagnostic, favoriser des traitements adaptés à la culture et encourager la poursuite des recherches.
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Syndrome d’Ekbom et schizophrénie : un « parasitage distinct » ?
André-Anne Racine-Prudhomme, Sophia Juca Narloch et Emmanuel Stip
p. 119–129
RésuméFR :
Le but de cette histoire de cas (case report) est d’exposer une difficulté clinique présentée par une patiente suivie au programme des troubles psychotiques de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal : la coexistence d’un syndrome d’Ekbom et d’une schizophrénie. La schizophrénie et le syndrome d’Ekbom (parasitose délirante) sont 2 entités psychiatriques distinctes, mais présentent des similitudes quant à la conviction délirante, le manque de discernement et la réponse au traitement antipsychotique. Le syndrome d’Ekbom peut survenir comme trouble délirant primaire ou comme manifestation secondaire au sein d’une schizophrénie. Les critères du DSM-5 de l’Association américaine de psychiatrie distinguent la schizophrénie par la présence de multiples symptômes psychotiques et une altération fonctionnelle plus importante, tandis que le syndrome d’Ekbom se définit par un délire somatique unique et systématisé, se manifestant souvent en dehors des contextes psychiatriques et s’accompagnant de symptômes négatifs moins envahissants.
EN :
The objective of this case report is to present a clinical challenge encountered by a patient followed at the Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM) Psychotic Disorders Program: the coexistence of Ekbom syndrome and schizophrenia. Schizophrenia and Ekbom syndrome (delusional parasitosis) are 2 distinct psychiatric entities, yet they share similarities regarding delusional conviction, lack of insight, and response to antipsychotic treatment. Ekbom syndrome can occur as a primary delusional disorder or as a secondary manifestation within the context of schizophrenia. The American Psychiatric Association’s DSM-5 criteria distinguish schizophrenia by the presence of multiple psychotic symptoms and greater functional impairment, whereas Ekbom syndrome is defined by a single, systematized somatic delusion, often manifesting outside of psychiatric contexts and accompanied by less pervasive negative symptoms.
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Délire de fellation et hallucinations cénesthésiques multimodales dans la schizophrénie : au-delà de l’incubus
Emmanuel Stip, Thomas Chamard-Bergeron, David Caron, Alexandre Kilburg, Tu-Khue Nguyen et Saolie Dubois
p. 131–145
RésuméFR :
Les hallucinations à contenu sexuel, en particulier cénesthésiques et orales, sont rarement décrites dans la littérature psychiatrique malgré leur potentiel de détresse et d’impacts sur le suivi thérapeutique. Nous rapportons le cas d’une femme de 51 ans présentant un ensemble complexe de symptômes psychotiques, incluant des hallucinations cénesthésiques à contenu de « relations sexuelles orales forcées », accompagnées d’hallucinations multimodales (gustatives, visuelles, auditives, olfactives) ainsi que d’une méfiance prononcée envers les soignants. À notre connaissance, en l’état actuel de la littérature scientifique explorée dans Medline et Google Scholar, aucune entité nosographique autonome correspondant à un « délire de fellation » (fellatio delusion) n’est reconnue, et ni le DSM-5-TR ni la CIM-11 ne décrivent de syndrome spécifique centré sur ce contenu. De telles manifestations s’intègrent davantage dans le cadre d’un sous-type rare et sévère d’hallucinations sexuelles ou somatiques au sein de troubles psychotiques constitués, le plus souvent du spectre schizophrénique, doivent être soigneusement distinguées du phénomène d’incubus, une parasomnie liée à la paralysie du sommeil, caractérisée par une sensation de pression corporelle et des hallucinations pouvant inclure une composante sexuelle. Nous discutons de la sémiologie, du diagnostic différentiel, des défis thérapeutiques, des implications éthiques et déontologiques, et de l’adaptation du suivi clinique, particulièrement en lien avec le genre des cliniciens impliqués.
EN :
Background Hallucinations with sexual content, particularly cenesthetic and oral hallucinations, are rarely reported in the psychiatric literature despite their significant potential for distress and impact on therapeutic engagement.
Case presentation We describe a 51-year-old woman presenting with a complex psychotic picture, including cenesthetic hallucinations experienced as “forced oral sexual acts,” associated with multimodal hallucinations (gustatory, visual, auditory, and olfactory) and marked mistrust toward healthcare providers.
Differential diagnosis A review of the literature using MEDLINE and Google Scholar found no recognized autonomous nosographic entity corresponding to a “fellatio delusion,” and neither the DSM-5-TR nor the ICD-11 describes a syndrome specifically centered on this content. Sexual-themed delusions in psychotic disorders are categorized by their general content rather than by specific sexual acts such as fellation. These manifestations are better conceptualized as a rare and severe subtype of sexual or somatic hallucinations within established psychotic disorders, most commonly schizophrenia spectrum disorders, and must be differentiated from the incubus phenomenon, a parasomnia occurring during sleep paralysis.
Treatment Management required an integrated and adaptive therapeutic approach addressing psychotic symptoms, patient distress, and relational challenges within the clinical team.
Outcome and follow-up Clinical follow-up highlighted the importance of tailoring care to ethical, relational, and gender-sensitive considerations in the therapeutic setting.
Discussion This case underscores the need for careful phenomenological assessment, accurate differential diagnosis, and ethically informed clinical adaptation when managing rare and distressing sexual hallucinations in psychotic disorders.
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Un syndrome de la tête qui explose traité par autohypnose : une étude de cas
Olivier Khayat, Cloé Blanchette-Carrière et Christophe Moderie
p. 147–157
RésuméFR :
Le syndrome de la tête qui explose (STE) est une parasomnie sensorielle survenant lors des transitions entre l’éveil et le sommeil, durant laquelle les patients entendent un bruit fort, bref et intense qui les réveillent. La rassurance est généralement indiquée, mais il n’existe pas de traitement validé pour les patients présentant des symptômes fréquents et incapacitants.
Nous rapportons le cas d’un homme ayant développé un STE après avoir cessé une utilisation chronique de cannabis. Les symptômes quotidiens et la détresse associée ont mené à une rechute de consommation. En parallèle, le patient a appris le Training autogène de Schultz par l’entremise d’un outil d’intelligence artificielle. Cet apprentissage a été mené dans l’objectif de traiter des terreurs nocturnes occasionnelles, durant lesquelles il criait et réveillait sa femme en début de nuit (lui-même étant amnésique des évènements).
Le patient décrit une soirée spécifique durant laquelle la combinaison du training autogène et du cannabis à haute teneur en THC aurait permis d’avorter la survenue d’un épisode de STE. Spécifiquement, le patient rapporte qu’un état de transe augmenté aurait facilité la genèse d’une formulation spécifique mettant fin à l’épisode. Depuis, le patient continue d’appliquer le training autogène quotidiennement et n’a pas eu de récidive de STE. Il a finalement réussi à cesser complètement le cannabis.
Ce cas suggère que l’autohypnose pourrait représenter une approche non pharmacologique prometteuse pour les patients ayant des formes sévères de STE. L’effet synergique rapporté entre les techniques d’autohypnose et l’utilisation d’agents psychoactifs est intrigante, mais demeure à étudier systématiquement.
EN :
Exploding Head Syndrome (EHS) is a sensory parasomnia occurring at transitions between wakefulness and sleep, during which patients hear a loud, brief, and intense noise that awakens them. Reassurance is generally indicated, but there is no validated treatment for patients with frequent and disabling symptoms.
We report the case of a man who developed EHS after discontinuing chronic cannabis use. Daily symptoms and the associated distress led to a relapse into use. In parallel, the patient learned Schultz autogenic training through an artificial intelligence tool. This training was undertaken with the aim of treating occasional sleep terrors, during which he would scream and awaken his wife at the beginning of the night (while he himself was amnestic of the events).
The patient describes a specific evening during which the combination of autogenic training and high‑THC cannabis appeared to abort the onset of an EHS episode. Specifically, he reports that a heightened trance state facilitated the generation of a specific formula that terminated the episode. Since then, the patient has continued to practice autogenic training daily and has had no recurrence of EHS. He ultimately succeeded in completely discontinuing cannabis.
This case suggests that self‑hypnosis could represent a promising non‑pharmacological approach for patients with severe forms of EHS. The reported synergistic effect between self‑hypnosis techniques and the use of psychoactive agents is intriguing but remains to be studied systematically.
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Clinically significant reduction of persistent late-onset auditory verbal hallucinations with adjunctive repetitive transcranial magnetic stimulation: A case report
Gustavo Macedo Mustafé, Béatrice Pelletier-De Koninck, Sébastien Brodeur, David Boivin-Lafleur, Alana Arrouet, Steven Laureys, Roxane S. Hoyer et Olivier Roy
p. 159–173
RésuméEN :
Late-onset auditory verbal hallucinations (AVH) present diagnostic and therapeutic challenges, particularly when antipsychotic treatment is limited by poor tolerability.
We report a case of a 75-year-old woman with de novo AVH temporally related to hemp oil use, in the general context of longstanding hearing impairment. Symptoms persisted and progressively worsened over 12 months despite discontinuation and antipsychotic treatment, resulting in marked distress and functional impairment. Adjunctive repetitive transcranial magnetic stimulation (rTMS) targeting the left temporoparietal cortex was administered in 2 separate treatment courses. Each course was associated with a marked reduction in AVH severity and enabled substantial tapering of antipsychotic medication. In both instances, symptom relapse occurred within 2-3 months after rTMS discontinuation. This case highlights the multifactorial nature of late-onset AVH and suggests that rTMS may serve as a time-limited, adjunctive intervention in selected older patients when pharmacological strategies are constrained, with potential implications for maintenance-based approaches.
FR :
Les hallucinations auditives verbales (HAV) tardives posent des défis diagnostiques et thérapeutiques, en particulier lorsque le traitement antipsychotique est limité par une mauvaise tolérance. Nous rapportons le cas d’une femme de 75 ans présentant des HAV de novo liées à la consommation d’huile de chanvre, dans un contexte général de déficience auditive de longue date. Les symptômes ont persisté et se sont progressivement aggravés pendant 12 mois malgré l’arrêt de l’huile de chanvre et la prise d’antipsychotiques, entraînant une détresse marquée et un déclin fonctionnel. La stimulation magnétique transcrânienne répétitive (SMTr) adjuvante ciblant le cortex temporo-pariétal gauche a été administrée en 2 cycles de traitement distincts. Chaque cycle a été associé à une réduction marquée de la gravité des AVH et a permis une diminution substantielle de la posologie des antipsychotiques. À la suite des 2 cycles, une rechute des symptômes est survenue dans les 2 à 3 mois suivant l’arrêt de la SMTr. Ce cas met en évidence la nature multifactorielle des hallucinations auditives tardives et suggère que la SMTr peut servir d’intervention adjuvante à durée limitée chez certains patients âgés lorsque les stratégies pharmacologiques sont limitées, avec des implications potentielles pour les approches basées sur le maintien.
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Quand la réalité virtuelle donne une voix au silence : un cas clinique d’un patient présentant un trouble schizoaffectif et une surdité bilatérale progressive traité par la thérapie Avatar
Laetitia Stip, Sabrina Giguère, Julie-Manon Deslongchamps, Kingsada Phraxayavong et Alexandre Dumais
p. 175–188
RésuméFR :
Les hallucinations auditives verbales (HAV) représentent un symptôme fréquent et souvent invalidant des troubles psychotiques. Malgré les traitements pharmacologiques, environ 30 % des patients continuent de présenter des HAV résistantes. La thérapie avatar (TA), une thérapie en réalité virtuelle, constitue une approche innovante visant à modifier la relation entre le patient et ses voix.
Ce cas clinique décrit l’évolution clinique d’un homme de 72 ans présentant un trouble schizoaffectif et une perte auditive bilatérale avec surdité presque totale à l’oreille droite. Il rapportait néanmoins des HAV perçues dans ses 2 oreilles, mais plus intenses du côté droit. Ce cas atypique soulève des enjeux spécifiques quant à la compréhension des mécanismes perceptifs et à l’adaptation des interventions thérapeutiques. Le patient a participé à un protocole de la TA comprenant 9 séances hebdomadaires à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM). Les évaluations cliniques pré- et post-thérapie ont montré une diminution significative de la fréquence et de la détresse associées aux HAV, une amélioration de la régulation émotionnelle et de la qualité de vie, ainsi qu’une réduction globale des symptômes psychiatriques La réévaluation clinique à 3 mois de suivi post-thérapie a confirmé un meilleur sentiment de contrôle et une relation moins menaçante avec les voix.
Ce cas met en évidence le potentiel de la TA chez des patients présentant des déficits sensoriels, et souligne l’importance d’approches thérapeutiques personnalisées intégrant les technologies immersives en santé mentale.
EN :
Auditory verbal hallucinations (AVH) are a common and often debilitating symptom of psychotic disorders. Despite pharmacological treatments, approximately 30% of patients continue to experience resistant AVH. Avatar therapy (AT), a virtual reality therapy, is an innovative approach aimed at changing the relationship between the patient and their voices.
This case report describes the clinical course of a 72-year-old man with schizoaffective disorder and bilateral hearing loss with almost total deafness in the right ear, who reported AVH in both ears, but more intense on the right side. This atypical clinical presentation raises specific issues regarding the understanding of perceptual mechanisms and the adaptation of therapeutic interventions. The patient participated in a AT protocol consisting of nine weekly sessions at the Montreal University Institute of Mental Health. Pre- and post-therapy clinical assessments showed a significant decrease in the frequency and distress associated with AVH, improved emotional regulation and quality of life, and an overall reduction in psychiatric symptoms. Clinical interviews confirmed a greater sense of control and a less threatening relationship with the voices.
This case highlights the potential of AT in patients with sensory impairments and emphasises the importance of personalised therapeutic approaches that incorporate immersive technologies in mental health.
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Effet de 3 mois de régime cétogène sur l’euthymie dans un trouble bipolaire de type II : étude de cas
Clara Rioux, Samuel Cholette-Tétrault, Véronique Dumas, Stephen Cunnane et Kevin Zemmour
p. 189–202
RésuméFR :
Les théories métaboliques de divers troubles psychiatriques suscitent un intérêt croissant dans la communauté médicale. Celles-ci sont soutenues par une littérature scientifique émergente suggérant un rôle central des dysfonctionnements énergétiques neuronaux dans diverses psychopathologies. Parallèlement, l’utilisation d’interventions métaboliques gagne en crédibilité dans la prise en charge de troubles psychiatriques, tels que le trouble bipolaire. Nous présentons ici le cas d’une patiente de 34 ans connue pour un trouble bipolaire de type II, un trouble de personnalité mixte ainsi qu’un trouble de l’usage de l’alcool et du cannabis, qui présente une euthymie avec des symptômes résiduels anxio-dépressifs persistants et une altération du fonctionnement global. Dans le cadre d’une approche thérapeutique complémentaire à la psychopharmacologie, la patiente a entrepris une intervention nutritionnelle cétogène d’une durée de 3 mois. À la fin de l’intervention, une amélioration cliniquement significative a été observée, tant sur le plan des paramètres anthropométriques que des symptômes psychiatriques. La patiente a également rapporté une amélioration notable de son niveau de fonctionnement quotidien et de sa qualité de vie. Ce cas contribue à la littérature grandissante soutenant le potentiel des interventions métaboliques en psychiatrie et souligne la pertinence de poursuivre l’exploration systématique de ces approches dans le traitement des troubles de l’humeur.
EN :
Metabolic theories of various psychiatric disorders are generating growing interest within the medical community. These theories are supported by an emerging scientific literature suggesting a central role of neuronal energy dysfunction in diverse psychopathologies. In parallel, the use of metabolic interventions is gaining credibility in the management of psychiatric disorders such as bipolar disorder. We present here the case of a 34-year-old woman with a known diagnosis of bipolar disorder type II, mixed personality disorder, and alcohol and cannabis use disorder, who exhibits euthymia with persistent residual anxio-depressive symptoms and impaired overall functioning. As part of a therapeutic approach complementary to psychopharmacology, the patient undertook a ketogenic nutritional intervention lasting 3 months. At the end of the intervention, a clinically significant improvement was observed, both in anthropometric parameters and in psychiatric symptoms. The patient also reported a marked improvement in her level of daily functioning and quality of life. This case contributes to the growing body of literature supporting the potential of metabolic interventions in psychiatry and highlights the relevance of pursuing systematic exploration of these approaches in the treatment of mood disorders.
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Traitement d’un trouble obsessionnel-compulsif de longue durée dans un programme intensif spécialisé : une étude de cas
Catherine Ouellet-Courtois et Rosanne Villemaire-Krajden
p. 203–217
RésuméFR :
Le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) est une condition invalidante pour laquelle l’exposition avec prévention de la réponse (EPR) constitue le traitement psychothérapeutique de première ligne. Malgré des données probantes solides, de nombreuses personnes atteintes n’ont pas accès à des interventions spécialisées, ce qui contribue à des trajectoires de soins longues, coûteuses et souvent peu efficaces. Ce cas décrit l’évolution d’une usagère de 66 ans présentant un TOC de plus de 40 ans, ayant participé à un programme intensif spécialisé en EPR offert dans un centre de santé universitaire. Les évaluations prétraitement, post-traitement et au suivi à 2 mois portaient sur la sévérité des symptômes, l’impact fonctionnel, l’acceptabilité du traitement, les attentes de changement et la disposition à tolérer l’inconfort associé aux expositions. Après 2 semaines d’intervention intensive, une diminution marquée de la sévérité du TOC, une amélioration significative du fonctionnement quotidien et une réduction notable des rituels ont été observées. Ces gains cliniques se sont maintenus et consolidés au suivi à 2 mois, en parallèle d’une confiance soutenue envers le traitement et d’un engagement durable dans les stratégies d’exposition. Ces résultats s’inscrivent dans la littérature démontrant l’efficacité des programmes intensifs, y compris pour des TOC de longue durée. Ce cas souligne l’importance de développer des services spécialisés pour le TOC au Québec et de former davantage de cliniciens aux approches fondées sur les données probantes. Il rappelle également que la chronicité du TOC n’est pas synonyme de résistance thérapeutique, mais plutôt d’un accès insuffisant à des interventions adéquates.
EN :
Obsessive–compulsive disorder (OCD) is a disabling condition for which exposure and response prevention (ERP) is the first-line psychotherapeutic treatment. Despite strong evidence supporting its efficacy, many individuals with OCD do not receive specialized care, resulting in lengthy, costly, and often ineffective treatment trajectories. This case report describes a 66-year-old woman with a more than 40-year history of OCD who participated in an intensive, specialized ERP program delivered within a university hospital setting. Assessments conducted at pretreatment, post-treatment, and at a 2-month follow-up examined symptom severity, functional impairment, treatment acceptability, expectations for improvement, and willingness to tolerate discomfort associated with exposure-based work. Following two weeks of intensive intervention, the patient demonstrated a substantial reduction in OCD symptom severity, marked improvements in daily functioning, and a significant decrease in ritualistic behaviors. These clinical gains were maintained and further consolidated at the 2-month follow-up, alongside sustained confidence in the treatment approach and continued engagement in exposure-based strategies. These findings are consistent with evidence supporting the effectiveness of intensive ERP programs, including for individuals with longstanding OCD. This case underscores the critical need to expand access to specialized OCD services and to enhance clinician training in evidence-based interventions in Québec. More broadly, it illustrates that chronicity should not be equated with therapeutic resistance, but often reflects limited access to appropriate, specialized care.
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Aggravation et modulation contextuelle de symptômes obsessionnels-compulsifs lors de tentatives de réinsertion communautaire chez un homme présentant un trouble psychotique et un trouble de stress post-traumatique complexe : étude de cas
Alexandre Hudon, Sophie Mongeon, Stéphanie Borduas Pagé et Fanie Chainey
p. 219–231
RésuméFR :
Ce rapport de cas décrit l’évolution clinique d’un homme adulte suivi en psychiatrie légale et communautaire, présentant une histoire complexe de trouble psychotique, de traumatisme développemental, de polytoxicomanie sévère et de désinsertion sociale prolongée. Le caractère original de ce cas réside dans l’émergence progressive de phénomènes obsessionnels-compulsifs atypiques lors des phases de réinsertion psychosociale structurée, phénomènes qui s’intensifient dans les contextes de demandes relationnelles et institutionnelles multiples, puis s’atténuent lorsque le patient se retire de certains engagements ou cadres imposés. Les symptômes dominants incluent des ruminations intrusives persistantes, des comportements ritualisés d’autoapaisement à visée somatique, ainsi que des conduites répétitives peu modulables par le raisonnement. Le diagnostic différentiel, les interventions thérapeutiques mises en place et l’évolution clinique sont discutés à la lumière des modèles contemporains des troubles obsessionnels-compulsifs, du stress post-traumatique complexe et des trajectoires de réinsertion chez des patients psychotiques judiciarisés. Ce cas met en évidence l’importance de considérer l’environnement psychosocial comme un facteur dynamique pouvant majorer ou atténuer les symptômes obsessionnels-compulsifs, indépendamment de la stabilité psychotique apparente.
EN :
This case report describes the clinical course of an adult man followed in forensic and community psychiatry, presenting a complex history of a psychotic disorder, developmental trauma, severe polysubstance use, and prolonged social marginalization. The originality of this case lies in the progressive emergence of atypical obsessive-compulsive phenomena during phases of structured psychosocial reintegration. These phenomena intensify in contexts of multiple relational and institutional demands and attenuate when the patient withdraws from certain commitments or imposed frameworks. Predominant symptoms include persistent intrusive ruminations, ritualized somatic self-soothing behaviors, and repetitive actions that are poorly modifiable through reasoning. The differential diagnosis, therapeutic interventions, and clinical evolution are discussed in light of contemporary models of obsessive-compulsive disorders, complex post-traumatic stress disorder, and reintegration trajectories among justice-involved patients with psychotic disorders. This case highlights the importance of considering the psychosocial environment as a dynamic factor that may exacerbate or mitigate obsessive-compulsive symptoms, independently of apparent psychotic stability.
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Traitement de la dissociation dans un trouble de la personnalité limite avec trouble dissociatif de l’identité et trouble de stress post-traumatique complexe : un cas clinique
Barnabé Kiepura, Félix-Antoine Bérubé et Lionel Cailhol
p. 233–243
RésuméFR :
Nous décrivons la trajectoire d’une femme de 24 ans connue pour un trouble de la personnalité limite (TPL) et une histoire traumatique complexe, qui présente des crises dissociatives importantes. L’évaluation initiale comprenant un entretien psychiatrique, l’utilisation d’échelles (PCL-5, CAPS-5) et la récolte d’informations collatérales permet d’identifier un Trouble de stress post-traumatique (TSPT) complexe comorbide ainsi qu’un trouble dissociatif de l’identité (TDI) et un TPL ne rencontrant plus les pleins critères diagnostiques. Le traitement consiste en une approche psychiatrique et psychothérapeutique intégrée selon le modèle TCD-TSPT. Après un suivi d’un peu plus d’un an et 45 séances de thérapie, la patiente est considérée en rémission clinique du TSPT, alors que les symptômes dissociatifs attribuables au TDI persistent, mais sont d’intensité moindre. Ce cas illustre que la réponse à la TCD-TSPT peut être favorable chez les patients ayant un TDI comorbide. Le suivi à un an post-thérapie met en lumière une persistance des crises dissociatives et un maintien de la rémission clinique du TSPT. La patiente partage sa perspective par rapport à son expérience en thérapie. Il s’agit à notre connaissance du premier cas rapporté des résultats à un an post-thérapie d’un traitement par l’approche TCD-TSPT chez une personne avec la comorbidité TSPT complexe et TDI.
EN :
We describe the trajectory of a 24-year-old woman with a history of borderline personality disorder (BPD) and complex trauma who presented with significant dissociative episodes. The initial assessment—including a psychiatric interview, the use of standardized measures (PCL-5, CAPS-5), and collateral information gathering—identified complex post-traumatic-stress disorder (PTSD) comorbid with dissociative identity disorder (DIID) and incomplete diagnostic criteria for BPD. Treatment consisted of an integrated psychiatric and psychotherapeutic approach based on the DBT-PTSD model. After just over one year of follow-up and 45 therapy sessions, the patient was in clinical remission from PTSD, while dissociative episodes attributable to DID persisted at a lower intensity. This case illustrates that response to DBT-PTSD may be favorable in patients with comorbid DID. The one-year follow-up highlights the persistence of dissociative episodes alongside sustained clinical remission of PTSD. The patient also shares her perspective on her therapeutic experience. This is, to our knowledge, the first reported case of the results of DBT-PTSD on a person with both complex PTSD and DID, at one year of follow-up after finishing therapy.
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Au-delà des mots, la complexité du diagnostic différentiel et du traitement des comportements ritualisés sévères chez un adolescent autiste sans langage fonctionnel avec une déficience intellectuelle : un rapport de cas
Audrey Côté, Pascale Grégoire et Valérie Courchesne
p. 245–256
RésuméFR :
Les jeunes autistes diagnostiqués avec une déficience intellectuelle (DI) associée représentent près d’1/3 de la population autistique. Or, la majorité des études sur la santé mentale en autisme portent sur des personnes autistes sans DI, donc les besoins en santé mentale chez ces jeunes sont conséquemment encore mal compris. Le présent rapport de cas porte sur le suivi en pédopsychiatrie de Nabil (nom fictif), un jeune autiste avec une DI, qui est suivi depuis près de 10 ans pour des symptômes variés, dont des comportements ritualisés s’inscrivant dans un profil diagnostique complexe et rare. Sur le plan neurodéveloppemental, en plus des symptômes associés à l’autisme et la DI, un diagnostic de trouble de déficit d’attention/hyperactivité (TDAH) et de syndrome Gilles de La Tourette (SGT) ont été posés, mais le TDAH n’a pas été maintenu. De la catatonie associée à l’autisme a également émergé et est présentement en rémission. Sur le plan de la santé mentale, un diagnostic de trouble obsessionnel-compulsif (TOC) a été posé et des problèmes de comportement ont été notés, sans être attribués aux diagnostics préalables. Le cas présenté vise 3 objectifs spécifiques : 1- illustrer les défis inhérents à l’évaluation du potentiel intellectuel chez les autistes avec un fonctionnement adaptatif très bas et l’impact sur la prise en charge de ces jeunes, 2- donner des pistes pour le diagnostic différentiel des rituels autistiques, des compulsions, des tics, des stéréotypies et du TDAH au sein de cette même population et 3- sensibiliser à la sous-identification de la catatonie chez les jeunes autistes.
EN :
Autistic youth diagnosed with an associated intellectual disability (ID) represent nearly one third of the autistic population. However, the majority of studies on mental health and autism focus on autistic individuals without ID. Therefore, the mental health needs of autistic youth with an ID are still poorly understood. This case report focuses on the psychiatry follow-up of Nabil (fictitious name), an autistic adolescent with ID who has been treated for nearly 10 years for various symptoms, including ritualized behaviors that are part of a complex and rare diagnostic profile. In terms of neurodevelopmental disorders, in addition to symptoms associated with autism and ID, a diagnosis of attention deficit/hyperactivity disorder (ADHD) and Tourette syndrome was made, but the ADHD diagnosis was not maintained. Catatonia associated with autism has also emerged and is currently in remission. In terms of mental health, a diagnosis of obsessive-compulsive disorder (OCD) was made and behavioral problems were noted, without being attributed to the previous diagnoses. The presented case has three specific objectives: 1-to illustrate the challenges inherent in assessing the intellectual potential of autistic individuals with very low adaptive functioning and the impact on the treatment; 2- to provide avenues for the differential diagnosis of autistic rituals, compulsions, tics, stereotypies, and ADHD within this population and 3- to raise awareness about the underdiagnosis of catatonia in autistic youth.
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Tracer la voie du retour au travail durable : étude de cas clinique et organisationnelle d’une intervention de coordination de retour au travail auprès d’une employée en invalidité pour un trouble mental courant
Eve-Lyne Robitaille-Beaumier, Catherine Trudel, Valérie Poulin et Marc Corbière
p. 257–268
RésuméFR :
Introduction Les arrêts prolongés et les échecs de retour au travail (RaT) liés aux troubles mentaux courants (TMC) ont des répercussions importantes pour les employés et les milieux de travail. Dans ce contexte, les coordonnateurs de retour au travail (CORATs) jouent un rôle central en coordonnant les acteurs impliqués et en soutenant des interventions adaptées.
Contexte Le RaT s’inscrit dans une séquence en 3 phases, de l’annonce de l’arrêt à la consolidation du retour complet. L’utilisation d’outils standardisés, tels que l’ORTESES (Obstacles au retour au travail et sentiment d’efficacité pour les surmonter), soutient de façon essentielle les interventions cliniques et organisationnelles des CORAT.
Description du cas Cet article présente une étude de cas clinique de nature organisationnelle d’une intervention de coordination de retour au travail auprès d’une infirmière en arrêt pour un trouble de l’adaptation. Deux CORATs décrivent leur démarche : évaluation des obstacles, identification des enjeux prioritaires et mise en place de stratégies ciblées. Celles‑ci incluent la psychoéducation, l’élaboration d’un plan de prévention des rechutes, la préparation des rencontres avec la gestionnaire et l’ajustement continu des interventions durant le retour progressif.
Implications pour la pratique Cette étude de cas met en lumière le rôle essentiel des CORATs dans la coordination du RaT pour un TMC. Elle montre comment des pratiques structurées, combinant outils validés et interventions personnalisées, soutiennent un retour durable, préviennent les rechutes et favorisent la collaboration interacteurs dans le milieu de travail.
EN :
Introduction Prolonged absences and unsuccessful return‑to‑work (RTW) attempts related to common mental disorders (CMD) have significant repercussions for employees and workplaces. In this context, Return‑to‑Work Coordinators (RTW‑C) play a central role by coordinating the various stakeholders involved and supporting the implementation of tailored interventions.
Context RTW unfolds through a three‑phase sequence, from the initial sick‑leave notification to the consolidation of full reintegration. The use of standardized tools, such as the Return-to-work obstacles and self-efficacy scale (ROSES), provides essential support for guiding both clinical and organizational interventions carried out by RTW‑C.
Case Description This clinical and organizational case study examines the support process implemented for a nurse on sick leave for an adjustment disorder. Two RTW‑Cs describe their approach: assessing obstacles, identifying priority issues, and implementing targeted strategies. These include psychoeducation, developing a relapse‑prevention plan, preparing meetings with the supervisor, and continuously adjusting interventions throughout the graded RTW process.
Practice Implications This case report highlights the crucial role of RTW‑C in coordinating RTW for employees with CMD. It demonstrates how structured practices that combine validated tools and personalized clinical interventions can support sustainable work reintegration, prevent relapse, and promote constructive collaboration among stakeholders.
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Le jeu en vaut la chandelle : un partenariat qui éclaire l’intégration au travail de personnes vivant avec un trouble de la personnalité
Charles Groleau, Nadine Larivière et Andrew Freeman
p. 269–280
RésuméFR :
Bien que l’action intersectorielle soit valorisée et reconnue comme essentielle afin d’améliorer la santé de la population, sa mise-en-oeuvre demeure un défi. Dans cette histoire de cas organisationnelle à visée pédagogique, nous présentons et mettons en lumière un partenariat récent entre une clinique spécialisée dans le traitement du trouble de la personnalité (rattachée au réseau public des services de santé) et un organisme en employabilité (rattaché au réseau communautaire) dans le cadre de la mise en oeuvre de l’intervention Borderline Intervention for Work Integration (BIWI), une intervention porteuse d’intégration à l’emploi pour les personnes vivant avec un trouble de personnalité limite. Les principaux défis rencontrés ont été sur le plan de l’intégration de l’intervention dans la trajectoire de services et l’arrimage entre les différents services. Ils ont été surmontés en faisant preuve de curiosité, de flexibilité et de dialogue. L’expérience de collaboration a été appréciée par les personnes intervenantes et utilisatrices de services. Des retombées positives sont vécues par les professionnels sur le plan du sentiment de confiance et de compétence, et l’enthousiasme à collaborer demeure. À notre avis, cette expérience illustre la plus-value des actions intersectorielles dans le domaine de la réadaptation au travail, et nous souhaitons que cette expérience puisse inspirer d’autres équipes à se lancer dans une telle démarche collaborative malgré les défis présents.
EN :
Although cross-sectoral collaboration is valued and recognized as essential for improving population health, putting it into practice remains a challenge. In this educational organizational case study, we present and highlight a recent partnership between a clinic specializing in the treatment of personality disorders (affiliated with the public health care system) and an employability organization (affiliated with the community sector) as part of the implementation of the program called Borderline Intervention for Work Integration (BIWI), an intervention designed to support work reintegration of people living with borderline personality disorder.
The main challenges encountered were related to integrating the intervention into the service pathways and coordinating between the various services. These challenges were overcome through curiosity, flexibility, and dialogue. The collaborative experience was appreciated by both practitioners and service users. Positive outcomes were observed with respect to increased confidence and sense of competence; enthusiasm for collaboration remains strong. In our view, this experience illustrates the added value of cross-sectoral practices in the field of work rehabilitation, and we hope that this experience may inspire other teams to engage in similar collaborative initiatives despite the challenges involved.
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Au-delà du TPL : une analyse de la dysrégulation émotionnelle à travers un cas complexe
Natanièle Picard, Marie-Laurence Guével et Estelle Ouellet
p. 281–292
RésuméFR :
La dysrégulation émotionnelle est souvent rapidement attribuée au trouble de la personnalité limite (TPL), en particulier lorsqu’il y a des visites répétées à l’urgence. Cette étude de cas illustre l’importance d’une évaluation globale et interdisciplinaire lorsque la présentation clinique est complexe. Johanne (nom fictif), une femme dans la quarantaine sans antécédent psychiatrique, est devenue une grande utilisatrice des services d’urgence à la suite de stresseurs psychosociaux aigus. Pendant plusieurs années, les diagnostics retenus sont ceux de TPL avec des traits dépendants. Cependant, les observations en consultation externe ont soulevé des doutes quant à la justesse de ces diagnostics. Une réévaluation approfondie, incluant une évaluation fonctionnelle en ergothérapie et une évaluation en neuropsychologie, a révélé des limitations cognitives significatives compatibles avec une intelligence limite. Ces constats suggéraient que les crises découlaient moins de peurs d’abandon, typiques du TPL, que de situations dépassant ses capacités cognitives et adaptatives. L’ajustement des interventions (simplification importante de la thérapie comportementale dialectique [TCD], accent sur la résolution de problèmes concrets et clarification du plan de crise) a entraîné des améliorations notables : diminution marquée des visites à l’urgence et retour durable à l’emploi. Ce cas souligne le risque d’un diagnostic prématuré de TPL en présence de dysrégulation émotionnelle et la pertinence d’évaluations fonctionnelles et interdisciplinaires pour mieux identifier la pathologie sous-jacente à la dysrégulation émotionnelle dans les profils complexes.
EN :
Emotional dysregulation is often quickly attributed to Borderline Personality Disorder (BPD), particularly when repeated emergency department visits are involved. This case study illustrates the importance of a comprehensive, interdisciplinary assessment when the clinical presentation is complex. Johanne (fictional name), a woman in her forties with no prior psychiatric history, became a high user of emergency services following acute psychosocial stressors. For several years, the diagnoses retained were BPD with dependent traits. However, outpatient clinical observations raised doubts about the accuracy of these diagnoses. A thorough reassessment, including a functional occupational therapy evaluation and a neuropsychological assessment, revealed significant cognitive limitations consistent with borderline intellectual functioning. These findings suggested that her crises stemmed less from abandonment fears typical of BPD and more from situations exceeding her cognitive and adaptive capacities. Adjusting the interventions (substantial simplification of Dialectical Behavior Therapy [DBT], emphasis on concrete problem-solving, and clarification of her crisis plan) led to notable improvements, including a marked reduction in emergency visits and a sustained return to employment. This case highlights the risk of prematurely diagnosing BPD when emotional dysregulation is present and underscores the relevance of functional, interdisciplinary assessments to better identify the underlying psychopathology driving emotional dysregulation in complex profiles.
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Art comme processus vivant : créativité et santé mentale, une analyse du processus créatif assistée par intelligence artificielle : une étude de cas
Myriam Lemire et Alexandre Hudon
p. 293–307
RésuméFR :
La créativité artistique entretient des relations complexes et bidirectionnelles avec la santé mentale, pouvant à la fois refléter la vulnérabilité psychique et constituer un puissant vecteur de régulation émotionnelle, de symbolisation et de résilience. Parallèlement, les modèles de langage de grande taille (LLM) émergent comme des outils innovants pour soutenir l’analyse qualitative de processus subjectifs complexes. Cette étude de cas présente le parcours d’une artiste émergente, également psychiatre, vivant avec une maladie auto-immune chronique, ayant documenté de manière longitudinale son processus créatif lors de la réalisation d’une série d’oeuvres en techniques mixtes. L’objectif était d’explorer le processus créatif comme espace transformationnel dans un contexte de maladie chronique, où l’art agit à la fois comme levier de résilience et de reconfiguration identitaire. Vingt-six enregistrements audio réflexifs ont été recueillis sur une période de 6 mois, transcrits puis analysés à l’aide d’une approche qualitative hybride combinant une analyse thématique inductive et une analyse assistée par intelligence artificielle (GPT-4.0), dans un environnement local sécurisé. Sept thèmes centraux ont émergé, décrivant l’art comme un processus existentiel, dialogique et incarné, mobilisé face à la maladie, à l’invisibilité, à la mort et aux enjeux identitaires. L’analyse met en évidence une transformation cognitive, affective et métacognitive progressive, évoquant une dynamique de croissance post-traumatique. Cette étude illustre le potentiel intégratif de la pratique artistique soutenue par une narration réflexive et une analyse assistée par l’IA, tout en soulignant les apports et les limites des LLM comme outils complémentaires en recherche qualitative en santé mentale.
EN :
Artistic creativity maintains complex and bidirectional relationships with mental health, simultaneously reflecting psychological vulnerability and serving as a powerful vehicle for emotional regulation, symbolization, and resilience. In parallel, large language models (LLMs) are emerging as innovative tools to support the qualitative analysis of complex subjective processes. This case study presents the longitudinal trajectory of an emerging artist who is also a psychiatrist and lives with a chronic autoimmune disease, documenting her creative process throughout the development of a series of mixed-media artworks. The objective was to explore the creative process as a transformational space within the context of chronic illness, in which art functions both as a lever for resilience and as a means of identity reconfiguration. Twenty-six reflective audio recordings were collected over a six-month period, transcribed, and analyzed using a hybrid qualitative approach combining inductive thematic analysis with artificial intelligence—assisted analysis (GPT-4.0) within a secure local environment. Seven central themes emerged, conceptualizing art as an existential, dialogical, and embodied process mobilized in response to illness, invisibility, mortality, and identity-related challenges. The analysis highlights a progressive cognitive, affective, and metacognitive transformation, suggesting a trajectory of post-traumatic growth. This study illustrates the integrative potential of artistic practice supported by reflective narration and AI-assisted analysis, while also underscoring both the contributions and the limitations of LLMs as complementary tools in qualitative
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La prière du kèze riporte
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50 ANS DE PARTAGE