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Dossier : Think tanks : les métamorphoses des conseillers politiques depuis 1970. Canada, États-Unis, Chine

 

Nouvelle cartographie des think tanks néolibéraux dans le Québec du début du XXIe siècle (1995-2018)[Record]

  • Guillaume Lamy

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  • Guillaume Lamy
    Doctorant en science politique, Université du Québec à Montréal

Le XXe siècle a vu se métamorphoser l’écosystème politique dans lequel les idéologies politiques ont rivalisé pour réinventer les sociétés humaines. À l’intérieur de ce siècle, les grandes religions politiques que furent le communisme, le nazisme et le fascisme ont connu un véritable paroxysme avant de faire face à l’extinction. Depuis quatre décennies, l’érosion de la participation électorale dans les sociétés occidentales et le déclin des partis de masse ont, quant à eux, été abondamment documentés, comme l’a bien synthétisé Peter Mair dans Ruling the Void. Ceux qui portent les idéologies politiques ont su s’adapter à la transformation de l’écosystème politique marquée, depuis un demi-siècle, par la croissance de la technocratisation de l’État, de l’individualisme et de l’économie de marché. La dernière métamorphose des idéologies politiques porte un nom : les think tanks, et en particulier une sous-catégorie qui leur est propre, l’advocacy tank que l’on peut résumer en français comme des think tanks plaideurs ou think tanks de combat. Déjà en 1989, Kent Weaver décrivait ces derniers comme des organisations de recherche militantes alignées sur des fondements normatifs précis (libre marché ou protectionnisme, ouverture ou fermeture à l’immigration, taxation des transactions financières ou leur abolition, etc.) qui combinent une orientation idéologique à un marketing politique agressif visant à influencer les débats politiques en société. Cette note de recherche a pour objectif de faire un nouveau bilan des think tanks plaidant le développement de politiques néolibérales au Québec depuis le milieu des années 1990. Une première tentative de topographie des organismes de recherche pro-marché a en effet été réalisée en 2004 par Peter Graefe dans la revue Globe. Or, il se trouve que la population des think tanks québécois (toutes allégeances confondues) s’est sérieusement transformée comme le démontre un autre article de ce numéro. Ainsi, on compte désormais six think tanks néolibéraux fonctionnant sous la forme d’OSBL qui sont actifs dans l’espace politico-médiatique québécois et qui s’adonnent à la production de recherche originale afin d’orienter le cours des politiques publiques. De plus, leur présence et leurs ressources se sont accrues et leurs techniques de communication se sont perfectionnées. Tout cela justifie sans problème un nouveau bilan. Cette note de recherche se découpe en deux parties. On y trouvera d’abord une tentative de définir le néolibéralisme de manière synthétique à partir de plusieurs éléments présents dans différentes définitions dans le but de pouvoir identifier les think tanks québécois qui participent au déploiement de ce paradigme en politiques publiques depuis le XXIe siècle. Ensuite, le discours des think tanks retenus sera comparé aux grands principes qui forment l’ossature normative du néolibéralisme. Malgré les similarités manifestes entre l’Institut économique de Montréal et l’Institut Fraser, il est important de préciser que chacune des organisations recensées est idiosyncrasique et s’affaire à promouvoir partiellement ou intégralement le néolibéralisme dans des axes différents. En d’autres mots, avec Peter Graefe, il faut reconnaître que les think tanks de cette constellation ne sont pas interchangeables malgré une familiarité indéniable. Nul ne détient le monopole des définitions en sciences sociales. Il s’agit certainement d’un fait avec lequel il faut savoir composer même en recherche. Cela s’observe par de nombreux désaccords concernant le sens précis des termes et des concepts. Néanmoins, la divergence des définitions ne débouche pas nécessairement sur un relativisme généralisé, car bien que nos concepts (conservatisme, libéralisme, socialisme, gauche, droite, etc.) montrent des contours inégaux entre auteurs, des foyers de convergence demeurent souvent détectables. C’est à partir de traits de raccordement qu’il devient possible de fédérer différents courants de pensée avec ce que l’on pourrait appeler une métadéfinition. Les paragraphes qui suivent …

Appendices