Introduction : John Rea, la raison des forces mouvantes[Record]

  • Jonathan Goldman
Introduction : John Rea, la raison des forces mouvantes Jonathan Goldman Consacrer un numéro à John Rea n’est pas chose aisée : si les collaborateurs de Circuit ont l’habitude de traduire en mots les sons inouïs d’oeuvres de création, le musicien qu’est Rea est tout sauf silencieux quant aux couches de significations que recouvrent ses oeuvres. Non seulement le compositeur montréalais s’empare souvent de sa plume pour théoriser subtilement sa musique dans des écrits d’ampleur, mais il s’avère aussi que ses oeuvres sont invariablement le fruit d’une réflexion aboutie ou d’une autoréflexivité assumée – pour ne pas dire, parfois, l’acte même de réfléchir incarné en sons ! La réflexion de Rea en musique porte invariablement sur les significations que peut abriter une oeuvre, qu’elle soit musicale (Wagner, Mahler, Schoenberg, Berg, Ligeti, Grisey), littéraire (Dante, Poe, Baudelaire, Goethe, Pessoa) ou picturale (Kokoschka, Vasarely, Escher). Il est doublement difficile pour l’équipe de Circuit d’aspirer à une attitude objective lorsqu’il est question de John Rea. Membre fondateur du Comité de rédaction de la revue, il a alimenté nombre de discussions de 1990 à 2011, en plus d’avoir signé 17 articles. John Rea fait partie de la famille de Circuit depuis la première heure et il a laissé une trace indélébile sur les numéros à travers plus de deux décennies. En plus d’avoir publié ses textes ainsi qu’un numéro « Carte blanche à Bouliane et Rea » (vol. 9, no 2, 1998), la revue s’est penchée sur la musique du compositeur, quoique à une moindre mesure, une importante exception étant la deuxième édition du (désormais incontournable !) Cahier d’analyse, dans le vol. 17, no 2 (2007), où James Galaty propose un parcours analytique de l’oeuvre pour orchestre Hommage à Vasarely (1977). C’est donc dans le prolongement de cet article que Circuit propose un numéro entier consacré à l’oeuvre de John Rea, et tente de prendre la mesure de l’oeuvre et de la pensée du compositeur en invitant le lecteur à suivre le fil de ce créateur multiforme. Ce nouvel opus de la revue paraît, rappelons-le, dans un contexte bien précis. Tous les deux ans depuis 2008, et en alternance avec le festival Montréal/Nouvelles Musiques (mnm), la Société de musique contemporaine du Québec (smcq) consacre sa saison artistique à l’oeuvre d’un seul compositeur. Dans le cadre de cette Série hommage, la smcq et son directeur artistique, Walter Boudreau, invitent des dizaines d’organismes de musique contemporaine à s’unir à elle pour célébrer la production de ce créateur. On se souvient encore de l’année Claude Vivier, premier compositeur « hommagé » en 2007-2008, suivi, deux ans plus tard, par son maître Gilles Tremblay en 2009-2010, par la compositrice Ana Sokolović en 2011-2012, et par Denis Gougeon il y a de ça deux ans. Nous voilà donc en 2015-2016 et les projecteurs se dirigent vers l’oeuvre abondante et fort diversifiée de John Rea. En plus de diffuser des oeuvres existantes, la Série hommage met en place un dispositif de commande du compositeur célébré. C’est ainsi qu’au cours de la saison, l’Orchestre symphonique de Montréal (osm) a commandé le triptyque pour orgue Épris de liberté, Souffles de liberté et Héleurs de liberté (2015), qui sera créé par l’organiste attitré de l’orchestre, Jean-Willy Kunz. Pour sa part, le Nouvel Ensemble Moderne (nem, Lorraine Vaillancourt, dir.) interprètera La chute des anges rebelles en avril 2016, tandis que deux oeuvres ont été spécialement conçues par Rea pour des ensembles écoliers : Pincer, penser, chanter et Danser avec ...

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