Transcr(é)ation Tous les articles de cette revue sont soumis à un processus d’évaluation par les pairs.
Volume 8, numéro 1, 2026 Nouvelles recherches en intermédialité au Canada New research in Intermediality in Canada Sous la direction de Kirsty Bell et Marie Pascal
Le terme intermédialité désigne généralement des oeuvres qui font dialoguer ou qui mettent en relation divers supports, formes, modes d’expression ou matières, bref divers médias. Comme le dit Éric Méchoulan, l’intermédialité est un « creuset de médias dans lequel émerge, flotte, circule, change, s’établit peu à peu ce qui en vient à prendre le visage apparemment reconnaissable de tel ou tel média », ajoutant que « l’intermédialité nous engage dans une dynamique d’où émerge chaque média » (2017). / The term intermediality generally refers to works that create a dialogue or relationship among various forms, supports, modes of expression or materials, in short, among various media. As Éric Méchoulan notes, intermediality is a “melting pot of media in which emerges, floats, circulates, changes, and gradually establishes itself, something which comes to take on the apparently recognizable face of this or that media,” adding that “intermediality engages us in a dynamic from which each media emerges” (2017).
Sommaire (10 articles)
Introduction / Introduction
Articles / Articles
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De photographies et de dessins : récits de traces et nostalgie chez Michel Rabagliati
Juliette Valcke
p. 1–28
RésuméFR :
Depuis le début des années 2000, la série Paul de Michel Rabagliati a conquis un large public et s’est mérité de nombreux prix. En retraçant différentes expériences liées à l’enfance, l’adolescence et la vie adulte du personnage principal, alter ego de l’auteur, les Paul abordent en effet des sujets universels comme la famille, l’amour, l’amitié, la parentalité et la mort. Nous montrons toutefois dans cet article que le succès de la série ne tient pas seulement à l’universalité de ses thèmes mais aussi et surtout à l’ambiance à la fois nostalgique et contemplative de ses histoires, une ambiance qui découle notamment de l’omniprésence de la photographie. Qu’elle soit à la source de l’inspiration graphique, qu’elle représente un embrayeur scénaristique ou qu’elle apparaisse comme adjuvant du processus mémoriel puisqu’elle conserve la trace d’événements, de lieux ou de personnes ayant marqué l’auteur, la photographie joue en effet un rôle essentiel dans les œuvres du bédéiste québécois. Nous approfondissons donc dans notre article cette question de la polyvalence de la photographie chez Rabagliati tout en rappelant les principales notions théoriques relatives à sa nature de trace mémorielle (Philippe Hamon, Jean-Pierre Montier, Pierre Nora, Paul Ricoeur), ce qui nous permet ultimement de démontrer que c’est par l’alliance des médiums artistiques du dessin et de la photographie que Rabagliati transmet de façon aussi remarquable sa nostalgie face à la fuite du temps.
EN :
Since the early 2000s, Michel Rabagliati's graphic novel collection Paul has captivated a wide audience and won numerous awards. By recounting various experiences related to the childhood, adolescence, and adult life of the main character, the author's alter ego, the Paul stories address universal themes such as family, love, friendship, parenthood, and death. This article demonstrates however that the series' success stems not only from the universality of its themes but also, and perhaps more importantly, from the simultaneously nostalgic and contemplative atmosphere of its stories, an atmosphere that arises in particular from the omnipresence of photography. Whether it serves as the source of graphic inspiration, acts as a narrative catalyst, or serves as an aid to the process of memory by preserving traces of events, places, or people related to the author, photography plays a crucial role in the works of this Québécois comic book artist. Our article delves deeper into this question of the versatility of photography in Rabagliati's work, while recalling the main theoretical notions relating to its nature as memorial trace (Philippe Hamon, Jean-Pierre Montier, Pierre Nora, Paul Ricœur), which will ultimately allow us to demonstrate that it is through the alliance of the artistic mediums of drawing and photography that Rabagliati so remarkably conveys his nostalgia for the passage of time.
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Une lisibilité des creux : du régime intermédial par le vide dans « nos suppressions » de Céline Huyghebaert
Corentin Lahouste
p. 1–21
RésuméFR :
Au départ d’une lecture rapprochée du livre d’artiste nos suppressions de l’écrivaine-artiste franco-québécoise Céline Huyghebaert – s’inscrivant dans un plus large chantier de création multimodal –, il s’agit d’analyser comment une dynamique intermédiale s’y configure en s’appuyant sur l’intensification de ce qui échappe, fait défaut, opère par soustraction. On souligne la façon dont le régime de l’entre dont l’intermédialité procède, qui induit un espace laissé vacant entre différentes instances et configurations sémiotico-médiatiques, se révèle vivificateur de possibles et de resignifiances, d’un positionnement décalé, régénérateur.
EN :
Drawing on a close reading of the artist’s book nos suppressions by the Franco-Quebecois writer and artist Céline Huyghebaert—which forms part of a wider multimodal creative project—, I analyse how an intermedial dynamic takes shape within it, relying on the intensification of that which eludes, is lacking, or operates through subtraction. I highlight how the regime of the ‘in-between’ from which intermediality proceeds—which creates a vacant space between different semiotic-mediatic instances and configurations—proves to be a source of new possibilities and reinterpretations, of a shifted, regenerative positioning.
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Filling the Brother’s Elegy with Light and Shadow: Photo-Poetic Testimonies in Anne Carson’s Nox
Elpida Ziavra
p. 1–20
RésuméEN :
This article opens the box of Anne Carson’s 2010 artist’s book/epitaph/photographic album Nox, meaning night in Latin, in order to explore the potentiality of the poetic and photographic media incorporated in this hybrid body of work, a testament to the life and death of the brother, Michael, who has always remained opaque and indecipherable. His sister searches for him in the material remains, ruins, ephemera, and fragments he left behind, such as his photographs and the scarce letters and postcards he sent home. My particular focus will be on the interplay between the photographic archives—which either appear as traditional family portraits, or get cut up, destroyed, fragmented, and stapled back together in unlikely poses—and the different literary genres coexisting in Nox, like Catullus’ elegiac poem 101 and Carson’s short, poetic, epigraphic, cryptic texts. I also think outside the box that is Nox, with Carson’s aesthetic choice to turn this brilliant text into a performance that interweaves modern dance with music and her poetic reading, which adds to the corpus of Nox what is missing and what it metonymically stands for, that is, flesh-and-blood bodies. Nox ponders on mourning, historiography, and the impossibility of fully and objectively testifying for the uniqueness and memory of the beloved dead; I argue that an intermedial and multisensorial approach is required in order to start testifying for any event, let alone for a human being’s complex life and death history.
FR :
Cet article ouvre la boîte de Nox d’Anne Carson (2010), à la fois livre d’artiste, épitaphe et album photographique, dont le nom signifie « nuit » en latin. Il explore le potentiel des médiums poétiques et photographiques qui composent cette œuvre hybride pour témoigner de la vie et de la mort de Michael, le frère, qui a resté à jamais énigmatique et insaisissable. Sa soeur le recherche parmi les vestiges matériels, les ruines, les objets éphémères et les fragments qu’il a laissés, tels que ses photographies et les rares lettres et cartes postales qu’il a envoyées à sa famille. L’analyse portera sur l’interaction entre les archives photographiques – tantôt présentées comme des portraits de famille traditionnels, tantôt découpées, fragmentées et réassemblées dans des poses improbables – et les différents genres littéraires présents dans Nox, comme le poème élégiaque n° 101 de Catulle et les courts textes poétiques, épigraphiques et énigmatiques de Carson. Ma recherche se répand aussi dehors de la boîte de Nox, grâce au choix de Carson de transformer son texte en une performance mêlant danse contemporaine, musique, et lecture poétique, qui enrichit l’œuvre de Nox en lui apportant ce qui lui manque et ce qu’elle représente métonymiquement : des corps de chair et de sang. Nox interroge le deuil, l’historiographie et l’impossibilité de témoigner de l’exceptionnalité et de la mémoire des morts aimés, à travers d’une approche intermédiale et multisensorielle qui témoigne de l’histoire complexe de la vie et de la mort d’un être humain.
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Diégèse générale : la mémoire végétale du futur dans Biidaaban : First Light (2018) de Lisa Jackson
Émile Lévesque-Jalbert
p. 1–18
RésuméFR :
Cet article aborde l’environnement en tant que processus de médiation dans l’oeuvre immersive Biidaaban : First Light (2018) de la réalisatrice anichinabée Lisa Jackson. Cette œuvre relevant du futurisme autochtone fait circuler les spectateur·trices dans une place publique désaffectée de Toronto. Toutefois, l’espace n’est pas dystopique pour autant, car il a été reconquis et réinvesti par la végétation indigène qui recouvre l’architecture urbaine. À cette imagerie vient s’ajouter une narration écrite et récitée en langues mohawk, wendat et ojibwé, qui s’intègre à l’environnement visuel et sonore, évoquant la présence ancestrale de ces peuples sur le territoire. Ainsi, cette œuvre met en place des interactions entre virtuel et matériel, fictif et réel, humain et non-humain, qui invitent à considérer la médiation par laquelle se constitue un environnement. En ce sens, Biidaaban amène à penser l’environnement non plus comme ce qui est là, à disposition dans un espace donné, un simple habitat, mais comme un territoire où ce qui se raconte est l’expression d’une mémoire des lieux. Alors que la narratologie conçoit le décor comme un arrière-plan à l’avant-plan des actions humaines, le futurisme autochtone et la mise en espace des plantes dans Biidaaban permet de donner consistance au territoire et aux relations bioculturelles qui le composent. En m’appuyant sur des notions issues des études littéraires, autochtones et intermédiales, je propose au terme de mon analyse une conception généralisée du concept de diégèse afin de mettre en évidence la médiation entre matière physique, organisme vivant et forme culturelle par laquelle se constitue ce que l’on appelle l’environnement.
EN :
This article examines the environment as a process of biocultural mediation in the immersive work Biidaaban: First Light (2018) by Anishinaabe director Lisa Jackson. This indigenous futurist work moves the viewer through an abandoned public square in Toronto. However, the space is not dystopian as such, because it has been reclaimed by Indigenous plant life that covers the urban architecture and. Some traces also suggest the presence of an active human community.Added to this imagery is a narration written and spoken in Mohawk, Wendat, and Ojibwe, which is integrated into the visual and sound environment, evoking the ancestral presence of these peoples on the territory. In this way, the work sets up interactions between virtual and material, fictional and real, human and non-human, which underlines the mediation through which an environment is constituted.In this sense, as a work of environmental storytelling, Biidaaban leads us to think of the environment no longer as something simply “there,” available within a given space, a mere habitat, but as a territory where what is narrated expresses a memory of place. Whereas narratology conceives of settings as a background to the foreground of human actions, Indigenous futurism and the presence of plants in Biidaaban provide insight into the aesthetic dimension of the territory and to the biocultural relations that compose it.Drawing on concepts from literary studies, Indigenous studies, and intermedial studies, I conclude my analysis of Biidaaban: First Light by evoking the meaning of the title, in order to highlight the mediation between physical matter, living organisms, and cultural form through which what we call the environment is constituted.
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La remédiation et l’autochtonisation de récits allochtones dans Le journal de Knud Rasmussen (Kunuk et Cohn, 2006)
Karine Bertrand
p. 1–21
RésuméFR :
Cet article examine comment les cinéastes Zacharias Kunuk et Norman Cohn, dans leur long-métrage Le journal de Knud Rasmussen (2006), se sont inspirés des carnets de l’anthropologue Knud Rasmussen (1920) pour mettre de l’avant l’agentivité des peuples et individus inuit à un moment charnière de leur histoire. Dans un premier temps, ce texte explore la dimension collective et collaborative d’un processus de remédiation (de l’écrit à l’écran) qui engage de plusieurs façons des individus, des familles et des communautés dans des gestes de souveraineté narrative, lesquels sont mis en lumière à travers la parole des cinéastes et de leurs personnages ainsi que par le partage de leurs expériences respectives. Dans un second temps, l’article explique comment ce processus de remédiation renvoie à une autochtonisation du médium, à travers l’utilisation d’une esthétique qui, par-delà les textes écrits (et d’origine) ayant inspiré les deux films à l’étude, valorise l’oralité - plus précisément la parole et la voix - ainsi que les langues et territoires inuits.
EN :
This article examines how filmmakers Zacharias Kunk and Norman Cohn, in their feature film The Journals of Knud Rasmussen* (2006), drew inspiration from the journals of anthropologist Knud Rasmussen (1920) to highlight the agency of Inuit peoples and individuals at a pivotal moment in their history. First, this text explores the collective and collaborative dimension of a process of remediation (from the written word to the screen) that engages individuals, families, and communities in acts of narrative sovereignty, which are highlighted through the words of the filmmakers and their characters, as well as through the sharing of their respective experiences. Secondly, the article explains how this process of remediation points to an indigenization of the medium, through the use of an aesthetic that, beyond the written (and original) texts that inspired the two films under study, values orality—more specifically speech and voice—as well as Inuit languages and territories.
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Pirates of the Sun : la transmédialité post-internet expérimentée en création indisciplinée
Mil Feux
p. 1–31
RésuméFR :
L’article analyse la transformation profonde de l’expérience sensible à l’ère post-internet à travers un projet de recherche-création — expérience sensible marquée par la circulation continue de données et d’informations, des transferts et des dispositifs sans précédent. Ces mutations bouleversent la théorie de l’image et ouvrent la voie à l’intermédialité, notamment à travers des champs émergents comme les screen studies. L’écran agissant ainsi en interface, il incarne un « entre-deux » où se redéfinissent nos capacités de perception et de réception à l’échelle globale. Dans ce contexte, le réseau (network) agit comme une structure enveloppante qui conditionne nos existences tout en révélant de nouvelles possibilités hors des stratégies de surveillance. Toutefois, il s’inscrit aussi dans un système technocapitaliste imposant ses logiques algorithmiques et capturant les individus sans considération pour leur sensibilité. Face à cela, la pratique collective décrite propose une forme de résistance fondée sur la piraterie et la transmédialité. Le projet présenté dans l’article, PIRATES OF THE SUN, initié en 2025 à Montréal à la Casa Obscura, illustre précisément ce paysage contemporain innervé de nouvelles relations médiatiques dissidentes, anonymes et infiltrées. Le piratage devient un levier de transformation interne permettant de détourner les règles et de partir à la rencontre de nouvelles aires de la connaissance. Projections vidéo, poèmes et manifestes, impressions d’images, performances, spatialisation — cet article retrace le fil d’une recherche-création éclairant ce que la transmédialité contemporaine peut générer, en tant que témoins d’une résistance qui s’édite et se monte, en désertant les chemins tout tracés que les technologies et les institutions prémédient.
EN :
This article analyzes the profound transformation of sensory experience in the post-internet era through a research-creation project—a sensory experience marked by the continuous circulation of data and information, unprecedented transfers, and devices. These shifts disrupt image theory and pave the way for intermediality, particularly through emerging fields such as the screen studies. The screen, acting as an interface, embodies an “in-between” space where our capacities for perception and reception are redefined on a global scale. In this context, the network acts as an enveloping structure that conditions our lives while revealing new possibilities beyond surveillance strategies. However, it is also embedded in a technocapitalist system that imposes its algorithmic logic and captures individuals without regard for their sensitivity. In response to this, the collective practice described proposes a form of resistance based on piracy and transmediality. The project presented in this article, PIRATES OF THE SUN, initiated in 2025 at Casa Obscura in Montreal, precisely illustrates this contemporary landscape permeated by new, dissident, anonymous, and infiltrated media relationships. Piracy becomes a lever for internal transformation, allowing for the subversion of rules and the exploration of new areas of knowledge. Video projections, poems and manifestos, image prints, performances, spatialization—this article traces the thread of a research-creation project illuminating what contemporary transmediality can generate, as witnesses to a resistance that is edited and assembled, abandoning the predetermined paths that technologies and institutions premediate.
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La thèse comme acte de sorcellerie : intermédialité, écopoétique et indocilité du savoir
Peggy Fournier
p. 1–20
RésuméFR :
Cet article propose de repenser la thèse universitaire comme espace de résistance épistémique à partir du croisement entre intermédialité et écopoétique. Partant d’un projet de recherche-création articulé autour des fleurs de Bach qui sont des élixirs floraux destinés à harmoniser les émotions, il explore deux figures complémentaires : la thèse « monstre », qui accueille les savoirs marginalisés, et la thèse « sorcière », qui mobilise pratiques symboliques et savoirs situés comme outils de décolonisation épistémique. L’article démontre comment une démarche intermédiale, mêlant journal écopoétique, tarot floral et glossaire théorique réalisés sur papier végétal artisanal, peut incarner une « science des hésitations » capable de défaire les hiérarchies du savoir académique.
EN :
This article proposes to rethink the doctoral thesis as a space of epistemic resistance, at the intersection of intermediality and ecopoetics. Drawing on a research-creation project centered on Bach flower remedies, floral elixirs designed to help balance emotions, it explores two complementary figures: the "monstrous" thesis, which welcomes marginalized knowledges, and the "witchcraft" thesis, which mobilizes symbolic practices and situated knowledges as tools of epistemic decolonization. The article demonstrates how an intermedial approach, combining an ecopoetic journal, a floral tarot, and a theoretical glossary made on handcrafted plant-based paper, can embody a "science of hesitations" capable of undoing the hierarchies of academic knowledge.
Entretiens et témoignages / Interviews and testimonies
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Parcours d’une artiste engagée : l’intermédialité chez Adèle Blais
Audrey Bélanger et Héloïse Côté
p. 1–25
RésuméFR :
Cette entrevue s’enracine dans le partenariat développé avec l’artiste peintre-collagiste Adèle Blais. Les pratiques intermédiales au cœur de son travail artistique cherchent à rééquilibrer la place des femmes dans l’espace collectif en alliant art, mémoire et technologie. Notre contribution aborde, dans un premier temps, l’engagement citoyen de l’artiste, qui s’exprime à travers son processus créatif, puis les origines de sa pratique professionnelle faisant dialoguer divers langages, divers supports, dont les arts visuels, la littérature et l’histoire. Les étapes de la création de portraits, notamment celui de Muguette Myers, survivante de l’Holocauste et autrice du récit Les Lieux du courage, serviront d’exemple illustratif à sa démarche artistique. Dans un deuxième temps, nous présentons les contours d’une recherche en science participative débutée à l’été 2025 et menée avec l’artiste à l’Université Laval en sciences de l’éducation (Bélanger, FRQ ENGAGEMENT, 2025-2028). Ce projet collaboratif vise : 1) à familiariser l’artiste à la recherche scientifique ; 2) à interroger et à décrire les potentialités formatrices des arts visuels pour donner sens au fragment d’une vie littéraire et mémorielle ; 3) à inviter de futures personnes enseignantes à réfléchir sur des enjeux sociétaux actuels, dont la montée de l’intolérance, du racisme et de la discrimination, à travers un dispositif interdisciplinaire qui met en interaction diverses ressources - amalgamant photographie, collage, écriture et mise en voix au moyen d’une application de réalité augmentée accessible gratuitement, Peindre l’histoire. L’artiste engagée Adèle Blais œuvre ainsi à sa façon à la formation critique et citoyenne, et son partenariat avec une chercheuse en éducation ne peut, espérons-le, que contribuer à offrir un contact plus personnel et authentique avec les actes de dire, de lire et d’écouter, à humaniser la découverte du passé et du présent, et à mettre en lumière la perspective de communautés ou de groupes marginalisés au nom de la différence.
EN :
Secondly, we present the outlines of a participatory science research project that began in the summer of 2025 and was conducted with the artist at Laval University in the field of education sciences (Bélanger, FRQ ENGAGEMENT, 2025-2028). This collaborative project aims to: 1) familiarize the artist with scientific research; 2) to examine and describe the educational potential of the visual arts in giving meaning to fragments of literary and memorial life; 3) to invite future teachers to reflect on current societal issues, including the rise of intolerance, racism, and discrimination, through an interdisciplinary approach that brings together various resources combining photography, collage, writing, and voiceovers using a free augmented reality app, Peindre l'histoire. The socially engaged artist Adèle Blais is thus working in her own way to promote critical thinking and civic engagement, and her partnership with an education researcher can only, we hope, contribute to offering a more personal and authentic contact with the acts of speaking, reading, and listening, to humanizing the discovery of the past and present, and to highlighting the perspectives of communities or groups marginalized in the name of difference.
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Entretien avec Diane Obomsawin (Obom) : un papillon que le vent emporte d’un endroit à un autre, d’un médium à un autre
Cristina Robu
p. 1–13
RésuméFR :
Pour ce numéro de Transcr(é)ation, je propose une entrevue avec la bédéiste et cinéaste d’animation abénaquise Diane Obomsawin, dont l’œuvre explore avec sensibilité les thèmes de l’identité, de l’intimité et de la mémoire. Son parcours est marqué par une pratique double, entre la bande dessinée et l’animation, deux médiums complémentaires qui, chacun à leur manière, façonnent son langage artistique. En bande dessinée, Obomsawin développe une économie narrative et graphique qui donne une force brute à ses récits, où la simplicité du trait révèle des couches profondes d’émotion et de vécu. En animation, le mouvement, le rythme et la voix ouvrent un autre espace de présence, permettant d’incarner les personnages et de donner souffle aux récits. L’un met en avant la lecture intime et silencieuse, l’autre l’expérience collective et sensorielle. L’entretien viserait à comprendre comment elle vit et pense ces passages d’un médium à l’autre, en quoi leur différence nourrit sa créativité, et comment cette double pratique a façonné son parcours. Il permettrait aussi d’aborder son rapport personnel à chacun de ces modes d’expression, et la manière dont ils participent à une recherche plus large sur la transmission, la mémoire et l’affirmation de soi.
EN :
For this issue of Transcr(é)ation, I propose an interview with Abenaki comic artist and animated filmmaker Diane Obomsawin, whose work sensitively explores themes of identity, intimacy, and memory. Her career is defined by a dual practice spanning comics and animation—two complementary mediums that, each in its own way, shape her artistic language. In her comics, Obomsawin employs a narrative and visual economy that lends raw power to her stories, where simple linework reveals deep layers of emotion and lived experience. In animation, movement, rhythm, and voice open up a different kind of presence, allowing characters to come to life and breathing spirit into the narratives. One medium emphasizes intimate, silent reading, while the other offers a collective, sensory experience. The interview aims to explore how she navigates and conceptualizes the transitions between these mediums, how their differences fuel her creativity, and how this dual practice has shaped her trajectory. It would also provide an opportunity to discuss her personal connection to each form of expression and how they contribute to a broader exploration of transmission, memory, and self-affirmation.